ANI

L’Agence nationale d’intelligence opérationnelle, les adversaires de Jovenel Moïse sous surveillance

Publié le 2021-01-19 | lenouvelliste.com

« Nous avons déjà commencé à surveiller beaucoup de choses dans le pays… », a déclaré mardi le président de la République, faisant référence au travail de l’Agence nationale d’intelligence (ANI) créée par décret présidentiel le 26 novembre 2020. Jovenel Moïse a fait savoir que ceux qui tentent de déstabiliser le pays sont désormais sous surveillance de l’ANI et qu’ils ne pourront plus agir comme en 2018, 2019 et 2020.

Alors que le chef de l'État avait sollicité et obtenu l’expertise de l’Office de la protection du citoyen (OPC) sur les décrets portant création de l’Agence nationale d’intelligence (ANI) et sur le Renforcement de la sécurité publique, Jovenel Moïse ignore les recommandations de l’OPC et indique que l’ANI est déjà en train de surveiller ceux qui cherchent à déstabiliser le pays. Sur un ton pour le moins menaçant, le président lance une mise en garde à ses adversaires.

« Nous avons pris la décision de créer l’Agence nationale d’intelligence  afin de surveiller les ‘’vakabon’’ au pays. Yon nèg lè lajan grate w, w ap fè sa k pa sa avè l, n ap met pwa grate dèyè w, sa vle di pou lajistis mete w yon kote », a menacé le chef de l’État. « Quand quelqu’un utilise son argent pour déstabiliser le pays, c’est du terrorisme. Nous vous surveillons, na p rive sou ou », a-t-il fulminé avant de dire à ses adversaires qu’ils ne pourront plus agir comme en 2018, 2019 et 2020. Le président leur fait savoir aussi qu’ils sont sous surveillance.

Le président, qui procédait mardi à l’inauguration d’un réservoir d’eau potable dans la zone de Vivy-Mitchel à Pétion-Ville, ne cache pas qu’il garde encore en tête les séquelles de la période ‘’ peyi lòk’’. Période au cours de laquelle le chef de l’État pouvait à peine se rendre au Palais national.

Alors que les autorités sont visiblement impuissantes face à l’insécurité et au kidnapping qui terrassent les familles haïtiennes, pour  le président de la République, il s’agit d’une insécurité planifiée et qui cherche à déstabiliser le pays. C’est là, a-t-il laissé comprendre, que l’ANI intervient actuellement pour surveiller et déférer par-devant les autorités judiciaires tous ceux qui cherchent à déstabiliser le pays.

La communauté internationale, la classe politique et les organisations de la société civile étaient montées au créneau pour dénoncer les décrets portant création de l’Agence nationale d’intelligence (ANI) et sur le Renforcement de la sécurité publique. Face à cette vagues de dénonciations, la présidence avait sollicité l’expertise de l’Office de la protection du citoyen (OPC) sur les deux décrets.

Après avoir analysé les deux décrets, l’Office de la protection du citoyen avait recommandé à l’exécutif de « revoir les deux décrets en tenant compte d’un plan global de sécurité lié à un service de renseignements dans une perspective d’assurer la stabilité, la sécurité des vies et des biens de tous les citoyens et de toutes les citoyennes se trouvant sur le sol national ; d’opter pour un plan global de sécurité et de renseignements à la lutte contre la drogue, la traite des personnes, le trafic illégal des armes, le blanchiment d’argent, la corruption, conjointement avec les instances concernées (ULCC, UCREF, CSCCA) ».

L'institution étatique de défense des droits humains recommande à l’exécutif de revoir les articles liés à la nomination du directeur général DG de ANI et la mission des agents et d’impliquer le Parlement à travers une commission spéciale dans le processus de nomination du DG de l'ANI. L’OPC propose aussi d’envisager une procédure claire pour que les agents de l'ANI puissent répondre de leurs actes en cas de violations graves de droits humains ou d’excès de zèle.

L’OPC avait recommandé par ailleurs de revoir l’article 5 du décret créant l'ANI. L’article 5 stipule qu’outre les autres peines prévues par la loi, «toute personne coupable de port illégal d'armes à feu est passible d'un emprisonnement dont le nombre d'années correspond au nombre total de munitions retrouvées soit sur elle, soit dans les armes par elle portées illégalement, soit dans ses bagages, soit dans son véhicule ou tout autre moyen de transport à sa disposition, à raison d'une année d'emprisonnement par munition ». 

Le président de la République a ignoré ces recommandations et mis en application l’Agence nationale d’intelligence.



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