Kidnappings en série, des policiers accusés, les autorités inaudibles

Publié le 2020-11-30 | Le Nouvelliste

Depuis quelques semaines, les cas d’enlèvements suivis de libérations contre rançon s’intensifient. Pas un jour sans un cas. Des fois deux ou plus.

On kidnappe les personnes seules et celles en groupe. Il n’y a pas de classe sociale spécifique qui soit visée, ni un profil type des victimes. Chaque Haïtien à Port-au-Prince ou en province peut être ciblé ou se faire prendre par hasard.

Les récits de ceux qui reviennent sont similaires. Des hommes armés, des fois habillés en policiers, les ont braqués en plein jour ou en soirée, dans des rues embouteillées ou désertes, sans se préoccuper des témoins. Les ravisseurs embarquent leur proie vers des destinations situées dans des quartiers qui font la une de l’actualité depuis des mois. Les voitures utilisées par les bandits sont similaires à celles de la police et ils emmènent avec eux les véhicules des victimes dans des convois que rien n’inquiète.

Contre versement de rançon, on les libère, après quelques jours de captivité.

Si les kidnappeurs agissent et entretiennent une peur acide au sein de la population, les autorités sont d’une discrétion remarquée.

On dirait que cela ne les concerne pas. Un tweet par-ci, une déclaration par-là. Aucune action structurante n’est annoncée.

Il faut dire que depuis le début de l’année 2020, la police est devenue un trou noir. On ne sait plus qui fait quoi et quand. Qui est dans quel groupe ou pas.

Si le pays a connu deux directeurs généraux de la PNH en 2020, les mêmes problèmes persistent d’une administration à l’autre.

La Police nationale d’Haïti n’a pas de moyens pour mener de bonnes actions. Des fois, on a l’impression qu’elle n’a ni les moyens, ni la volonté, ni les stratégies, ni les hommes pour rencontrer les attentes de la population, pour se colleter aux problèmes causés par l’insécurité. Encore moins pour résoudre ses propres problèmes.

La sécurité n’est pas dans l’agenda du président Jovenel Moïse qui est à son troisième DG de la police. Le président a épuisé encore plus de premiers ministres ou de ministres de la Justice depuis son installation à la tête du pays. Personne ne connait le nom de son maître à penser en matière de maintien de l’ordre ou l’identité du conseiller présidentiel en matière de sécurité.

Depuis samedi, suite à l’enlèvement du résident en médecine, le Dr Hans David Télémaque (libéré depuis contre rançon payée par ses proches), le monde médical est en ébullition, des services entiers sont fermés dans certains hôpitaux pour protester contre l’insécurité et les kidnappings.

Lors des manifestations d’étudiants en médecine pour les mêmes raisons, la Police nationale d’Haïti n’a rien trouvé de mieux à faire que de réprimer sévèrement les revendications légitimes de ceux qui osent se plaindre de la situation déplorable qui affecte tout le monde.

Les autorités et la police ne rassurent pas en annonçant des actions contre les kidnappeurs, mais répriment pour étouffer le bruit des proches des victimes autour des cas de kidnapping. Incompréhensible.

Les familles s’appauvrissent, les bandits s’organisent pour frapper, la police réprime, les autorités se taisent.

Quel modèle de société sécuritaire édifie Jovenel Moïse ?

Frantz Duval
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