Haïti, une dépendance alimentaire qui fait peur

La fermeture de la frontière haïtiano-dominicaine met encore plus à nu la dépendance du pays par rapport à la partie est concernant certains produits de consommation de base. Dans les zones frontalières, des produits  pourtant faciles à cultiver deviennent de plus en plus rares. Dans ces zones, on a du mal à s’approvisionner. Avoir les moyens adéquats ne veut pas dire qu’on peut manger à sa guise. Les produits les plus élémentaires font défaut.

Publié le 2020-08-18 | Le Nouvelliste

Le marché binational ne se tient plus depuis plusieurs mois. Et les conséquences sont manifestes et néfastes pour les Haïtiens, surtout les petites bourses. Quoique certains produits dominicains continuent d'être importés par contrebande, plusieurs produits agricoles ainsi que des matières premières sont très rares. À Ouanaminthe, les produits carnés ne sont plus en abondance. Le prix d’un poulet de chair a presque triplé. Plusieurs petits producteurs sont obligés de fermer boutique car ils n’ont plus accès à certaines matières premières.

Le 31 juillet dernier, ils étaient nombreux, en provenance des communes de Fort-Liberté, de Ferrier, de Capotille, de Mont-Organisé et de bien d’autres communes du Nord-Est, à se masser du côté de la rivière Massacre pour s’acheter quelques produits. Certains ont dû rebrousser chemin avec leurs sacs vides. Les centaines de marchandes présentes, sous les regards d'agents de l’unité de Police frontalière (Polifront), n’ont pas pu répondre à toutes les demandes.

Les tréteaux étaient quasiment vides. Le marché, qu’il se tienne dans la partie est ou ouest de la frontière, ça ne change rien. Ce sont ordinairement les denrées dominicaines qui garnissent les tréteaux. La frontière étant fermée, la situation a évolué. Ce n’est pas que les produits haïtiens remplacent ceux de la République voisine, mais une rareté jamais vue s’installe.

Certains détaillants dominicains, à l’insu des autorités dominicaines, et au risque de perdre leurs marchandises, exposent certains produits au niveau de certains points non contrôlés. Quoique plus chers, en un laps de temps, tout se vend. Les détaillants haïtiens passent des nuits entières à attendre. Arriver dans les marchés publics avec ses denrées n’est pas du tout une partie de plaisir.

« J’ai été obligée de négocier avec un agent de la Polifront pour ne pas perdre mes marchandises », a déclaré une jeune détaillante. Dans un contrôle de routine, explique-t-elle, l’agent en question l’a surprise avec sa moto remplie de boîtes en carton. Si elle ne l’avait pas soudoyé, et la marchandise et la moto auraient été confisquées. Cela est la résultante de la mort de l’industrie de la production locale et du déclin du secteur agricole, s'est plainte la dame. En un mot, la dépendance alimentaire du pays par rapport à la République dominicaine et des États-Unis d’Amérique.

L’agro-alimentaire, l’ameublement, l’habillement, Haïti importe même les épices qui sont en abondance dans certains recoins du pays. L’économiste Etzer Emile ne rate jamais une occasion pour dire que les autorités du pays aiment l’importation et c’est, soutient-il, ce qui tue, entre autres, l’industrie de la production. « Les importations du pays représentent plus de cinq fois les exportations », déplore l’économiste.

Depuis plus de dix ans, plusieurs forums se tiennent sur le niveau de compétitivité du pays. Un groupe de travail sur la compétitivité a même été créé en 2009. Les recommandations de ce groupe étaient d’arriver à une agriculture qui récupère le marché intérieur, visant l’autosuffisance alimentaire et qui part à la conquête du marché externe ; une agriculture moderne, productive, prospère, socialement juste, durable tant du point de vue économique que du point de vue environnemental, mettant sur les différents marchés qu'elle dessert des produits de qualité convenablement distribués. Des recommandations qui moisissent dans les tiroirs. Les administrations qui se sont succédé ont fait fi de ce document qui, selon toute vraisemblance, est de nature à diminuer la dépendance alimentaire du pays.   

Jose Flecher
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