Sandra Florvella, la femme derrière Haitian Businesses    

PUBLIÉ 2020-08-14
Réservée, un peu timide sur les bords, Sandra est cette femme qui travaille dans l’ombre. Une fourmi qui a su marquer les gens avec lesquels elle a collaboré et qui, en un rien de temps, a su bâtir « Haitian Businesses ». Plus qu’une page sur les réseaux sociaux, HB est une plateforme de promotion pour mettre en valeur les entreprises haïtiennes. Portrait d’une femme qui aime beaucoup plus agir que parler.


Moun Okap natif natal ! 

Sandra laisse Haïti à l’âge de 15 ans pour rejoindre sa famille en Floride. Cependant, en dépit de l’éloignement, son amour pour sa ville natale demeure intact. « Fanm Okap Natif Natal wi m ye », revendique-t-elle, tandis qu’elle s’étonne de découvrir ma souche capoise. « Je suis née à Carénage et j’ai fait mes études chez les sœurs de St-Joseph de Cluny jusqu’à ce que mes parents décident de me faire venir avec eux en Floride. Quitter Haïti a été très douloureux pour moi. J’en ai même été malade », confie cette femme très sensible qui essaie tant bien que mal de cacher ses émotions. Sandra rentre de temps à autre au pays en raison de ses activités professionnelles et en profite pour faire un saut au Cap-Haïtien dès que possible. Elle a d’ailleurs organisé du 9 au 15 septembre 2019 « Cap-Haïtien Business Week », en vue de permettre aux jeunes Capois de bénéfcier d'ateliers de formation pouvant leur donner accès à toutes sortes d’opportunités. Un concours de pitch et une distribution de matériels scolaires avaient été aussi organisés au cours de cette même période. 

 « Je ne peux expliquer l’amour que j’ai pour ce pays, mais je m’efforce de le prouver à travers mes actions ou dans le cadre de mon travail. Par exemple, en mettant sur pied Haitian Businesses, je me suis dit, si chaque entreprise haïtienne peut bénéficier d’une plus grande visibilité grâce à ma plateforme, il y aura au moins un Haïtien à en tirer les bénéfices. Lè plis Ayisyen ap jwenn plis opòtinite, Ayiti ap viv pi byen », explique Sandra qui promet encore plus d’initiatives au Cap-Haïtien, cette ville qui fête son 350e anniversaire cette année. 

L’aventure Haitian Businesses 

2020 marque les six ans de Haitian Businesses, cette plateforme en ligne créée par Sandra Florvella dans le but « d’offrir plus de visibilité aux entreprises haïtiennes où qu’elles soient ». « J’ai des clients un peu partout à travers le monde : Haïti, France, Suisse, Chine, Canada, etc. », avance-t-elle fièrement. Gestion de l’image, organisation d’évènements, conseils en affaires, madame s’occupe de tout. Ce qui au départ n’était qu’un passe-temps est devenu un emploi à temps plein qui occupe amplement les journées de cette diplômée en administration d'affaires de l’Université de Boca Raton. 

Pour elle, Haitian Businesses est né d’un besoin. « Je travaillais pour une agence du gouvernement américain en Floride. Au départ, chaque deux semaines, nous avions des réunions avec des entreprises que nous devions contacter. Mais à chaque rencontre, il y avait rarement des entreprises haïtiennes. Cela m’a dérangée de voir que mes compatriotes passaient à côté de plusieurs opportunités alors que nous sommes très nombreux dans la communauté. Alors j’ai donc décidé de partir à la recherche des entrepreneurs haïtiens qui évoluaient dans la zone », explique-t-elle. 

 « Me lancer dans l’entreprenariat ne s’est pas fait du jour au lendemain. La transition n’a pas été facile, mais je pense avoir senti que c’était la chose à faire après quinze ans de carrière. Être femme d’affaires vient avec beaucoup d’exigences, beaucoup de travail. Et l’une des plus grandes difficultés demeure malheureusement le manque de confiance qui règne dans notre propre communauté. L’on veut souvent savoir qui est la personne, d’où elle vient, « kiyès li ye ? kiyès ki fanmi l ? » avant de lui accorder son support lors même que l’on sait pertinemment que la personne ou son entreprise produit un travail impeccable », raconte celle qui ne s’est pourtant pas laissée décourager. 

D’ailleurs il est difficile de lui faire changer d’avis quand elle se fixe des objectifs. Optimiste, perfectionniste, Sandra se donne à cœur joie dans tout ce qu’elle entreprend. « Si vous avez envie de vous lancer dans une initiative, n’attendez pas une seconde pour commencer. Si vous faites les efforts nécessaires et restez consistant, votre travail portera sûrement des fruits », insiste celle qui croit beaucoup dans le pouvoir de la collaboration et du réseautage comme outils pour développer ses potentiels et réussir en affaires. 

Un modèle pour sa fille Sanaa, fondatrice de Haitea

Personne ressource pour beaucoup, Sandra est de ceux qui ne rechignent pas à supporter, à donner un conseil et à encourager les autres. Mais son œuvre la plus éclatante, mis à part, Haitian Businesses, demeure Haitea, une compagnie de thé lancée il y a peu par sa fille, Sanaa Pierre, alors que cette dernière n’avait que 8 ans ! « J’ai fini par comprendre que l’entreprenariat est une voie importante pour ceux et celles qui sont en quête de liberté financière. Très tôt, j’ai senti que ma fille avait un intérêt pour les affaires. Et au lieu de l’en dissuader, j’ai choisi de l’aider à réaliser son rêve, à développer son idée. Haitea est désormais une compagnie de thés qui viennent directement d’Haïti. Pour le moment nous disposons de sept variétés : gingembre, citronnelle, menthe, moringa, basilic, corosol. Nous venons d'ajouter la saveur hibiscus », explique fièrement Sandra, visiblement passionnée par son travail. Elle est encore plus heureuse de pouvoir procurer du travail à des femmes et mettre en valeur Haïti et ses richesses à travers ses initiatives. 



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