Vertières: un poème épique de Massillon Coïcou

Publié le 2020-11-19 | Le Nouvelliste

Malgré notre histoire grandiose, avec de grandes batailles, des triomphes fulgurants, la glorieuse indépendance, etc.,  il existe peu de textes épiques dans les annales de la littérature haïtienne. 

Félix Morisseau Leroy a chanté Jean-Jacques Dessalines dans son long poème en créole titré « Mèsi Papa Desalin ». Les lecteurs haïtiens font souvent référence à ce poème épique le 17 octobre, jour de la commémoration de la mort du Père fondateur de la nation haïtienne. C’est l’un des poèmes les plus populaires de l’auteur. Morisseau Leroy n’est pas le premier à faire vibrer dans sa lyre des poèmes épiques en l’honneur des fondateurs d’Haïti. Coïcou s’illustre magnifiquement dans la galerie des auteurs à couvrir nos héros d’un manteau de gloire. Il est l’un des premiers. Il a doté notre littérature d’un vibrant poème intitulé « Vertières ».

Vertières est le nom d’un lieu. C’est l’endroit où l’armée indigène a livré sa dernière bataille ayant abouti à l’indépendance. Une bataille décisive qui a enfanté la première République noire. Au cours de cet affrontement, le 18 novembre 1803, un soldat de l’armée de Dessalines s’est glorieusement distingué. Il s’agit de Capois La mort. Et c’est pour chanter l’héroïsme, la bravoure,  la prouesse de cet homme mystérieux  que Massillon Coïcou a écrit « Vertières », l’un des premiers poèmes épiques de la littérature haïtienne.

«Dessalines parait. Calme, il combine, il règle : 

Et puis, autour de lui, plongeant ses regards d’aigle,

Il ordonne à Capois d’aller sous les canons.

(Oh ! qui que vous soyez, saluez, à ces noms,

Ce que de plus divin a conçu l’héroïsme !)

Capois bondit. Sous lui, plein du noble égoïsme

Dont chacun, jusqu’à l’âme, est ardemment imbu,

Montent des légions de nègres vers le ciel. 


La canonnade gronde et les broie : ils se troublent

Et reculent ; Capois les ranime ; ils redoublent 

De vaillance , et, sans cesse, en leur montrant le fort.

Capois insuffle en eux le dédain de la mort ».


Jean-Pierre Le Glaunec, historien et professeur à l’Université de Sherbrooke, spécialiste de l’histoire d’Haïti, a écrit un livre sous le titre « L’armée indigène : la défaite de  Napoléon en Haïti ». De passage en Haïti pour une conférence sur la remobilisation des Forces Armées d’Haïti (FADH), en 2018, il a expliqué succinctement au micro de Ayibopost l’importance et le symbolisme de Vertières dans l’histoire universelle : « La bataille de Vertières représente un changement de paradigme très important. Le 18 novembre 1803, quelque chose s’est fissuré : l’équation entre la peau noire et la condition esclavagiste. Cette équation est fissurée de manière radicale. Je crois qu’à Vertières quelque chose tremble, ce sont les assises du monde moderne.  Et les assises du monde moderne, c’est la rencontre du capitalisme, de la race et de l’esclavage. À Vertières, cette union du capitalisme, de la race et de l’esclavage s’effondre ». 

Vertières  est une date importante qui a été occultée. Comme l’a souligné Le Glaunec, on arrive à marginaliser Haïti en n’en parlant pas dans les livres d’histoire. Malgré cette marginalisation historique, les lecteurs peuvent lire sous la plume de Massillon Coïcou ce poème hautement volcanique consacré à la gloire des héros de Vertières et précisément  à Capois qui a mille fois regardé la mort en face. 

« (…) - Capois tombe ! – Capois est mort ! – Lui, se relève

Plus fier, plus beau, plus grand ! N’est-ce donc rien qu’un rêve

Ou la mort faiblit-elle, indécise, à l’aspect d’un faucheur qui lui 

Semble imposer le respect ?

Lui, calme, radieux, brusquement se redresse 

Loin du cheval sanglant, s’élance, charge et presse,

Lançant le cri sublime : En avant ! En avant ! »

« (…)  en avant !  En avant ! Capois part. 

La mitraille le décoiffe, n’importe, animant la bataille,

Tout en lui surexcite, électrise les cœurs ;

Il veut, dans ces héros, couronner des vainqueurs,

Voir, sur les noirs martyrs, la race noire libre ».

L’académicien Dany Laferrière, conscient de cette marginalisation du pays, a fait entrer le mot « Vertières » dans le dictionnaire de l’Académie française. Le 18 novembre 2020, pour marquer le 217e anniversaire de cette bataille, l’ambassadeur d’Haïti en  France, Josué Pierre-Dahomey, a rencontré l’auteur de « L’odeur du café » autour du mot « Vertières » et de son entrée dans le dictionnaire.  Pour Dany, Vertières est un mot « puissant et immortel ».


 

Wébert Pierre-Louis Auteur

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