La société civile manifeste sa colère contre l’insécurité

Publié le 2020-12-10 | lenouvelliste.com

À l’appel de plusieurs organisations de la société civile, plusieurs centaines de protestataires ont gagné les rues de la capitale ce jeudi. Les manifestants ont dénoncé la machine infernale de l’insécurité et appelé les autorités à assumer leurs responsabilités. Des rassemblements ont eu lieu au Champ de Mars, à Lalue et au carrefour de l’aéroport. Avec des pancartes, des banderoles, des t-shirts ou encore des chansons, les manifestants ont réclamé leur droit de vivre, de circuler librement sans être inquiétés. 

Plusieurs personnalités du monde universitaire, du secteur artistique, du secteur des droits humains ont été entre autres remarqués sur le macadam. Interrogé par le journal, l’économiste et professeur d’université Etzer Émile a fait savoir aux autorités qu’on ne vit pas. « On compte les victimes chaque jour et on se demande qui sera la prochaine ? Chaque jour, la terreur s’installe. Je marche pour dire que cela doit cesser. Aujourd’hui, le pays est livré à lui-même. On se demande si les dirigeants sont de mauvaise foi ou s’ils sont carrément incapables », a-t-il fait savoir.

Ce qui ce passe dans le pays est contraire à la vie. C'est ce qui fait que bon nombre de concitoyens et concitoyennes quittent le pays à la recherche de la vie ailleurs. Je veux résister, nous devons résister. Non à l'insécurité, sous toutes ses formes », a-t-il déclaré. 

Frantz Mervilus, mieux connu sous le nom de Dj Fanfan, a payé de sa présence dans cette manifestation pour réclamer le droit à la vie. « Je suis ici parce que je suis contre le kidnapping. Quiconque n'est pas ici est en faveur du kidnapping. Pour moi, c’est assez logique que je sois présent pour dénoncer l’insécurité », a-t-il fait remarquer. DJ Fanfan s’est présenté à la marche alors que le secteur culturel et artistique dont il est membre est souvent pointé du doigt pour son mutisme face aux problèmes du pays. Interrogé à cet effet, le disc jokey a reconnu qu’il y a un problème d’unité dans son secteur. « Je ne suis pas là pour représenter un quelconque secteur. Je suis ici en tant que citoyen haïtien qui se sent concerné et qui n’accepte pas ce qui se passe. Peu importe le secteur auquel on appartient, tout le monde aurait dû être là », a-t-il soutenu. 

Le professeur Jacky Lumarque, recteur de l’Université Quisqueya, a appelé la société à se mobiliser pour faire échec aux malfrats. « C’en est trop. Le pays ne mérite pas cette situation. Ce que nous sommes en train de vivre aujourd’hui n’est pas endémique, ce n’est pas dans l’ADN du pays. Ce n’est pas dans notre culture. C’est une situation d’exception. La société ne devrait pas se laisser intimider par quelques centaines de personnes qui s’érigent en ennemis du pays. Cela ne doit pas s’installer comme quelque chose de normal », a-t-il dénoncé. 

Les revendications contre l’insécurité ont été, plusieurs fois, noyées par des slogans anti-gouvernementaux. Certains manifestants ont, sans langue de bois, appelé au départ du président de la République Jovenel Moïse. D’autres ont dénoncé l’implication du pouvoir en place dans l’insécurité, dénonçant ce qu’ils appellent des « kidnapping d’État ». 

Pour Etzer Émile, cette situation de terreur n’est pas sans conséquence sur l’économie qui est asphyxiée. « Les activités sont paralysées. Les familles sont décapitalisées. Cela doit cesser. C’est le cri d’une population fatiguée et qui a soif du changement et de meilleures conditions de vie. Ma présence c’est aussi pour dire qu’Haïti doit être un pays vivable pour nous et pour les générations futures », a-t-il poursuivi. 

De son côté, l’économiste Énomy Germain, présent également à la marche, a indiqué qu’il est fatigué, comme beaucoup d'autres, de l'insécurité qui règne dans le pays. « Mais moi je parle de l'insécurité dans ses manifestations diverses, dont le kidnapping, les assassinats, l'insécurité alimentaire, etc. 

Après avoir arpenté des artères comme Lalue et l’avenue Lamartinière, les manifestants ont terminé la marche à l’entrée de l’avenue Charles Sumner. Gédéon Jean, le directeur exécutif du Centre d’analyse et de recherches en droits de l’homme (CARDH), a lancé un message à la population en guise de mot de la fin. « Ensemble disons non à l’insécurité, non au kidnapping, non aux massacres. Crions justice pour les victimes. On a marché pour la vie,  pour dénoncer l’insécurité qui n’épargne personne. Nous pensons à toutes les victimes d’assassinat, de kidnapping et de viol. Nous devons continuer à nous mobiliser pour contraindre les autorités à assumer leurs responsabilités », a-t-il appelé. 

Des heurts ont éclaté entre certains manifestants et les forces de l’ordre en marge de la marche. Les agents de la PNH ont fait usage de gaz lacrymogène pour disperser des attroupements alors que certains protestataires érigeaient des barricades de pneus enflammés à Turgeau, Bois-Verna, Lalue, Bois-Patate...



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