Gourde forte, déclin redouté de la sous-traitance textile, les Américains appellent à une solution rapide

Publié le 2020-10-15 | Le Nouvelliste

Les opérateurs du secteur de la sous-traitance textile ne sont pas les seuls préoccupés par le spectre de la fermeture d’usines et de licenciement massif après l’appréciation de 50 % en moins de deux mois de la gourde par rapport au dollar.  « Bien sûr que je suis préoccupé. Je pense qu’il y a un problème au niveau du taux de change. Mais je sais que le gouvernement est très au courant », a confié au journal Le Nouvelliste Adam Boehler, haut fonctionnaire américain, chef du Developpement finance corporation des Etats-Unis, au terme d’une mission en Haïti, mercredi 14 octobre.

« Je sais que notre ambassade fait un plaidoyer aux noms des manufacturiers. Nous espérons que cette situation sera résolue très rapidement », a-t-il répondu. Pressé de dire ce qu’il attend concrètement du gouvernement, Adam Boehler a dit espérer une résolution de la situation. « J’espère qu’elle sera résolue. Je ne suis pas le gouvernement. C’est une question souveraine sur laquelle il devra prendre une décision. Je peux vous dire que nous participons à ces discussions et faisons un plaidoyer », a-t-il répété.

Entre-temps, deux semaines après la réunion d’opérateurs du secteur avec le président Jovenel Moïse, le ministre des Finances, Patrick Boisvert, l’ADIH dit attendre du concret. La dernière réunion remonte à deux semaines. Depuis, il n’y a encore rien de concret, a fait savoir au journal Clifford Apaid, l’un des vice-présidents de l’ADIH.

« Les préoccupations de M. Boehler sont fondées », a-t-il ajouté, soulignant que si l’on voudrait pouvoir importer moins cher, l’appréciation de 50 % en deux mois de la gourde face au dollar aura des conséquences sur la production locale. « La production locale va souffrir. Les exportations, l’agriculture, avec un riz importé moins cher, va souffrir », a poursuivi Clifford Apaid. La République dominicaine va être la première bénéficiaire, a-t-il prévenu.

Interrogé sur les préoccupations de l’officiel américain et les mesures envisagées pour le secteur de la sous-traitance textile, le ministre de l’Économie et des Finances, Michel Patrick Boisvert, a seulement confié au journal « qu’une équipe est constituée et travaille sur les données déjà recueillies ». « Une proposition, après validation, sera soumise sous peu », a révélé le ministre Boisvert.

Une source proche du secteur privé contactée par le journal a indiqué que les Américains ne sont pas les seuls à  être préoccupés par l’appréciation brusque de 50 % de la gourde par rapport au dollar en l’espace de deux mois. « Tous les étrangers sont du même avis. Le chargé d’affaires de l’ambassade américaine a affirmé avoir fait part de leurs préoccupations au plus haut niveau de l’Etat. Le Fonds monétaire, la BID et autres sont tous alertés et très préoccupés. Un marché parallèle des changes est en train de s’installer et va compliquer singulièrement le problème », a soutenu cette source, soulignant que « nos dirigeants publics semblent  imperméables pour le moment ». 

« Des négociations sont officiellement entamées avec les exportateurs. Mais jusque-là, ça ne semble pas avancer très vite. Même s'il y aurait un quelconque mécanisme de support aux exportateurs, ce ne serait qu’un palliatif temporaire et ceci laisserait le problème entier au niveau du reste de l’économie, incluant l’Etat lui-même », a fait remarquer cette source.

À part les États-Unis, via Adam Boehler, aucune autre institution internationale, comme le FMI, n’a exprimé de position publique connue sur le change. En ce qui concerne le FMI, le ministre des Finances, M. Boisvert, avait annoncé, la semaine de la publication du « décret de budget 2020-2021 », que les négociations sont en cours. Ce qui ouvre la voie, si elles aboutissent, à un budget rectificatif.

Le haut fonctionnaire américain, Adam Boehler, dirige une délégation composée de représentants de six agences américaines en mission dans la région pour discuter des opportunités d’investissements et de coopération en matière de sécurité dans la région. La mission de  M. Adam Boehler pour encourager des investissements a coïncidé avec la publication de deux notes de presse glaçantes. L’une du Groupe Canez - 5,2 milliards de gourdes de taxes, impôts et redevances versés à l’État entre 2014 et 2019-, protestant  énergiquement  contre l’arrestation « illégale » et « arbitraire » de Ralph Xavier Auguste sous le « fallacieux prétexte » de pratique de spéculation, de marché noir et a dénoncé avec virulence « les déclarations graves, injurieuses, mensongères et diffamatoires » du ministre du Commerce et de l’Industrie insinuant que les dirigeants de Canez Construction sont de mèches avec les bandits.  Le Groupe Canez est « victime de toutes les iniquités et fait actuellement l’objet d’abus, de persécutions de toutes sortes », selon cette note.

La seconde note de presse est celle de quatre associations patronales condamnant l’arbitraire et le caractère attentatoire à la liberté d’entreprise de ces évènements, vingt-quatre heures après la descente du ministre du Commerce et de l'Industrie, Jonas Coffy, dans plusieurs entreprises, suivie de l’arrestation, de la libération d’un responsable de Canez Construction et des allégations du ministre sur les liens entre des responsables du Groupe Canez et des bandits. Ces associations patronales de la Chambre américaine de commerce (AMCHAM), l’Association des industries d’Haïti (ADIH) , la Chambre de commerce et d’industrie de l’Ouest (CCIO/CCIH et la Chambre franco-haïtienne de commerce et d’industrie ont appelé « à un dialogue constructif afin d’établir, hors menaces, insultes et diffamation et en toute transparence, des règles et procédures claires et publiques à appliquer en matière de contrôle d’affichage des prix et de freiner la montée des tensions néfastes à la bonne marche des entreprises ».

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