Le président Moïse concentre de plus en plus de pouvoir entre ses mains

Publié le 2020-07-24 | lenouvelliste.com

Après avoir accompli leurs devoirs, mis en garde sur la manière de réaliser les élections et préparé le texte légal devant régir les prochaines compétitions électorales, les huit membres encore en poste au Conseil électoral provisoire ont remis en bloc leur démission le vendredi 24 juillet 2020. 

Bien avant eux, le représentant du secteur des droits humains avait plié bagage. 

Le CEP de Léopold Berlanger passe dans l’histoire comme la composition du CEP au règne le plus long. Ses membres ont réalisé des élections à tous les niveaux et les résultats ont été acceptés. Quand on connait le sort de nos conseillers électoraux depuis 1987, c’est un exploit de rester quatre ans en poste sans scandale ni contestation.

Deux couacs à leur palmarès ne relèvent pas de leur seule responsabilité. L’exécutif n’a jamais publié les résultats des élections indirectes pour les assemblées municipales et la durée des mandats des élus n’est clairement spécifiée nulle part. 

Personne ne peut dire que tel maire, tel député, tel sénateur ou le président de la République lui-même a été élu à telle date et doit partir à telle autre. Il y a les conventions. On les respecte pour les maires et les députés, pour les sénateurs et le président, il y a un flou que chacun veut utiliser à son avantage. 

La prochaine loi électorale devra être plus claire, plus précise.

Avec la dissolution du CEP par ses membres mêmes, le président Jovenel Moïse conforte sa position, selon certains. Il a les mains libres pour faire à sa guise, lui qui ne parle pas d’autres élections à tenir que de celle pour le remplacer qu’il souhaite organiser le plus tard possible.

Pour d’autres observateurs de la chose haïtienne, en ayant une carte supplémentaire en main, le chef de l’État connait au contraire un embarras supplémentaire. Trop de pouvoir tue le pouvoir. Tous les pouvoirs concentrés en une seule main n'est pas un signe de bonne santé démocratique dans un pays.

La composition du Conseil électoral provisoire pose des problèmes depuis la première mouture en été 1987. Comme aujourd’hui, le pays était dirigé par un président, Henry Namphy, il le confessera avant sa mort, qui n’était pas d’accord avec la Constitution qu’il devait respecter.

En 2020, nous sommes dans un cas similaire, le président sous le règne duquel les prochaines élections doivent se tenir veut changer de Constitution. Pour donner plus de pouvoir au président d’Haïti.

Jovenel Moïse se retrouve maître du jeu, arbitre et joueur. Comment va-t-il s’en sortir ?



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