Covid-19 | Photographie

Hope Photo Project, une réponse artistique à un sentiment de désespoir

Il a commencé sa carrière en 1995, lorsqu'il a cofondé et construit le collectif d'artistes Positive Space à la Nouvelle-Orléans où il était galeriste, réalisateur, artiste et publiciste. Il s’appelle Jonathan Ferrara. Un artiste américain. En 2014, Ferrara a organisé l'exposition itinérante Guns In The Hands of Artists (2014-2018) à la Nouvelle-Orléans, puis The Aspen Ideas Festival, Washington University In St.Louis, Art Basel Miami Beach, Minneapolis et Washington DC où le sénateur Tim Kaine l'a parrainé à la rotonde Russell du bâtiment du Sénat américain et au musée d'art de l'université de Fairfield. En 2016, il a publié le livre très apprécié, Guns In The Hands of Artists avec des essais de Walter Isaacson, Gabby Giffords, le sénateur Tim Kaine, Richard Ford, Harry Shearer, entre autres. En 2017, il a fondé la Guns In The Hands of Artists Foundation pour étendre l'art public à plus grande échelle et les interventions à travers le pays sur la question des armes à feu et de la violence armée. C’est cet artiste qui n’est jamais en panne d’idées qui a créé le projet Hope Photo, une initiative qui vise à inspirer les communautés du monde entier, en ces temps de peur, en ces temps troublants où une poignée de mains, une accolade, un bisou devient carrément dangereux pour la santé de chacun. C’est en ce temps crucial que Ferrara inscrit la photographie comme écriture de lumière, à travers The Hope Photo Project, pour véhiculer un message d’espoir dans nos coeurs.

Publié le 2020-11-25 | Le Nouvelliste

Lorsque la journaliste haïtienne Maryse Déjean, animatrice d’un programme de jazz sur les ondes de wwoz à la Nouvelle-Orléans, m’a parlé du projet Hope Photo, je brûlais de curiosité pour savoir ce que c’était. Elle m’a mis en contact avec Jonathan Ferrara, galeriste, activiste communautaire, entrepreneur artistique, propriétaire d’une galerie éponyme à la Nouvelle-Orléans. Cet artiste expose régulièrement à Art Basel Miami Beach, espace culturel où j’avais posé mes valises, trois jours d’affilée, pour mener des reportages pour Le Nouvelliste en 2018.

Ferrara m’intéresse parce qu’il entre dans ma ligne de mire. En pleine période de Covid-19 dans le monde, aux Etats-Unis et en Haïti, l’artiste a créé The Hope Photo Project qui utilise le pouvoir de l'art et de l'image visuelle pour diffuser un message d’espoir à travers le monde.

Ferrara est entré en contact avec moi. Pendant des mois, on a échangé une correspondance et des photographies. L’Américain m’apprend que le projet de photographie débuté à la Nouvelle-Orléans poursuit son petit bonhomme de chemin à Minneapolis, Saint-Louis, Jérusalem, Amman, La Havane pour arriver à Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, confrontée aussi au coronavirus.

Élan de photographe

En ces temps de Covid-19, tout le monde a peur de ce mal qui affecte les individus. L’artiste se demande : que faire? Comment faire passer un message d’espoir durant cette période troublée pour que tout être sensible de par le monde envoie à l’humanité des ondes positives ?

Un signe, un panneau, une inscription, un mot va faire le tour de plusieurs villes du monde : Hope qui signifie Espoir. Aussitôt la dynamique enclenchée, mon élan de photographe, soucieux de cristalliser l’instant, se met en mouvement.

Maryse Déjean – passionnée  de jazz autant que son mari, le prolifique écrivain américain Don Paul, codirecteur de Sticking Up for children  – m’envoie chez sa tante, Madame Franck Paul. Cette dernière me remet un panneau bleu comme le ciel, un support assorti d’une inscription blanche comme une colombe estampillée du mot Hope. Ainsi commence pour moi l’aventure à Port-au-Prince, une histoire dans laquelle j’ai partie liée dans la lutte avec Megan Mitchell, la cheffe de projet Hope qui gère tous les médias sociaux, Jonathan Ferrara, l’initiateur du projet, Maryse Déjean, l’animatrice du programme de jazz, Don Paul, comédien, producteur de 27 albums, auteur de 30 livres et tous les photographes qui vitalisent ce projet dans plusieurs villes du monde. 

