Séisme/ 11e anniversaire

Le mémorial de Martissant : haut lieu de recueillement

Ce mardi 12 janvier 2021 ramène le 11e anniversaire du séisme. Port-au-Prince connait un réveil calme sous un ciel un peu nuageux sur la zone sud. Il était 1 heure de l'après-midi quand on escaladait la route de Martissant 23 menant au parc de Martissant, situé entre le morne L'Hôpital et la mer. Les activités sont au ralenti, les gens déambulent, les petits détaillants étalent leurs camelotes à même le sol. Des écoliers souriants reviennent de l’école. La vie poursuit son cours dans cette zone qui ne jouit plus d’une bonne presse. On continue à escalader jusqu’au mémorial du 12 janvier 2010.

Publié le 2021-01-13 | Le Nouvelliste

À l’entrée du parc, deux agents de sécurité montent la garde. Ils nous accueillent et nous informent que le mémorial n’est pas ouvert en ce mardi 12 janvier. Incroyable ! Toutefois ils ont pu nous autoriser à effectuer une courte visite du mémorial, de cet îlot de verdure consacré aux victimes du tremblement de terre de 2010. Ce lieu de mémoire au sein du parc pour des milliers de morts, de disparitions, des handicapés innombrables, des maisons et diverses infrastructures détruites dans le pays.

Dans ce parc vert, le visiteur se laisse aller par cette épaisse forêt constituée de toutes sortes d'arbres et des plantes. Dans un mouvement circulaire, il parcourt du regard ce potentiel touristique et écologique. Le regardeur est enchanté par la diversité de plantes qui boisent cette ancienne habitation, la résidence que le général Charles Leclerc, commandant du corps expéditionnaire français, avait offerte à son épouse Pauline Bonaparte Leclerc, la sœur de Napoléon. D’un point à un autre, le promeneur savoure la beauté luxiriante du parc. Il découvre le mémorial, ce haut lieu de recueillement.

À gauche, un petit tombeau symbolique sur lequel est inscrite la formule funéraire : « Ci-git Manno Emmanuel Étienne… décédé le 12 janvier 2010 à Martissant, Port-au-Prince. Qu'il repose en paix ! ». À droite, un autre : « Ci-git Mireille Marie-Miraine  Joseph Étienne… décédée le 12 janvier 2010 à Martissant, Port-au-Prince. Qu'elle repose en paix». Ces tombeaux incitent à la nostalgie et prennent place dans un dispositif relevant du tourisme historique. Des arbres sont plantés sur le pourtour du mémorial. Chaque arbre correspond à des sous-quartiers de Martissant.

Dans le mémorial, sous le bombax de l’esplanade, on se laisse emporter par des sculptures, des empreintes de visages. Ces pièces signées Pascale Monnin interrogent les disparus. Ces sculptures sont faites de matériaux capables de résister aux intempéries, tels que ciment, fer, miroir… Elles sont réparties dans le mémorial et vivent avec le temps. C’est tout un monde de représentation se trouvant dans ces visages choisis. Selon Pascale Monnin, ces visages rappellent que le tremblement de terre a permis le passage de l’individuel à la représentation collective.

Porté et géré par la Fondation Connaissance et Liberté (FOKAL), le parc de Martissant s’étend sur un ensemble boisé de 17 hectares.  Perché au sommet d’une colline, il offre une vue imprenable sur la baie de Port-au-Prince. Le parc est composé de trois grands espaces : le jardin de plantes médicinales, le centre culturel Katherine Dunham et le mémorial du12 janvier pour rendre hommage aux victimes du séisme de 2010. Il est inauguré en  janvier 2012.

Notons que chaque 12 janvier, une grande commémoration à la mémoire des victimes du séisme s’y tient. En raison de la pandémie de Covid-19 et de la situation d’insécurité grandissante dans l’aire métropolitaine, ce lieu de mémoire hautement symbolique n’a pas été ouvert au grand public ce mardi 12 janvier.

Elien Pierre
Auteur
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