Le juge Yvickel Dabrésil reste en prison malgré une ordonnance de libération

La doyenne du tribunal de première instance de Croix-des-Bouquets a rendu, le mercredi 10 février, un jugement ordonnant la libération du magistrat Yvickel Dabrésil, juge à la Cour de cassation arrêté pour « tentative de coup d’Etat et de complot contre la sûreté intérieure de l’État ». En dépit de ce jugement sur minute devant être exécuté immédiatement, les autorités pénitentiaires n’ont pas relâché le détenu.

Publié le 2021-02-10 | lenouvelliste.com

« Les responsables de la prison se sont opposés à l’exécution du jugement », a fait savoir Me Reynold Georges mercredi soir. Après une plaidoirie corsée et des manœuvres visant à empêcher que cette audience en habeas corpus réussisse, la batterie d’avocats des 18 détenus n’a obtenu que la libération sous résidence surveillée du magistrat Yvickel Dabrésil. Illico, ils se sont rendus à la prison, en sont sortis bredouilles.

« Les avocats se sentent agacés », s'insurgent Me Reynold Georges n’a pas manqué de mots pour condamner ce qu’il considère comme des agissements du pouvoir en place qui fait obstruction à la justice. « C’est la force brutale qui agit », concède l’avocat. Selon lui, ses pairs, un huissier, entre autres personnes concernées étaient présents, mais les autorités pénitentiaires de la prison civile de Croix-des-Bouquets n’ont pas décidé d’accorder suite au jugement. D’ailleurs, un jugement rendu sur minute, exécutoire immédiatement.

« Il faut comprendre que le président établit une dictature », critique de son côté Me Gédéon Jean, qui ne cesse de dénoncer des velléités autoritaires de ce pouvoir. Si la prison ne veut pas ouvrir ses portes pour l’avocat, cela constitue une violation flagrante des dispositions légales. L’article 26 alinéa 2 de la Constitution indique ceci : « Si l’arrestation est jugée illégale, le juge ordonne la libération immédiate du détenu et cette décision est exécutoire sur minute nonobstant appel, pourvoi en cassation ou défense d’exécuter. »

De ce fait, aucun recours ne peut empêcher l’exécution de cette décision du tribunal civil de la Croix-des-Bouquets. Les robes noires entendent revenir à la charge pour exiger l’application de ce jugement libérant le magistrat arrêté et détenu illégalement. L’habeas corpus a été exercé conformément aux dispositions des articles 26 et suivants de la Constitution, ainsi que des dispositions de la Convention américaine des droits de l’homme. En outre, ils comptent interjeter appel afin d’aboutir à la libération des autres personnes incarcérées.

Par ailleurs, Me Gédéon Jean a souligné que l’exécutif a révoqué le greffier ayant siégé à l’audience. Cela constitue une réponse, voire des mesures de représailles. D’après une source, la lettre a été antidatée afin d’écarter la participation du greffier à l’audience du 10 février comme raison de son éviction. Le journal a appris que le greffier a reçu la lettre par WhatsApp, après l’audience.

Dans cette lettre en date du 9 février 2021 et signée du ministre de la Justice Rockfeller Vincent, il est dit au greffier Christophe Lespérance : « La présente est pour vous informer qu’il a été décidé de vous mettre en disponibilité sans solde, pour faute administrative grave. »

D’après l’ordonnance de la doyenne du tribunal de première instance de Croix-des-Bouquets, le magistrat devait rester en résidence surveillée. La justice ne s’est pas encore prononcée sur le sort des 17 autres personnes arrêtées dans ce dossier.



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