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Jean Baden Dubois : « Tous les Haïtiens font des spéculations sur la monnaie nationale »

Publié le 2021-01-07 | Le Nouvelliste

Pour avoir réussi à mettre la gourde sur un piédestal au moment où celle-ci se déprécie à un rythme effréné sur le marché des changes, le gouverneur de la Banque de la République d’Haïti (BRH) Jean Baden Dubois a marqué l’année 2020. À la 26e édition des Grands rendez-vous économiques, baptisés « l‘Espace Lesly Delatour », 2 janvier 2021, sur radio télé Métropole, le numéro un de la banque centrale est revenu sur les mesures prises dans le cadre de la conduite de la politique monétaire pour briser les chaines des spéculations.   

« Il y avait effectivement une forte spéculation. Après des analyses approfondies, il fallait coûte que coûte briser cette spéculation », a affirmé Jean Baden Dubois. Pour freiner la spéculation, le gouverneur a fait savoir que la BRH se trouvait dans l’obligation d’intervenir et de réguler le marché des changes. « La régulation ne permet pas de résoudre des problèmes structurels mais plutôt des imperfections du marché », a soutenu M. Dubois. 

De manière voilée, le gouverneur Jean Baden Dubois a fait comprendre qui sont les spéculateurs. « Tout le monde s’implique dans le change », a- t- il soutenu. À titre d’exemple, il a cité les commerçants qui affichent les prix en gourdes en fonction de leur propre taux de change. Ils ont généralement un taux de change qui est largement supérieur au taux de référence de la BRH. Si le taux de référence est 70 gourdes pour un dollar, les commerçants affichent leurs prix suivant un taux de change de 90 gourdes pour un dollar, a cité le gouverneur comme exemple.  La différence entre 90 gourdes et 75 gourdes est un bénéfice, une rente », a précisé M. Dubois.

Outre les commerçants, le gouverneur Jean Baden Dubois a fait référence aux sous-agents qui sont liés à des maisons de transfert. La BRH reproche aux sous-agents d’avoir payé les transferts à partir d’un taux de change nettement inférieur au taux de référence calculé par la BRH.  « Il y a aussi un marché informel avec les sous-agents qui gagnent entre 15 à 20 gourdes sur un dollar », déplore le gouverneur.

« Il fallait corriger ce désordre qui constitue une imperfection sur le marché pour donner à la monnaie nationale une stabilité. C’est la mission confiée à la BRH. Pratiquement, tous les Haïtiens font des spéculations sur la monnaie nationale », a déclaré Jean Baden Dubois.

Les sous-agents deviennent un problème, selon le gouverneur, lorsqu’ils sont autorisés à payer les transferts en gourdes. À travers une circulaire, la BRH avait exigé le paiement des transferts de fonds dans la devise indiquée par l’expéditeur. Face à un problème numéraire, la BRH avait autorisé le paiement des transferts en gourdes. « Outre le problème lié au numéraire, il y a le risque de blanchiment d’argent. On sait que le business des sous-agents n’est pas suffisamment solide pour effectuer autant d’opérations financières par jour », a fait savoir M. Dubois, soulignant que les sous-agents sont au nombre de 3 000.     

« Nous avons rencontré les responsables de l’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF) pour attirer leur attention sur des agents économiques qui font le change à partir du système formel sans en avoir l’autorisation. Ils transfèrent ou reçoivent des montants gigantesques. Ils vont répondre, un jour ou l’autre, aux questions de l’UCREF sur la provenance desdits ces montants », a averti le gouverneur Jean Baden Dubois.

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