Guerchang Bastia nous livre “Fè l an kreyòl”, son premier disque

PUBLIÉ 2020-10-23
“Fè l an Kreyòl”, le premier disque de Guercahng Bastia, est dans les bacs. L’artiste invite le grand public à venir découvrir ce projet auquel il a consacré une décennie le 28 octobre 2020 lors de la vente-signature qui aura lieu à Cool Corner.  Don Kato, Rebèl Layonn, Wadud Québé et DJ Kemissa seront présents pour ajouter leur touche au concert qui sera donné en cette occasion.


Si "Fè l an Kreyòl" est le premier disque de Guerchang, l’artiste n’est cependant pas un néophyte dans le milieu artistique. La preuve, il a commencé sa première expérience musicale à l’âge de 13 ans. Entre 2012 et 2019, beaucoup l’ont vu user ses cordes à des fêtes, des événements publics ou encore dans l’ambiance intimiste de certains bars à Port-au-Prince. D'autres l’ont peut-être aperçu lors de ses performances à l’étranger, notamment à Cuba, En République dominicaine, à Porto Rico ou aux Etats-Unis. Certains des morceaux qui figurent sur le disque ont d’ailleurs été livrés à l’appréciation du grand public depuis belle lurette.

Grand fan Bob Marley, la musique de Guerchang Bastia, licencié en sociologie de la Faculté des sciences humaines de l’Université d’État d’Haïti, respire un parfum de militance. L’homme qui dit faire de la musique alternative livre des morceaux qui tiennent compte de la réalité de ses pairs et appellent à une prise de conscience collective en vue d’un changement réél et profond de la société dans laquelle il évolue.

C’est un artiste conscient. Un citoyen engagé qui résiste à la tentation de faire de l’art pour l’art. “Dans la situation économique et sociale qu’est la nôtre, la résistance est le choix de tout citoyen conscient. Pour répéter Stéphane Husserl, résister c’est créer, moi je dis aussi que créer c’est résister. En ce sens, ma création musicale est ma façon de résister”, confie Guerchang.

Cette conscience et ce sens de l’engagement, Guerchang, les a développés très tôt. D’ailleurs, alors qu’il n’est encore qu’un élève en classe de terminale au lycée, il est arrêté et emprisonné au motif d’avoir participé à une manifestation d’ouvriers réclamant l’augmentation du salaire minimum. Il passera 10 jours en prison. Cependant, loin de se laisser décourager par cet incident, il en ressort encore plus convaincu de la nécessité de s’engager aux côtés de ceux qui trépassent sous le poids des inégalités sociales en Haïti.

Ce premier disque qu’il offre au public s’inscrit en ligne de droite des valeurs qu’il cultive. Baptisé “Fè l an Kreyòl”, l’album n’est cependant pas une tentative de mettre en opposition le créole et le français, comme on pourrait le penser. D’ailleurs, il estime qu’eu égard à la position géographique d’Haïti, et du mélange des cultures qui nous entoure, l’on devrait pouvoir s’exprimer en créole aussi bien qu’en français, en espagnol et en anglais. Pour lui, le français en tant que langue n’est pas un problème, mais c’est ce qu’il représente dans la formation sociale en Haïti qui en est un. Ici, le français est une langue de domination. “Pou anpil moun, pale fransè vle di entèlektyèl”, explique le chanteur. “Fè l an kreyòl” est donc une invitation à se défaire des liens du passé colonial. “Yon fason pou nou mande koupe fache ak lojik kolonyal la, kase chèn kolonizasyon ki nan tèt nou”, confie Guerchang.

Imbibé dans un mélange de reggae et des sonorités de nos rythmes traditionnels, cet album comporte 13 morceaux qui se suivent et s’enchevêtrent de manière à raconter une histoire cohérente. “Anvi”, le premier titre, sur lequel on retrouve aussi Minouche Chouloute, est une chanson d’amour. Il est suivi par “Manman”, qui dépeint l’histoire d’une mère féministe, une mambo qui exige à un père de prendre ses responsabilités envers son enfant. Dans “Timoun”, Guerchang propose de bien éduquer les enfants pour qu’ils puissent réellement devenir le futur de la société. “Timoun san modèl jodi, granmoun delenkan demen”, chante l’artiste. Sur “Si m ta di w”, il a collaboré avec l’artiste sénégalais Didier Awadi. En cinquième position, on retrouve “Fè l an kreyòl”, le titre même de l'album. S’ensuivent “El Caribe”, “Rèv yon chomè”, “Pa gen kò”, “Kanntè” “Ayiti Dekole”, “M rayi mizè”, “Endiye”, et enfin “Au secours”, tournant autour des problèmes environnementaux, qui est un appel à l’action pour changer les conditions de vie en Haïti.   

Cet album, c’est aussi le fruit de plusieurs années de travail. Dix ans, pour être plus précis. Guerchang avance plusieurs raisons pour expliquer cette longue durée. Pour lui, produire une musique qui dénonce et qui invite à la réflexion en Haïti n’est pas des plus faciles. Les sponsors ne suivent pas forcément. Il lui fallait aussi permettre à ce projet d’arriver à maturation, trouver les collaborations adéquates. Par ailleurs, l’artiste a dû mettre en veilleuse sa carrière musicale pendant un temps pour effectuer ses études universitaires, ses parents ne partageant pas sa passion et sa vision pour la musique.

Mais “pito w mize nan wout ou pote bòn nouvèl”, dit le proverbe haïtien. L’artiste a accouché “Fè l an kreyòl”, un opus qu’il vous invite à savourer, car déjà disponible sur toutes les grandes plateformes d'écoute dont iTunes, Spotify, D’Music et Diskòb Mizik. En attendant, le grand rendez-vous est fixé au mercredi 28 octobre 2020, à compter de 6 heures du soir, à Cool Corner. L’artiste espère vous voir nombreux à cet événement qui mettra aussi sur une même scène Don Kato, Rebel Layonn et DJ Kemissa, sans oublier le slameur Wadud Québé. “N ap tant tout moun”, lance Guerchang, qui après ce premier contact avec le public, ambitionne de faire une tournée nationale puis internationale avec “Fè l an kreyòl”.



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