Constitution et élections en Haïti

20

Publié le 2020-10-16 | Le Nouvelliste

L’absence d’un organisme ou Conseil électoral permanent qui ne permet aucune planification s’ajoute à la durée des mandats électifs qui grève le pays depuis plus de trois décennies. Toute une sociologie empirique a montré combien ces questions étaient matricielles, fondamentales, mais il m’apparaît qu’une histoire contextualisée du Parlement, des sources de financement des partis politiques et de l’impact des ingérences étrangères dans les processus électoraux reste encore largement à écrire dans le cadre de l’après-Duvalier. Ces pierres d’achoppement sont conditionnées à la mise en œuvre de réformes constitutionnelles toujours attendues. Les controverses et les ambiguïtés concernent également le fonctionnement et les attributions de l’organisme électoral (permanent) et des partis et groupements politiques. À travers la question de l’absence du Conseil électoral permanent depuis 1987, ce sont les limites du (de la) politique, la faillite collective, la mauvaise foi des uns (dirigeants) et l’impuissance des autres (opposants) qui devront être indexées. Mais la responsabilité est générale : les opposants d’aujourd’hui étaient les dirigeants d’hier. Personne, mais alors personne, n’avait imaginé un tel gâchis.

Dans cette configuration de défaut de démocratie, les derniers amendements constitutionnels opérés sous la présidence de René Préval, c’est l’histoire d’un rendez-vous manqué, d’un flop. Ou plutôt la chronique d’une série de falsifications, si l’on en croit l’ancien sénateur Steven Benoit et Robert Magloire, Conseiller spécial du président Préval. L’essentiel d’entre elles forge le nouveau cadre de formation du conseil électoral permanent (art. 192). Ce qui fait question ici, c’est donc un traitement institutionnel – pour ne pas dire étatique – de la fameuse question du Conseil électoral permanent par les trois pouvoirs, particulièrement dénoncé – et à raison – par plusieurs secteurs et personnalités actifs de la vie publique. Coupée en plein élan, pleine de rebondissements, décriée en grande partie, la réforme constitutionnelle devient le dommage collatéral de ces prétendues falsifications. L’attitude vacillante du président Michel Joseph Martelly, pris dans un tintamarre ahurissant, va définitivement l’enterrer. La manière dont la Constitution est mise en œuvre ou a été révisée a affecté la crédibilité de la classe politique et l’image du pays dans son ensemble.

Ces perspectives de réforme sont nécessaires par leur capacité sinon à résoudre, du moins à atténuer les problèmes de durée des mandats électifs (uniformisation de la durée des mandats et date identique des élections) et d’échéancier électoral. Toutefois ne nous cachons pas que le parcours est semé d’embûchescompte tenu du pullulement cadavérique des particules, fléau qui ne fait qu’assombrir le paysage politique et la météo électorale. Mais à tous les niveaux, il faut, dans le sillage d’une véritable révision constitutionnelle, inclusive, transparente et rigoureuse, il faut pouvoir réunir et consulter tout le monde autour d’une Conférence nationale et trouver une sorte de compromis. Ce que le gouvernement de René Préval n’a pas réussi à faire. À ce stade, personne ne sait dire ce qui va se passer dans les prochains mois ou années. Peut-être nous faudra-t-il une autre génération, deux générations nouvelles pour voir luire chez nous les lumières de la croissance économique favorisée par une démocratie apaisée, consensuelle, inclusive. Quand les hommes politiques et les hommes d’affaires impliqués dans la criminalisation des rapports de pouvoir se prennent autant les pieds dans leurs bêtises et leurs appétits effrénés, on se dit qu’il est difficile de croire en un avenir meilleur. Pour moi, le recours à un dialogue national ouvert, au ras des controverses et par cas, est le premier enseignement des déconvenues prévaliennes et tèt Kale à prendre en considération. Objet de la bataille politique actuelle, objet en soi de l’approche interactionniste défendue tant par les forces internationales (BINUH) que par une grande majorité de nos compatriotes, la réforme constitutionnelle comme objectif national primordial demeure toutefois un défi immense, jusqu’à présent improbable.

Ses derniers articles

Réagir à cet article

Nous avons remarqué que vous utilisez un bloqueur de publicité.

Notre contenu vous est présenté gratuitement à cause de nos annonceurs. Pour continuer à profiter de notre contenu, désactivez votre bloqueur de publicité.

C'est éteint maintenant Comment désactiver mon bloqueur de publicité?

How to disable your ad blocker for our site:

Adblock / Adblock Plus
  • Click on the AdBlock / AdBlock Plus icon on the top right of your browser.
  • Click “Don’t run on pages on this domain.” OR “Enabled on this site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
Firefox Tracking Prevention
  • If you are Private Browsing in Firefox, "Tracking Protection" may casue the adblock notice to show. It can be temporarily disabled by clicking the "shield" icon in the address bar.
  • Close this help box and click "It's off now".
Ghostery
  • Click the Ghostery icon on your browser.
  • In Ghostery versions < 6.0 click “Whitelist site.” in version 6.0 click “Trust site.”
  • Close this help box and click "It's off now".
uBlock / uBlock Origin
  • Click the uBlock / uBlock Origin icon on your browser.
  • Click the “power” button in the menu that appears to whitelist the current website
  • Close this help box and click "It's off now".