Des individus à humaniser…

Publié le 2021-01-11 | Le Nouvelliste

À St-Raphaël, au prolongement de Savane Diane, dans la brousse balayée par le vent glacial de la nuit, des bandits spécialisés dans le vol de bétails ont fait un carnage à une cérémonie de vaudou. Ils ont tué un hougan et cinq autres paysans qui invoquaient les « lwa » pour les protéger contre les voleurs, ces pilleurs de labeur. L’État est absent. Il n’y a personne pour assurer la sécurité du territoire dans son  entièreté. Les gangs prolifèrent, se renforcent, recrutent, imposent leur loi.

Ce week-end, à l’Arcahaie, un match de foot vire au drame. On déplore deux morts par balle, des blessés, une route nationale bloquée et des misères pour les usagers de cette voie. Des fans de Violette ont été battus, des véhicules ont été cassés, des journalistes attaqués. C’est une histoire de coups de coude, de carton rouge, d’expulsion de deux joueurs. L’un, côté Violette, l’autre, le défenseur vedette de l’équipe de l’Arcahaie. Il est dit que c’est en représailles après un incident lors d’une précédente confrontation. Mais là, il n’y a pas de proportion. La passion a pris le pas. Des Haïtiens ont oublié que le foot est un jeu. Des Archelois  se sont couverts de honte. L’esprit sportif se cherche un sens.

Après un bal, aux Cayes, l’un des artistes du moment, Roody Rood Boy a été blessé. Une rixe. Une volonté de se battre, de débouler l’autre, comme si la violence définissait d’abord les gens d’ici. Ce lundi 11 janvier, à un jour des 11 ans du 12 janvier, on semble avoir tiré un trait sur nos fragilités, les échecs construits avec tant de passion, tant de lâcheté. Au nom de la débrouillardise, l’anarchie se poursuit dans le bâti. Il y a des bâtisses construites au centre-ville de Port-au-Prince. Mais la ville, la capitale, le vieux Port-au-Prince, crève. Les rues de Bel-Air sont vides. La peur y danse et ondule.

Le nez dans le guidon de la bêtise, des sorciers préparent un remake. On va se défoncer pour prendre ou pour se maintenir au pouvoir. Le pouvoir pour le pouvoir. Il y a des morts en vacances. Il y a ceux qui presseront la détente. Il y a ceux qui ne pourront pas dire ne pas avoir du sang sur les mains. Tout le monde veut passer en force, imposer et s’imposer. Notre vécu raconte un besoin de rupture, d’absence de consensus, un besoin de s’inventer, de se parler, de se trouver un nouveau projet, d’autres points d’équilibre. Pour que l’avenir cesse de s’écrire en pointillé dans les marges d’un projet pays absent, d’individus à rendre humains et citoyens…

Roberson Alphonse

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