Première édition | Festival Haïti, Le Printemps de l'Art

Le temps d’une rencontre au Kolektif 509 avec Dalencour Xavier 

Au village Kalewès, Pétion-Ville, le Kolektif 509, dans le cadre du festival Haïti, le Printemps de l’Art expose dix artistes : neuf peintres et un sculpteur, dans les sept salles et deux galeries de la Villa. Au rez-de chaussée, en tout premier, sur la grande galerie Samdi présente dans une perspective cubiste un nu magnifique et des portraits très expressifs. Françoise Hazel, de son côté, présente ces tableaux abstraits très structurés et ces arbres créés en relief sur du carton recyclé ainsi que les sculptures du maître forgeron Ricoeur Bruno du Village de Nouailles à la Croix-des-Bouquets. Ces derniers sont héritiers d'une tradition et d'une lignée remontant à 1802. Ces œuvres ont la même force d'expression que celle du sculpteur suisse Alberto Giacometti. Elles sont dispersées dans deux salles de la Villa Kalewès. Dans la petite galerie, Valérie Noisette présente dix pièces, dessins, peintures et digital art, montrant ainsi la multiplicité de ces pratiques. Iris, quant à elle, présente neuf peintures et quatre dessins laissant voir la maturité d'expression d'une artiste qui a su s'affirmer et trouver sa voie. A l'étage, le maître des lieux, Xavier Dalencourt, expose une partie de ses arbres - ici au lever du jour - créés lors des différents lock et confinement, jouant sur les effets de lumière et de texture. Grégory Vorbe expose ces derniers masques dans une explosion de couleurs, tout comme Joseph Eddy Pierre (1+1=0)  nous a gratifiés de six magnifiques pièces débordant de vitalité et de couleurs. Teeyah dans sa délicatesse nous livre des abstractions faisant ressortir une lumière victorieuse d'un fond sombre et parfois ténébreux.  Le Nouvelliste a rencontré Xavier Dalencour.

Publié le 2021-01-22 | lenouvelliste.com

Le Nouvelliste : Dans le cadre de la première édition du programme Haïti, le Printemps de l’Art, quels sont les tendances qui sont surtout exposées?

Xavier Dalencour : Le Kolektif 509 cherche les tendances les plus contemporaines en Haïti, nous avons fait ce choix de se situer dans ce chemin spécifique tel qu'il s'exprime en Haïti, car il fallait se définir sur la scène actuelle. Pour cette exposition nous avons privilégié une certaine forme d'expressionnisme, abstrait ou figuratif. Nous avons œuvré plutôt en fonction d'une thématique: « création et résistance » et nous avons voulu montrer comment les artistes résistent en créant. Notre pays étant depuis 2018, sinon avant, source de stress et de pression en tout genre, nos artistes eux, créent des mondes parallèles, échappatoire à cette morosité ambiante. Créé est ainsi un acte de résistance absolue.

Le Nouvelliste : En tant que maître des lieux, nous aimerions que vous vous approchiez de plus près. Question de cadrage. On voudrait saisir vVotre regard sur quelques œuvres.

Xavier Dalencour : Prenons par exemple la série des dinosaures de Jean-Robert Alexis. Voyez leurs puissances d'expression ! Leur réalisme est saisissant. Ils paraissent vivants comme sortant du fond du tableau. L'évolution du travail de Françoise Hazel autant sur toile que sur carton annonce une œuvre qui se construit et se précise autant dans sa construction que dans son vocabulaire.

Le Nouvelliste : Et pour Valérie Noisette ? Et pour Teeyah ?

Xavier Dalencour : Valérie Noisette, qui nous avait habitués au noir et blanc de ces dessins, explore les couleurs avec bonheur. Elle affirme son style depuis 2017. Elle se fait à la fois plus figuratif et expressif. Teeyah, pour sa part, évolue dans son utilisation des couleurs ; son travail devient de plus en plus solide et affirmé. Mais globalement nous n'exposons que des artistes qui ont quelque chose à dire, qui suivent une démarche créatrice dans laquelle nous nous retrouvons.

