Le ministre de la Justice accuse des organisations de défense des droits humains d’être « des outils de déstabilisation »

Publié le 2020-12-14 | lenouvelliste.com

Le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Me Rockefeller Vincent, lors d’une audience de la Commission interaméricaine des droits humains (CIDH) la semaine dernière, a affirmé que « le gouvernement est inquiet et préoccupé par  les organisations des droits humains qui font partie de la structure de certains partis politiques qui sont dans la fabrication d'allégations, dans la publication de rapports partisans pour les aider à atteindre leurs objectifs politiques ».

« Visiblement, certaines organisations sont utilisées comme outils de déstabilisation pour discréditer, délégitimer, créer un environnement favorable à la violence afin de faciliter l’exécution d’un coup d’Etat, la prise du pouvoir, en dehors des élections », a soutenu le ministre qui, dans un extrait de son intervention obtenu par Le Nouvelliste, a  mentionné « le Bureau des avocats internationaux (BAI) et l’Institut justice et démocratie en Haïti ( IJD’H) qui font partie du parti politique Fanmi Lavalas ».

«La plupart des opérateurs politiques de ces deux organisations sont des anciens lobbyistes de l’ancien président Aristide, selon les rapports du Foreign registration Act du département de la justice des Etats-Unis », a indiqué le ministre de la Justice Rockefeller Vincent qui a aussi indexé le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH). Le RNDDH appuie le MOPOD, a-t-il affirmé, soulignant que « le gouvernement reste alerté à toutes formes de dérives ».

« Ils sont prêts à nous éliminer physiquement »  

« Nous sommes en dictature. Nous sommes dans le collimateur du pouvoir qui montre qu’il est dérangé par la présence du RNDDH. Ils sont prêts à nous éliminer physiquement, à éliminer l’institution », a réagi Pierre Espérance, soulignant « prendre très au sérieux les menaces du ministre et du pouvoir ». Le ministre de la Justice est responsable de nos vies, a-t-il insisté, déplorant le fait que le ministre Vincent n’ait pas formulé l’objet de la réunion.

« Le ministre est passé à côté. C’était une audience sur les mesures de sécurité pour les victimes du massacre de La Saline. Le ministre a préféré faire le procès du RNDDH et du BAI. Le ministre ne connait pas ses dossiers. C’est une honte pour Haïti », a balancé Pierre Espérance, scandalisé par le choix du ministre de ne « pas parler du gang G-9,  des gens que l’on tue, des massacres dans les quartiers défavorisés ».

«Il a préféré banaliser la vie des gens », a regretté Pierre Espérance, qui a souligné que les organisations de défense des droits de l’homme, la police judiciaire, l’ONU et des organisations de défense des droits humains ont rapporté des faits quasi identiques. « Le crime de La Saline a été planifié par des autorités du pouvoir », a indiqué Pierre Espérance. « Nous ne sommes  de connivence avec aucun pouvoir. De 2002 à  aujourd’hui, tous les rapports sont disponibles. Les rapports, une fois publiés, ne vous appartiennent plus. Les documents sont disponibles sur le site », a déclaré Pierre Espérance, ajoutant que le ministre Vincent est « à court d’arguments ». Le RNDDH est membre du POHDH, de la FIDH et de ECC, a expliqué le militant des droits humains.

Me Mario Joseph du BAI, affilié à l’IJD’H, a lui aussi rabroué le ministre de la Justice. « Ce n’est ni BAI ni l’IJD’H qui sont responsables de la grève des greffiers et de l’incarcération de 80% des détenus, sans jugement. C’est le système qui est défaillant. M panse minis lan ta dwe grate kote ki grate l », a-t-il fulmuné, en passant les affirmations du ministre au tamis des droits humains systématiquement violés en partie à cause d’une justice mise sous coupe réglée. « Il faut que le ministre dise qu’il n’y a pas d’impunité ! Est-ce que la justice n’est pas sous les griffes de l’exécutif, avec les juges de l’équipe ? Est-ce que le président n’avait pas dit qu’il avait mal nommé une cinquantaine de juges ? », s’est interrogé Me Mario Joseph, soulignant que « le BAI fait un travail technique ».

Me Mario Joseph a souligné qu’il a « le droit d’appartenir à un parti politique ». « Cela ne le regarde pas. Ce qui le regarde est son travail », a-t-il précisé. « Je ne suis pas lobbyiste. Je suis avocat au barreau de Port-au-Prince. Je suis avocat et je défends les victimes du massacre de La Saline », a indiqué Me Mario Joseph. « Nous parlons de droits humains et notre référence est la Constitution de 1987. Le ministre est à court d’arguments. Il fait de la politique. Le droit c’est le droit. Ce sont les droits humains qu’il faut respecter », a-t-il insisté.

«Ces déclarations sont très mal venues. Dans le contexte actuel, on n’a pas besoin d’attaque contre les ONG et les défenseurs des droits humains. Au contraire, ils doivent bénéficier du support de l’Etat. Ils sont incontournables en matière d’épanouissement des droits humains tout comme les partis et leaders politiques sont incontournables dans le processus démocratique et l’instauration d’un État de droit en Haïti. En un mot, tout doit se faire sur une base de tolérance et des valeurs des droits humains », a confié au Nouvelliste le protecteur du citoyen, Me Renan Hédouville.



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