PAPJAZZ/ Scène Barbancourt/ 21 janvier 2021

Un beau rendez-vous : « Jazz and family», Melissa Dauphin… et la pluie.

Publié le 2021-01-28 | lenouvelliste.com

Roland Léonard

La scène Barbancourt, à l’UNIQ, ce soir du 21 janvier, nous inquiète beaucoup ; le public est clairsemé : il y a des rumeurs politiques, les rues sont chaudes. Viendra-t-il plus de monde un peu plus tard ?

C’est sans compter avec la passion dévorante des amateurs pour laquelle ils bravent tous les dangers : celle du jazz, de son évangile, de son humour et de ses facéties. La cour se remplit peu à peu de bonnes têtes qui nous rassurent.

Au programme de la soirée : « Jazz and family» des Frères Texier, avec un invité russe, le saxophoniste Denis Beliakov ; Mélissa Dauphin, d’origine haïtienne, représentant le Canada ; Derwish de la Belgique; et celle qui s'invite toute seule… la pluie, pour nous gâcher le plaisir !

Jazz and family

«Jazz and family» est un trio très performant constitué de Caleb Texier (pianiste  et keyboardiste) Jude Davens Texier (batteur) et du jeune et talentueux prodige Mardochée Williams (guitare et basse). Ces musiciens ont grandi à l’ombre de ce grand formateur qui est Claude Carré, pour devenir autonomes, voler de leurs propres ailes. Leurs compositions sont ambitieuses, aristocratiques et modernes dans leurs développements. Ils ont croisé auparavant, sur leur chemin, le saxophoniste russe Denis Beliakov et ont joué une première fois ensemble ; par coïncidence, ils le retrouvent encore ce soir.

Leur concert commence par un thème en 6/8 à l’allure de «nago», joué par Caleb au keyboard. Caleb prend un bon solo. Le morceau est une composition du batteur Jude Davens Texier s’intitulant « Lakou Breda».

Peu après, le claviériste introduit, avec un petit laius de présentation, le saxophoniste russe Denis Beliakov, exhibant un mini-saxophone, ressemblant à un jouet, plus petit qu’un alto, aux sonorités aiguës. Ensemble, le groupe entame l’exposé en 6/8 de «footprints» de Wayne Shorter. Le rythme rappelle beaucoup notre yanvalou. Beliakov improvise correctement, suivi du batteur sur un «break» assez long.

Le prochain thème est un air de jazz-funk, joué sur EWI- sorte de sax-synthé- par le Russe. Chorus de Beliakov, de Mardochée, le bassiste, «Scat-in-chorus» du clavier de Caleb Texier. Vive la technologie!

Le claviériste joue et expose merveilleusement au keyboard une version «ad lib» - récitée et non pulsée – du thème TV « Languichatte au XXe siècle». C’est une surprise agréable, cette manière. Solo du Russe sur son mini-sax alto (soprano?).

On poursuit avec le traditionnel «Peze Kafe», avec une introduction obstinée de la basse ponctuée aux claviers et l’on conclut par une belle ballade moderne et «binaire» du batteur intitulée «Nostalgie» où Mardochée et Caleb s’expriment avec goût. La musique du trio est savante.

Mélissa Dauphin et amis

Mélissa Dauphin est donc cette charmante et bonne chanteuse haïtiano- canadienne, qui représente le Canada ce soir. La lettre d’introduction de l’ambassadeur est lue par la M.C. Béatris Compère. Rappelons que la vocaliste doit sa formation de base à Nicole Saint-Victor en Haïti et qu’elle a été boursière de la célèbre « Berklee Music School of Boston». Elle fait la joie et le bonheur, depuis, de toutes les soirées «jazzy», s’exprimant en anglais, français, espagnol et brésilien.

Pour ce tour de chant, elle est accompagnée par Réginald Policard, au piano, Maxime Lafaille, à la trompette, Steeve Cinéus, à la basse, l’indispensable John Bern Thomas, à la batterie. Mélissa, qui a de bonnes et grandes possibilités vocales-ambitus et tessiture- choisit pour autant, depuis quelque temps, de chanter «mezzo voce» et même de susurrer comme une diseuse : cela ajoute de la sensualité à son chant, son expression.

Son programme commence par la bossa-nova en mineur  de «Sting», « La belle dame sans regrets»; la chanson est commentée par la trompette et le piano. Un exploit suit : « Spain» de Chick Corea, au rythme situé entre samba et ?, où Mélissa scatte au passage le « concierto de Aranjuez» de Joaquim Rodrigo. Elle est relayée par Maxime Lafaille et Réginald Policard.

Entre soft-rock et bossa, il y a à peu après «Killing me softly», rappelant le public à de bons souvenirs. C’est réconfortant et c’est commenté sagement par le trompettiste.

Le morceau d’après est un «medley» original : « Papa Loko » est chanté «ad lib», récité pour mieux dire, puis enchaîné à la valse ¾ « Some day my prince will come». Solos de Maxime Lafaille et de Réginald Policard. Reprise de «Papa Loko».

Mélissa s’exprime aussi sur «Fantasme» de Réginald Policard dont les paroles françaises sont de Guito et Carlo Cavé. Remarquables : le piano et la basse. Jusqu’à la fin, on admire la vocaliste dans : « Take five» de Paul Desmond avec virtuosité de la diction et des paroles,  «I am feeling good», très «catchy», très entraînant.

… Et ce fut tout. On acclama l’artiste.

La pluie attendait sagement la fin de ce tour de chant pour se déclarer. On déserta donc la cour et la scène Barbancourt, se dépêchant de rentrer chez soi également, avec les rumeurs de rues chaudes. Dommage pour « Dervish» !

Roland Léonard
Auteur


Réagir à cet article