Le Nouvelliste : Comment accueillez-vous cette première édition du festival Haïti, le Printemps de l’Art?

Haïtiens, nous sommes les premiers destinataires de notre art

Xavier Dalencour : Avec beaucoup de joie et d'enthousiasme. Il faut mettre en valeur notre création nationale. Les artistes produisent en Haïti une richesse que techniquement nous ne mettons pas vraiment en valeur. C'est la demande pour l'œuvre d'un artiste qui crée une cote, avec le soutien d'institutions culturelles pour montrer son travail. C'est à nous Haïtiens, premiers destinataires de notre art de déterminer si nous voulons que les œuvres de nos artistes valent trois cent dollars, mille dollars, dix milles dollars ou cent mille dollars. Un marché cela se construit, cela prend du temps, de la rigueur et du travail mais il n'est pas illusoire au vu de la production culturelle haïtienne que ce secteur au sens large puisse être une source non négligeable de revenue pour ce pays, et ceci en devise. C'est une question de choix de société et de politique publique! En ce sens, cette initiative, Haïti, le Printemps de l'Art, est extrêmement positive, mais n'aura véritablement d'impact que sur la durée.

L'art haïtien au niveau mondial est en concurrence avec l'art du reste de la Caraïbe, art de la Caraïbe lui-même en concurrence avec l'art de l'Amérique Latine, de l'Afrique, du Moyen Orient. Tous ces arts avec une dénomination géographique ne sont pas encore le "grand marché de l'art" ou les œuvres s'échangent à coup de plusieurs millions de dollars. Il ne faut pas se mentir, nous avons du chemin à parcourir, mais l'essentiel c'est de commencer. C’est le premier pas qui coûte. En ce sens, le Printemps de l'art est un très bon commencement!

Le Nouvelliste : Pour cette grande première est-ce que ce sont les mêmes têtes qui viennent et reviennent à Kalewès?

Xavier Dalencour : Oui et non, certains artistes comme Joseph Eddy Pierre, Samdi, Teeyah ou Iris exposent pour la seconde fois avec le Kolektif 509 à la Villa Kalewès alors que Ricoeur Bruno et Jean Robert Alexis exposent avec nous pour la toute première fois. Je dois ajouter que nous n'avons pas exposé assez de sculptures selon moi par le passé et que pour beaucoup la découverte de Ricoeur Bruno a été une grande surprise, une belle découverte. 

Le Nouvelliste : Xavier Dalencour, un vieux routier du monde culturel, a des idées à revendre. Que conseillez-vous aux organisateurs de ce festival?

Xavier Dalencour : Le conseil le plus important que je donnerais aux organisateurs du programme Haïti, le Printemps de l'Art est de continuer de manière régulière cette activité. C'est un début, qui, en dehors des ventes, peuvent être espérées par les artistes et les galeristes. Des événements comme celui-ci font parler positivement de notre pays, et dans un monde sous Covid, confiné ce genre d'activité donne une image positive avec une plus grande résonnance qui restera dans les mémoires des futurs touristes. Inévitablement ils choisiront la destination Haïti, car elle a beaucoup plus à offrir que les autres. Entre le festival international de Jazz de Port-au-Prince, Artisanat en fête et Livres en folies et tous les festivals d'été, nous avons un pays attrayant, attirant, pour un touriste avec une offre multiple et variée. La logistique, la communication, et l'organisation ne feront, à coup sûr, que bonifier les retours d'expériences sur ce bel événement. Dans cette veine, il faut continuer dans cette voie et planifier le Printemps de l'art 2022 dès à présent et ainsi de suite.

Le Nouvelliste : Avez-vous le temps d’aller visiter d’autres lieux où s’expriment le printemps de l’art.

Xavier Dalencout : Malheureusement pas encore, j'ai vu les photos des différentes expositions qui me semblent toutes très belles, celle de la Maison Dufort me semble superbe, celle des ateliers Jérôme tout aussi intéressante, tout comme celle de la galerie d’Art Nader plus historique. J'essaierai de passer également au Mupanah et dans autant de galerie et lieu d'exposition que possible.

Propos recueillis par Claude Bernard Sérant



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