Conjoncture

L’exécutif Moïse/Jouthe avance tout seul

Publié le 2021-01-07 | Le Nouvelliste

L’exécutif Moïse/Jouthe s’est longtemps affranchi du respect de la loi et de la Constitution. Il agit, impose et s’impose. Il n’a fait aucun cas des protestations contre l’installation du CEP, effectuée en dehors de la loi mère. Avec sa bénédiction, le CEP du 22 septembre avance et vient juste de publier son calendrier électoral.

L’exécutif, maitre du temps, n’a pas été contrarié par le refus de la Cour de cassation d’organiser la séance de prestation de serment des membres de ce CEP, d’autant que la cour a fait ce qu’elle fait le mieux : jouer la montre, se planquer dans sa tour d’ivoire, étrangère aux violations de la Constitution, au recul de l’État de droit en Haïti.

L’exécutif, en dépit des violations de la loi et de la Constitution, jouit de l’appui de l’ONU et de l’OEA. Les Blancs appuient l’exécutif, un processus électoral indispensable pour un retour à l’ordre démocratique. Ils font cependant peu cas de ce processus électoral engagé de manière inconstitutionnelle, en dehors de tout accord politique.

L’exécutif, en pratiquant la politique du fait accompli, se coupe un plus d’une bonne partie de la population et renforce ses adversaires dont la majorité ne jure que par son départ du pouvoir le 7 février 2021.

Alors que se met en place une bataille rangée, certains parient que l’ONU et l’OEA ne s’embarrasseront pas de manière à jouer au Ponce Pilate en cas de confrontation, dans un avenir proche. Entre-temps, il y a une vérité de la Palice à énoncer : l’accompagnement politique à l’exécutif sur le chemin du pire se fait au détriment de la stabilité, de l’État de droit, des principes démocratiques élémentaires.

Si les Blancs seront capables de faire le grand écart pour justifier leur accompagnement d’un processus électoral indispensable à un retour à l’ordre démocratique mais engagé de manière inconstitutionnelle, la mémoire récente devrait porter les forces d’Haïti à anticiper, à agir, faire plus que des communiqués, faire plus qu’offrir leurs bons offices pour éviter les jours sombres promis au pays.

Pour un fonctionnaire international, carriériste, une nouvelle crise en Haïti sera une de plus. Au mieux du travail. Ce sont les Haïtiens qui casqueront. Après tout, il n’appartient pas à l’ONU ou à l’OEA de ne pas oublier que la crise politique née des élections de 2000 a débouché sur les évènements de 2004 et sur l’envoi de la MINUSTAH.

L’exécutif n’est pas le seul à danser ce mauvais tango. Beaucoup d’entités de l'opposition jouent la montre, rêvent de mettre la main sur le pouvoir, font peu cas des principes démocratiques. Ce mimétisme entre le pouvoir et ces entités de l’opposition force parfois des choix. Les forces saines, progressistes, peinent encore à émerger, à porter un agenda démocratique.

Avec la prolifération des gangs qui contrôlent  plusieurs circonscriptions dans des zones urbaines, comme au niveau de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, un autre risque pèse sur la démocratie : l’expression libre, sans contrainte de l’électeur.

Aujourd’hui, aucun candidat ne peut être élu député dans l’une des trois circonscriptions de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, sans un accord tacite ou explicite avec le G-9, un regroupement de 9 gangs. Avec le départ de la MINUSTAH, l’organisation d’élection doit poser et résoudre les défis d’effectifs, de logistique et de sécurité.

Avec les corps armés ici et là et une PNH encore loin d’inspirer confiance de son professionnalisme, de sa neutralité, du respect de la loi par tous ses membres, il y a d’autres embûches sur le chemin du processus électoral.

Pour l’instant, élection, démocratie ne sont pas des dénominateurs communs. Cependant, quelles que soient les difficultés à surmonter, la case des élections est incontournable pour retourner à l’ordre démocratique. 

Roberson Alphonse

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