RD-UEH, deux élections exemplaires

Publié le 2020-07-06 | lenouvelliste.com

Le dimanche 5 juillet 2020 deux élections se sont tenues sur l’île Hispaniola ou sur l’île d’Haïti, comme vous décidez d’appeler ce bout de terre dans la mer des Antilles. 

Les premières, dont les résultats ont été proclamés les premiers, concernaient l’Université d’État d’Haïti (UEH) qui renouvelait son conseil exécutif. Les autres élections étaient générales et se déroulaient en République dominicaine.

Du côté haïtien, il n’y a pas eu de surprise. Le recteur Fritz Deshommes a été reconduit à son poste. C’est son deuxième mandat. Il sera assisté de Jacques Blaise et de Jean Poincy. Le premier garde son poste de vice-recteur à la recherche, le professeur Poincy est un revenant. Il avait déjà été élu au poste de vice-recteur aux affaires académiques avant d’aller briguer la présidence de la République. Le grand perdant du jour est le professeur Hérold Toussaint, qui n’a pas été réélu.

En République dominicaine, le changement a été plus drastique. Luis Abinader a coiffé tous ses concurrents au poteau. Il gagne dès le premier tour la présidence dominicaine contre deux anciens présidents, l’actuel, Danilo Medina, qui ne se représentait pas mais poussait un poulain, et Leonel Fernandez. 

Le parti d’Abinader a raflé aussi la majorité des sièges dans les deux chambres du Parlement dominicain et les postes de maires dans la plus grande partie des villes de son pays. Sa victoire est massive, claire et nette.

Si le scrutin à l’UEH a pu se dérouler rapidement et les résultats connus sur l’heure, il faut dire qu’il n’y avait pas beaucoup d’électeurs. Exactement trente-deux. Pour la République dominicaine, c’était une autre affaire. Plus de sept millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour plusieurs scrutins. Rodé à l’affaire, ayant appris de ses mésaventures du début de l’année, l’organisme électoral dominicain a pu sortir les résultats préliminaires dans les heures qui ont suivi la fermeture des bureaux de vote.

En un jour, les Dominicains ont pu voter, faire le décompte et publier des résultats si significatifs qu’avant minuit les premières félicitations étaient adressées au gagnant par ses compétiteurs.

Les élections en République dominicaine marquent une habitude de scrutins accomplis qui s’installe sur une partie de l’île. L’alternance radicale qui se prépare, car la victoire d’Abinader signe la fin du règne du PLD après 16 ans continus au pouvoir, est encore plus significative de la bonne santé de la démocratie chez nos voisins.

C’est d’autant plus important de souligner que les réalisations de l’équipe du PLD, de Fernandez à Medina, sont remarquables si on les mesure à l’aune haïtienne. Le pays a avancé, mais cela n’a pas empêché les électeurs dominicains de sanctionner ceux qui se sont trop enrichis, ceux qui étaient corrompus et ceux qui n’ont pas assez fait pour les plus pauvres et la classe moyenne de la République dominicaine.

Les Dominicains veulent plus de mieux-être et une meilleure répartition des richesses. Ils exigent une gestion plus honnête des ressources et de plus grandes ambitions pour leur pays. Luis Abinader n’a pas reçu un chèque en blanc dimanche, il a l’exigence de faire mieux. De ce point de vue, son élection est exemplaire.

Dans le cas de l’Université d’État d’Haïti, ce n’est pas la magnificence du bilan de l’équipe reconduite qui lui a fait gagner les élections. Le conseil sortant a surtout su pacifier l’UEH. Gérer l’équilibre. Laisser faire les doyens sans heurter les étudiants. Ne jamais contrarier ni interpeller les autorités étatiques. C’est tout. Et c’est suffisant.

La tenue de ces élections sans heurt est cependant un exploit. La dernière fois, l’Université d’État d’Haïti avait vécu tout un cirque, des rounds de mauvais goût et un passage mouvementé de témoins.

Le nouveau conseil va-t-il se lancer des défis ? Essayer de faire mieux que survivre ? Se battre pour avoir des moyens ? Chercher à faire mieux ?

L’université doit être le lieu des ambitions de la nation. Et l’UEH devrait être, pourrait être le phare, le pilote, la vigie, le moteur du secteur universitaire en Haïti. Que deviendra-t-elle pendant ce nouveau mandat ?

Deux élections se sont tenues le dimanche 5 juillet 2020, d’un côté de l’île comme de l'autre. Elles n’ont rien à voir les unes avec les autres. Mais il serait bien que les unes inspirent les autres. Pour le meilleur de toute l’île.

Luis Abinader a des projets pour l’île, que l’UEH en ait pour Haïti.



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