Le président Moïse a de grands chantiers, des kidnappeurs séquestrent à tour de bras

Publié le 2020-10-23 | Le Nouvelliste

Vendredi, en début de soirée, le président Jovenel Moïse, face à la caméra, a sonné la charge contre la Constitution de 1987. Il assume pleinement son projet de changer la Constitution par voie référendaire, après un accord avec des éléments de la société politique et des forces organisées de la société civile.Le seul mot non prononcé est caducité.

Son CEP, décrié, a l’argent pour les opérations électorales. Le président Moïse, souvent polémique, a modéré ses propos et a chanté les louanges des acteurs de l’opposition avec qui il discute depuis trois mois. Le président Moïse n’a pas lâché de noms de ces acteurs politiques avec qui il veut dessiner l’avenir de 11 millions d’Haïtiens.

Le nez dans le guidon de la nouvelle constitution dont il promet de ne pas tirer profit -parce qu’il ne sera pas candidat aux prochaines élections- le président Jovenel Moïse, encore une fois, est apparu décalé par rapport à la priorité de beaucoup de familles pour lesquelles l’air est irrespirable, pour qui chaque minute a goût d’incertitude, de peur de ne pas revoir vivant un proche kidnappé.

Sur l’insécurité, il s’est exprimé pendant une poignée de secondes, une minute à tout casser. Le président, pour une énième fois, dégaine un refrain, un nouvel appel des préposés à la sécurité pour assumer leurs responsabilités. « Il faut faire tout ce qui est possible pour donner satisfaction à la population », a dit Jovenel Moïse. « Mete pye nou atè pou n rezoud pwoblèm ensekirite a », a insisté le président Jovenel Moïse.

Le président Jovenel Moïse,  avec le contenu de grand oral, diffusé à 19 heures, a semblé si éloigné des habitants ayant battu le pavé en milieu d’après-midi, érigé des barricades de pneus enflammés, craché leur colère au moment d’appeler à la libération de Wolf Hall, propriétaire de Titi Lotto, qui a été enlevé mardi soir par des bandits armés à la ruelle Alerte.

Devenue insomniaque, la femme de Wolf Hall, la mère de ses deux enfants, contactée par le journal, évoque sa dernière conversation avec Wolf, ses stratagèmes pour que les enfants du kidnappé ne tombent pas sur cette nouvelle sur les réseaux sociaux. La jeune femme, qui a reçu le ciel sur la tête, supplie les ravisseurs, esquisse le portrait de son homme, serviable, ouvert, disponible, créateur d’emplois ici où le chômage a des rides, où l’exode vers d’autres cieux reste l’option de tant de jeunes.

Ce portrait rapide est fait pour enlever le prétexte du kidnapping évoqué par un chef de gang connu, Ti Lapli, membre d’une fédération de gang « G-9 an fanmi ak alye ». « On ne va pas lui faire de mal. Tout ce que nous voulons, c’est de l’argent. Depuis juillet nous vivons dans la précarité. Lui, il veut se porter candidat à la députation. Il peut nous donner de l’argent », a déclaré le chef de gang à une émission de M. John Colem Morvan, sur Facebook.

Ce chef de gang et d’autres membres de G-9, sevrés, dit-on, de financement du pouvoir, écument les rues, kidnappent, séquestrent leurs victimes à Grand-Ravine et dans d’autres quartiers du littoral.

C’est dans ce secteur, à Martissant, a appris le journal, que l’ex-footballeur international haïtien, Johnny Descollines, un jeune médecin et son ami ont été séquestrés, après avoir été kidnappés à Delmas 33, le 21 octobre, vers 3 heures du matin par des hommes lourdement armés, en uniforme de police, circulant à bord d’une Nissan. Les victimes, qui n’ont pas été maltraitées, ont été libérées en pleine rue part à Martissant, vendredi, vers 1 heure du matin, a appris le journal de sources dignes de foi.C’est dans ce secteur, fief de G-9, qu’un jeune médecin, enlevé à Diquini, a été séquestré  il y a deux semaines.  

L’utilisation d’uniforme d’unités de la PNH n’est pas une nouveauté. Si le kidnapping de Caëlle Jean-Baptiste a permis au public de confirmer ce mode opératoire, elle n’est pas la seule à avoir expérimenté le désarroi d’être braquée et enlevée par des ravisseurs en uniforme de police. Le 9 octobre 2020, vers 2 heures de l’après-midi, Marthe Romulus, 37 ans, au moment de faire la navette entre l’ancien et le nouveau local de l’entreprise d’import/export pour laquelle elle travaille, confie avoir a été interceptée ainsi que le chauffeur de son patron par six hommes lourdement armés portant l’uniforme de l’USGPN, à la rue des Miracles.

« Nous pensions que c’étaient des policiers qui effectuaient une fouille », a expliqué Marthe Romulus.  Sans animosité apparente, elle souligne cependant que c’est « une situation stressante ». Pour le kidnappé, sa famille et tout son entourage. Séquestrée, bien traitée, elle a par la suite été libérée. « Ce qui me dérange, ce sont des jeunes qui posent ces actes. S’ils étaient encadrés, peut-être qu’ils auraient choisi une autre voie », se convainc Marthe Romulus.

C’est sur son compte Facebook que Dumond Polyana a appelé les ravisseurs à libérer son oncle, Deslouis Domond. « Mon oncle est un entrepreneur qui crée des emplois. Nous demandons aux ravisseurs de le relâcher. Li genyen biznis li nan rue des Miracles. Donc BBQ ou nèg Bèlè yo lague l pou nou souple », a écrit Dumond Polyana.

Il y a d’autres cas. Tant d’autres cas. Des noms, des amis, des connaissances. Leurs noms tombent sur les timelines, les broadcast WhatsApp. C’est devenu normal dans la zone métropolitaine. Tout le monde sait que les gangs se servent, kidnappent, perçoivent des rançons, vampirisent. 

« Après avoir diminué régulièrement depuis mars pour atteindre une moyenne mensuelle de 3,5, le nombre d’enlèvements est passé à 19 en juillet, les gangs étant retournés à des activités plus lucratives après des semaines d’intenses négociations et d’affrontements. Au total, 32 personnes (dont 9 femmes et 3 enfants) ont été enlevées, contre 25 au cours des trois mois précédents (dont 7 femmes et 7 enfants), ce qui représente une augmentation de 28 % », a indiqué le dernier rapport des Nations unies sur Haïti.

Avant le président, hier, jeudi 22 octobre, le Premier ministre Joseph Jouthe et la cheffe de la Binuh, Helen La Lime, ont discuté de « sujets d’intérêt national portant notamment sur la sécurité, l’organisation des prochaines élections et sur le soutien des Nations unies à Haïti ».

Entre-temps, les parents et proches des personnes tuées ou kidnappées, arpentent pieds nus des allées de l’enfer, ici où l’on fait souvent semblant, ici où les priorités des chefs sont souvent décalées de celles qui pleurent, qui souffrent souvent en silence.

Roberson Alphonse

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