Épargné de la Covid-19 en 2020, Haïti doit faire attention en 2021

Publié le 2020-12-29 | Le Nouvelliste

Quand on regarde les statistiques officielles, dix mille cas et moins de  deux cent-cinquante décès, Haïti peut se dire épargné des ravages de la Covid-19.

Quand on prend le pouls de la population, quand on écoute les conversations, quand on se méfie des chiffres officiels, on peut multiplier le bilan officiel par deux ou par dix, le bilan sera encore clément.

Haïti n’avait au début de la pandémie ni les infrastructures ni les moyens de contenir les contaminations, traiter les malades, gérer les vagues successives comme cela s’est passé dans certains pays.

En 2020, le pays, pour des raisons que les scientifiques cherchent à comprendre, a été épargné de la Covid-19.

En 2021, cela risque de changer.

Pour la première fois, après des dizaines de festivités populaires tenues sans distanciation ni masque, avec la présence de milliers de compatriotes revenus de l’étranger pour passer les fêtes de Noël, de fin d’année et du nouvel An au bercail, les cas de contamination recensés ont augmenté. Des malades emblématiques sont répertoriés.

L’ancien président de la République, le chanteur Michel Martelly, qui a repris ses activités de musicien, est positif à la Covid-19, a annoncé son groupe musical dans un communiqué.

D’autres musiciens qui étaient en concert ces derniers jours en Haïti sont aussi signalés atteints par le virus.

Des centaines de cas contacts ou des porteurs sans signe évident de la maladie circulent au sein de la population après un bal ou une fête.

Pour la première fois, depuis que les avions ont repris leur rotation entre Haïti et les pays affectés par le virus, les populations se mélangent fortement. À la capitale comme en province.

Et comme depuis des mois on ne parlait plus de cas Covid en nombre significatif en Haïti, tout le monde s’est laissé aller. On a oublié la réalité de la maladie. Quand le ministre de la Culture et de la Communication, Pradel Henriquez, a tenté de tirer la sonnette d’alarme, on l’a accusé d’être alarmiste.

Est-il trop tard aujourd’hui pour freiner le mécanisme de transmission du coronavirus qui est déjà en place ? Les médecins ne se prononcent pas, mais disent tous craindre le pire dans les semaines et mois à venir.

Haïti doit revenir aux gestes barrières, au lavage des mains, au port du masque, aux précautions élémentaires. On doit se protéger dans les familles comme dans les lieux festifs, là où l'on oublie que la maladie existe encore.

Le pays ne parle pas encore de plan de vaccination. Haïti s’est cru immunisé. Il est temps que les autorités reprennent la main et se souviennent que la population est fragile, très exposée et nos moyens comme nos infrastructures sont incapables de contenir une vraie grande vague de cas sévères de coronavirus.  

Frantz Duval
Auteur
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