Exposition de tableaux et d’œuvres d’art en France en hommage aux artistes de la grand-rue en Haïti

En février dernier, les artistes de la grand-rue en Haïti ont dû faire face à un incendie entraînant la destruction d’œuvres mais aussi d’ateliers artisanaux. Pour rendre hommage et soutenir ces artistes issus en immense majorité de milieu modeste, l’exposition « M AP DANSE ANBA LAPLI » à Montreuil, en France, rassemble 26 artistes en lien avec Haïti. Du 17 juin au 17 juillet 2020, l'exposition-vente de sculptures, peintures, photographies, installations et vidéos d’artistes contemporains sera dévoilée, au fur et à mesure, en présence d’un public d’invités.

Publié le 2020-07-10 | lenouvelliste.com

Pour lutter sans relâche contre les formes de pensées dominantes et le totalitarisme, l’art contemporain interroge, analyse et donne à voir ou à comprendre le spectre symbolique des images. « Dans un monde consensuel où la marginalité, l’engagement et le subversif ont de plus en plus de mal à s’imposer », l’exposition « M AP DANSE ANBA LAPLI » réunie des œuvres engagées, réalisées sans retenue ni contrainte, au plus proche de l’émotion. « Force de la vie et de la mort, dénuement, sexualité, monstruosité, identité et spiritualité » sont autant de liens qui tendent ses œuvres entre elles, qu’elles aient été réalisées en Haïti ou en Europe, mettant à nu l’universalité haïtienne.

Outre les créations d’artistes en lien avec Haïti, l’exposition rassemble également de jeunes artistes émergents (Hérold Pierre-Louis, Lesly Pierre-Paul...), et des artistes confirmés (Eugène André, Céleur Jean Hérard, Maksaens Denis...) vivant en Haïti ou des artistes haïtiens vivant en Belgique et en France (Élodie Barthélémy, Henry Roy). Lors des Biennales de Venise, Miami, Sydney, Port-au-Prince, pour des musées et galeries : Grand Palais, La Villette, Agnès B ainsi qu’à l’international, certains de ces artistes ont déjà exposé leurs œuvres. Aussi faut-il noter que grâce au travail de l'artiste photographe anglaise, Leah Gordon, qui est cocuratrice de la Ghetto Biennale en Haïti, les oeuvres de nombreux artistes de la grand-rue ont pu être (re) connues à l'étranger.

Un accent particulier sur les artistes de grand-rue

À l’initiative de la plasticienne Catherine Ursin, cette exposition/vente d’art contemporain fait suite à « M AP DANSE ANBA LAPLI » à la Galerie La Rage, à Lyon, en janvier dernier. Dans ce travail, la prise en compte de l’image demeure fondamentale dans la compréhension de ce qui est appelé en quelque sorte les arts « primitifs ». L’accent est, certes, mis sur les artistes de la grand-rue suite à l’incendie qui a ravagé les ateliers de ce quartier de Port-au-Prince en début d’année, mais aussi l’exposition fait appel à l’utilisation des conventions graphiques. Que ce soit au niveau de la contemporanéité de l’œuvre ou de l’aspect classique d’une photographie quelconque dont l’interprétation peut être dans « une transposition du réel, du réel intrinsèque avec ses propriétés et ses circuits », pour reprendre Laurent Gervereau dans son ouvrage « Voir, comprendre, analyser les images ».

À ce stade, faudrait-il également admettre que « l’image existe en fonction d’un récepteur et ne peut pas se cantonner à la reproduction », ou d’une explication furtive. « Car le seul équivalent de l’image demeure l’image elle-même », et celle-ci peut être sujet à différentes interprétations.  Par exemple, avec le collage photographique de Clarisse Délile qui laisse le contemplateur découvrir un paysage de contraste, l’horizon en blanc en arrière-plan crée une perspective tendant sur le gris et semble renforcer le décor en noir un peu plus bas de la présentation.  

Comme l’affirme l’artiste-chercheur haïtien Jephté Carmil, l’exposition « M AP DANSE ANBA LAPLI » offre un déploiement du non vivant et de l’ineffable parmi nous. « Au cœur de cet ensemble, chaque œuvre crée son propre récit, interpellant les temporalités consensuelles contemporaines et sondant le chaos de notre monde. Cette expérience visuelle rassemble une série d’œuvres qui explorent les limites de la subversion des formes. Les pièces présentées proviennent d’une multitude de pratiques et de médias : allant de la peinture à la sculpture, à l’installation, à la photographie et à la performance. »

Dirigé par l’architecte Maccha Kasparian, le Studio Boissière à Montreuil reste ouvert dans le respect des normes sanitaires en vigueur du mercredi au samedi de 13h00 à 21h00 ou sur rendez-vous. Si l'exposition prend fin ce 17 juillet,  une prolongation et un finissage sont prévus en début de septembre 2020.



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