En 2020, la grande catastrophe annoncée dans l’économie haïtienne n’a pas eu lieu

Contrairement à ce qui était annoncé, les crises sociopolitiques et la pandémie de coronavirus n’ont pas eu des méfaits très néfastes sur l’économie du pays au cours de l’année 2020. Pour le dernier exercice fiscal, si le premier trimestre a été marqué par l'opération de «peyi lòk» et le troisième par l’état d’urgence sanitaire à cause du coronavirus, en termes de recettes domestiques, les organes de perception ont su tirer leur épingle du jeu lors des deux autres trimestres. Des 89,3 milliards de gourdes projetés, plus de 87 milliards ont été collectés.

Publié le 2021-01-07 | Le Nouvelliste

Le ministre de l’Économie et des Finances, Michel Patrick Boisvert, a été l’invité de Kesner Pharel à l’émission «Grand rendez-vous économique » le premier janvier dernier sur les ondes de la Radio Télé Métropole. Comme chaque année, le ministre fait le bilan de l’exercice écoulé sur le plan économique et financier. Selon M. Boivert, les prévisions de recettes n’ont pas été atteintes. À cause de l’état d’urgence sanitaire, soutient-il, plusieurs institutions ont fermé leurs portes. On assistait également à la fermeture des aéroports du pays. Des situations qui ont provoqué des contre-performances au sein des organes de perception. Cependant, souligne-t-il, l’on a pu échapper à la catastrophe économique annoncée par plusieurs institutions internationales.

Au niveau interne, les prévisions de recettes ont été atteintes à plus de 97%. Si l’on en croit le grand argentier de la République, des 89,3 milliards de gourdes projetés, les organes de perception, à savoir : la Direction générale des impôts (DGI) et l’Administration générale des douanes (AGD), ont collecté pas moins de 87 milliards. N’était la pandémie de coronavirus, ajoute-t-il, les prévisions auraient pu être atteints. En effet, avant la période d’urgence sanitaire, les recettes internes ont déjà atteint les 75 milliards de gourdes, ce, malgré la fermeture totale du pays en automne à cause des mouvements socio-politiques où les institutions de collecte de taxes du pays avaient été complètement à l’arrêt.

Au cours du troisième trimestre de l’exercice, avec la pandémie, il était impossible pour l’État de percevoir des impôts. Comme ce fut le cas pour le premier trimestre, des 7.5 milliards de gourdes de recettes projetés par mois, il était difficile d’atteindre la moitié. À bien des égards, l’économie était à l’arrêt. Seules quelques entreprises fonctionnaient à plein régime. Ce qui a poussé les dirigeants à accorder un moratoire aux entreprises jusqu’au 30 juin.

Ainsi, l’on ne pouvait pas vraiment parler des Taxes sur les chiffres d’affaires (TCA) et l’impôt sur le revenu. La société dans son ensemble a été touchée, économiquement, de plein fouet par la pandémie. C'est pourquoi il était impossible de percevoir les impôts sur les sociétés.

Cela a conduit à une contraction de l’économie. Mais compte tenu de la situation de l’Institut haïtien de statistique et informatique (IHSI), il est difficile pour le ministre de préciser le niveau de contraction de l’économie. Michel Patrick Boisvert a toute même relaté que le niveau de contraction de l’économie serait inférieur à celui projeté par des institutions internationales.

De l’avis du ministre, la contraction de l’économie ne devrait pas atteindre les 4%. Ce qui sous-tend qu’on devrait s’attendre à un produit intérieur brut (PIB) dont le chute serait comprise entre -3,5 et -3%, pendant que les institutions comme la Banque mondiale et la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) projettent des contractions allant jusqu'à 5%. « Les chiffres qui circulent au niveau de l’international ne reflètent pas du tout ce qui se passe dans l’économie haïtienne », indique le ministre de l’Économie et des Finances. Pour avoir les chiffres précis, le premier ordonnateur du pays promet de travailler avec l’IHSI.

À en croire le ministre, ces institutions ont tablé sur ce qui passe dans des pays où la covid-19 a fait pas mal de dégâts pour faire leur projection sur Haïti. Mais, soutient-il, le grand désastre annoncé n’a pas eu lieu. Les méfaits causés par la crise politique au cours du premier trimestre ont été inversés au cours du deuxième trimestre, période dans laquelle les institutions de perception ont réalisé des performances record. Les prévisions, assure-t-il, étaient très pessimistes. « Tandis qu’on s’attendait à une chute de l’exportation de moitié au niveau du secteur textile, la contraction à ce niveau ne dépasse pas les 26% et, dans la foulée, les transferts sans contrepartie de la diaspora ont augmenté de 18  %, malgré la Covid-19 », estime Michel Patrick  Boisvert.

Jose Flecher
Auteur
Ses derniers articles

Réagir à cet article