La démocratie en Haïti a besoin de penseurs, de leaders et d’électeurs

Publié le 2020-11-27 | Le Nouvelliste

Partons du principe qu’il n’est pas nécessaire de revenir sur les différentes définitions de la démocratie qui ont eu cours depuis des siècles. Qu’il n’est pas non plus nécessaire de tenter de faire l’historique des régimes démocratiques. N’allons ni en Chine ni à Cuba. Ni en France ni aux États-Unis d’Amérique.

Restons en Haïti. Dans la longue transition vers la démocratie que nous vivons depuis 1986.
Laissons de côté les dérives, certaines sanglantes, que le pays a connues.

Évitons la démocratie à l’haïtienne qui est toujours une escroquerie et parlons de la démocratie en Haïti. De ce qui se passe de nos jours. Ces dernières heures.

Le Core Group a publié un communiqué pour appeler à la tenue des élections en 2021. L’opposition s’en est offusquée et a rappelé ses positions. Un conseiller politique du président Jovenel Moïse a esquissé le régime politique idéal dans lequel il place son patron au-dessus de tous les pouvoirs, lois et gens. Le cardinal Langlois, en conférence de presse, a redit la disponibilité de l’Église pour servir d’intermédiaire afin de faciliter le dialogue interhaïtien.

De ces quatre éléments, il ressort que le processus démocratique va mal en Haïti. Les penseurs le pensent mal et veulent nous ramener à la situation qui avait cours en Haïti avant 1986. Les leaders de l’opposition se trompent car ils sont contre la tenue des élections en agitant une multitude de raisons au lieu de réclamer leur tenue pour pouvoir appliquer de meilleures solutions à nos problèmes.. Les électeurs ne réclament ni comptes sur le passé ni projets d’avenir. Ils ne réclament rien depuis des mois.

Très vite, on pourrait tirer la conclusion que la démocratie est morte en Haïti.

Oyez !

Le président en poste veut des élections le plus tard possible en 2021 pour continuer à gouverner en maître et seigneur et sans contre-pouvoirs. L’opposition ne veut pas d’élections avec le président en poste et veut une transition pour rebattre les cartes. Les leaders de la société civile n’arrivent pas à faire pencher la balance. Les électeurs se taisent et assistent à un match qui met à mal leur pays et leur avenir comme ils le font en regardant l'évolution des équipes des championnats étrangers. Concentrés, concernés mais incapables de peser sur le cœur du jeu.

Il suffirait que l’opposition réclame des élections au plus vite pour que Jovenel Moïse se trouve embarrassé de ne pas pouvoir réunir les conditions pour que les élections se tiennent.

Il suffirait que Jovenel Moïse précipite la tenue des élections pour que l’opposition se déchire encore plus.

Cependant, ni l’opposition ni le pouvoir ne veulent d’élections dans un avenir prévisible.

Il suffirait que l’Église prenne vraiment son bâton de pèlerin pour rassembler le corps social et ensuite se proposer comme intermédiaire et tous les acteurs politiques seraient obligés de s’asseoir autour d’une table.

Cependant, comme tous les membres de la société civile, l’Église ne met pas vraiment ses pieds dans l’eau pour tenter de sauver le pays qui se noie. Elle prie et crie depuis de lointains rivages.il lui faut plus d’engagements. Cinq pains et deux poissons de plus.

La démocratie en Haïti est en faillite comme les institutions.

Les pays amis ont leurs propres problèmes entre eux. Les penseurs haïtiens pensent à moitié. Les leaders politiques et de la société civile s’égarent sur des sentiers sans issue. Les électeurs assistent à leur propre mort comme s’il s’agit de la crucifixion d’une entité extraterrestre.

Le Core Group, les regroupements d’opposants, les penseurs de la présidence royale, la Conférence épiscopale ont mille communiqués à écrire, mille déclarations à faire, chacun confortera ses petites positions. Sans plus.

Personne n’a gagné de bataille ni de guerre, reclus au fond de tranchées ni arcbouté à ses seules espérances.

La démocratisation est une guerre de longue haleine et elle a des exigences. Pour trouver le consensus ou la prise du judoka, il faut être sur le tatami et avoir les idées claires.

Frantz Duval
Auteur
Ses derniers articles

Réagir à cet article