Ce sont les hommes qui faillissent

Publié le 2021-01-06 | Le Nouvelliste

Donald Trump, très mauvais perdant, a provoqué l’impensable ce 6 janvier 2021. Le président américain en fonction a chauffé à blanc ses partisans et les a poussés, encouragés à s’en prendre au plus important symbole de la vie politique américaine : le Capitole, siège du Congrès.

Le monde entier a dénoncé ce qui s’est passé ce mercredi aux USA. Le vice-président Mike Pence a passé la journée à se désolidariser de son président. Le ministre des Affaires étrangères de Trump, le secrétaire d’État Mike Pompeo et le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, aussi. Il est même question de démission en préparation dans l’équipe de Trump. 

La démocratie américaine attaquée par le président américain… on aura tout vu.

Les États-Unis d’Amérique ne cesseront jamais de nous étonner. En 1941, après avoir subi l’attaque foudroyante de Pearl Harbor, ils se sont relevés pour entrer en guerre. 

En novembre 1963, pas une heure ne s’est écoulée entre le constat du décès du président assassiné, John Fitzgerald Kennedy, et la prise de fonction de son successeur. 

En 2001, après les attentats du 11 septembre, les Américains ont encaissé le choc et se sont vite remis de la blessure. 

Ce 6 janvier 2021, après le chaos de l’envahissement du Capitole par la foule, le jour de la certification des votes des grands électeurs pour définitivement élire Joseph Biden Junior, le Sénat et la Chambre des représentants ont essuyé les plus graves souillure avant de reprendre séance le soir même.

Quelle que soit l’issue du vote dans la nuit ou dans les jours qui viennent, les institutions américaines n’auront pas plié. Elles ont tenu tête au président en fonction. Ont résisté à la furie de ses partisans. 

Pour le moment, ce sont les faits.

Des hommes et des femmes politiques du camp de Donald Trump ont erré, ont été tentés par une aventure inconnue dans l’histoire politique américaine, mais d’autres femmes et d’autres hommes des deux camps ont résisté. Ils se sont arc-boutés aux lois, à la Constitution américaine et aux institutions pour ne pas succomber aux assauts de Trump et de ses sbires.

La grande différence entre une république bananière et le 6 janvier américain, c’est que le président en poste ne peut pas imposer ses lubies comme bon lui semble. Il n’y a pas eu de fractions factieuses des forces armées américaines qui l’ont suivi dans sa folle aventure. Il n’y a pas de regroupement d’hommes d’affaires et de capitaines d’industrie qui se sont offerts pour financer l’impensable.

Dans une république bananière, le chef en poste aurait l’assemblée des jouisseurs à ses pieds. On aurait trouvé toutes les excuses pour faire de ce jour de la honte une journée de victoire.

Les forces de l’ordre n’ont pas non plus fait un carnage pour contenir la foule. Elles étaient même en sous-effectif.

Aucun des scénarios de république bananière n’a été à son terme, ce 6 janvier à Washington.

De 1776 à nos jours, la démocratie américaine, imparfaite comme toutes les démocraties, continue de se construire, l’histoire continue de s’écrire avec des assassinats de présidents, une guerre civile, des luttes sociales enflammées. Il n’y a eu aucun coup d’État ni coup de force pour prendre le pouvoir dans l’histoire américaine. Cela se passe autrement.

À chaque fois, le meilleur finit toujours par surgir et réussit à s’imposer. Cela prend du temps, de la sueur, des larmes, du sang, mais l’histoire tient la route.

Le ciment de l’aventure démocratique américaine réside dans des textes, une Constitution amendée mais jamais abolie ni remplacée. Le ciment tient par le respect pour le chemin parcouru par les aînés et par le sentiment de chaque génération de responsables politiques de devoir faire mieux que les anciens.

Alors que nombreux se disent que les États-Unis de Donald Trump sont dans le shit hole qu’il avait décrit pour Haïti, ils doivent simplement constater que c’est le président Trump qui est dans le trou.

Les institutions, les lois, les constitutions tiennent les sociétés et les nations dans une cohérence quand les hommes, au gré de leurs intérêts, veulent forger l’histoire à leur seul avantage.

Ce 6 janvier américain est une leçon pour tous. Pour ceux qui veulent construire, pour ceux qui veulent soustraire leur pays aux règles de la loi.

Ce qui s’est passé aux USA ces derniers mois est aussi un avertissement : le pire peut toujours survenir. Aucun pays n’est à l’abri de l’appétit de pouvoirs de ses hommes politiques.

Frantz Duval
Auteur
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