Folie répressive et visions de la transition

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Publié le 2021-01-27 | Le Nouvelliste

J’ai été très choqué d’entendre un « homme politique » dire que « tout ce que la population réclame, c’est le départ de Jovenel  Moïse, les procès contre les crimes de sang et les crimes financiers, et la tenue de bonnes élections ». Désesprérante incompétence sociale qui banalise tout en utilisant le sens du mot « rupture ». Ce que dit le mot, c’est le désir d’un acteur collectif, soit des couches radicalisées des milieux urbains pauvres en particulier, de mettre fin à la reproduction des mécanismes d’exclusion, de domination et d’exploitation dans l’organisation de la société et le fonctionnement de l’État. Ce n’est pas qu’un procès contre les bandits que le peuple réclame, c’est la fin des mécanismes d’exclusion, de domination et d’exploitation dans l’organisation sociale et le fonctionnement de l’État. Le départ de Jovenel Moïse n’en est que l’expression politique immédiate.

Je suis moins choqué d’entendre des groupes politiques proposer que  « la transition » pose les bases de ce nouvel ordre. Les inégalités et les injustices sont telles que la nécessité de ce changement ne peut faire de doute pour quiconque ayant une fibre humaniste. Mais je ne vois pas comment un pouvoir de transition issu de compromis pourrait l’instituer. Déficit de légitimité. Problèmes immédiats à résoudre. Elections dignes de ce nom à organiser dans la logique de la démocratie représentative.

Il y a donc deux visions de la « transition » qui s’opposent. Il s’agira de les concilier. Engager le pays vers une normalisation des mécanismes et outils de la démocratie formelle-représentative. Tenir compte de cette rupture réclamée avec l’ordre social. Modérer les ardeurs et la précipitation de ceux qui ne demandent qu’à être élus et se soucient peu du reste. Amener les radicaux à comprendre qu’ils n’ont pas fait la révolution et que la démocratie formelle impose des mécanismes.

 On me dira que nous n’en sommes pas encore là. Jovenel Moïse persiste et signe. Mais combien de temps cela peut-il tenir ? Pourra-t-on tuer tous les manifestants ? Vider les caisses de l’État pour tenter de soudoyer tous les acteurs politiques ? La mauvaise foi avérée de l’OEA et de madame Lalime suffiront-elles comme appui international ? Ceux qui le représentent et le servent ne sont plus perçus comme des responsables politiques ou comme des agents de la police nationale mais comme des criminels. Comment peut-on prétendre diriger devant un rejet aussi massif ? Le mécontentement ne fait que commencer à s’exprimer. Sur toutes les lèvres on entend : « peyi a pral gate ». Oui, l’urgence me semble concilier les deux visions de la transition.

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