Une réponse artistique

Même lorsque je faisais des photos, je continuais à me demander ce que c'est que le projet Hope. Il n’y a pas mieux que l’initiateur du projet pour en parler. Dans un courriel, Jonathan Ferrara me répond : «  Le projet Hope Photo a été ma réponse artistique à un sentiment de désespoir lors de la première période de Covid-19 en avril [de l'année 2020.NDLR]. En tant qu'artiste travaillant sur des projets communautaires où j'utilise l'art comme catalyseur du changement social, j'ai créé ce projet pour aider les gens de ma communauté et maintenant du monde entier à avoir de l'espoir à une époque où nous ressentons tous le stress de la façon dont la Covid a changé nos vies. Je veux diffuser un message d'espoir. L'idée est très simple ... en prenant des photos de personnes tenant le signe Hope, qui est en fait un véritable panneau de rue ici à la Nouvelle-Orléans, nous visons à partager l'espoir entre le photographe et le sujet, mais aussi à envoyer ces photos dans le monde via les réseaux sociaux et les médias. De cette façon, ces photos peuvent donner de l'espoir à ceux qui en ont besoin.  Je veux utiliser le pouvoir de l'art et de l'image visuelle pour communiquer un message important, en ces temps sans précédent ... le message de l'espoir. »

L’idée est claire. Mon appareil photo met l’espoir en lumière. Des artistes, des enseignants, le passant de la rue pose pour moi avec ce panneau. À une question, Ferrara m’apprend : « J'ai lancé ce projet en avril de cette année et j'ai commencé à prendre des photos dans ma communauté pour tisser une tapisserie de l'espoir ici dans ma ville et maintenant les photographes le font dans sept villes de cinq pays. »

La genèse de ce projet

Cet entrepreneur artistique et producteur culturel basé à la Nouvelle-Orléans qui réalise des projets aux États-Unis et à l'étranger, me confie l'histoire, retrace la genèse de ce projet. « Lorsque le verrouillage a commencé ici à la Nouvelle-Orléans, je me suis senti paralysé en tant qu'artiste, et, en tant que membre de ma communauté. Je voulais faire quelque chose, apporter quelque chose pendant cette période, mais je ne savais tout simplement pas quoi faire. Mon voisin cousait des masques faits à la main pour les premiers intervenants de notre ville et alors que je regardais les gens venir chez lui toute la journée, je me suis dit : «Que faites-vous pour aider ? vous êtes un artiste talentueux, un galeriste, un créateur, une âme, mais pourtant rien ne m'est venu». J'ai pensé à de nombreuses idées mais elles semblaient toutes très artificielles ou forcées. Vous ne pouvez pas forcer la créativité… Je crois que cela arrive quand elle est prête à se produire et que l'artiste est prêt à la recevoir dans sa conscience. Donc, fin avril, un groupe d'amis s'est réuni pour faire une vidéo à partager avec tous nos amis qui viennent chaque année au JazzFest ici à La Nouvelle-Orléans, mais cela n'a pas pu avoir lieu à cause de la Covid. Quand nous avons fini le tournage, un ami musicien de notre groupe est allé à sa voiture et a sorti un tas de plaques de rue qu'il avait rassemblées au fil des ans et a dit en plaisantant « qui veut une plaque de rue ?». L'un des cinq panneaux qu'il a retirés était le panneau de rue Hope. J'ai immédiatement dit : «Je vais prendre celui-là», puis j'ai demandé à un ami de me prendre en photo devant le parc des expositions fermé JazzFest en brandissant le panneau Hope. Cette première photo, je disais: «Espérons qu’il y aura un festival de jazz l’année prochaine. Ensuite, j'ai commencé à prendre des photos de personnes emblématiques de la Nouvelle-Orléans comme des chefs, des musiciens, des artistes, des dirigeants de la ville et ce faisant, je voulais que les gens voient ces personnes bien connues partager l'espoir et ainsi donner de l'espoir aux gens. En voyant une personne qu'ils admirent ou respectent avoir de l'espoir, cela pourrait aussi leur donner de l'espoir. Et en quatre mois, j'ai pris plus de 500 photographies de la Nouvelle-Orléans emblématique et quotidienne. »

Influencer le changement social

Moi, j’ai commencé à faire des photos avec quatre graffeurs : Francisco  Silva, Elysée Hamson (ASSAF), Laurent Philippe (PENS) et Raynald Beaufort (RAYZA), des arstistes qui ont réalisé une fresque sur le mur du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), à la rue Rivière. Cette fresque représente des cris d’hommes et de femmes explosant sous des masques destinées à les protéger contre le coronavirus.

Ferrara croit que l'art est l’un des moyens d'influencer le changement social. Il a donc fondé ARTDOCS, un programme médical pour les artistes sans assurance maladie, et No Dead Artists, une exposition à jury international qui donne une voix et une place aux artistes émergents du monde entier Pour cet entrepreneur artistique : « Le projet Hope Photo vise à inspirer les communautés du monde entier, à notre époque de besoins mutuels, en utilisant le pouvoir de l'art et de l'image visuelle pour communiquer un message important… le message de l'espoir. L'espoir est une rue de notre ville, mais c'est aussi une place dans nos cœurs et nos esprits. Espoir pour nos familles, espoir pour nos amis, espoir pour notre ville, espoir pour notre nation et espoir pour le monde. »

Ainsi que plusieurs photograhes engagés dans cette aventure qui ne fait que commencer, nous partageons les images qui cristallisent l’instant  sur les réseaux sociaux. On peut voir ces photos www.thehopephotoproject.com,  sur thehopephotoprojectInstagram, Facebook  ainsi queTwitter . 

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