Un budget cache l’autre, les problèmes demeurent

Publié le 2020-06-10 | lenouvelliste.com

Le gouvernement a adopté en Conseil des ministres, le 5 juin, un document d’orientation des dépenses publiques. Le budget de l’Etat pour l’exercice 2019-2020.

En temps normal, ce budget aurait dû être déposé devant le Parlement le 30 juin... 2019. Ce ne fut pas le cas.

Ce cadre budgétaire arrive tard. Mais il a le grand mérite d’exister. On peut l’examiner et comprendre les priorités du gouvernement. Ou les deviner. Les analyser ou les dénoncer. Sans budget cela n'était pas possible. Le budget est un pas dans la bonne direction. 

Il faut rappeler que la dernière fois que le gouvernement haïtien, par l’entremise du premier ministre Jean-Henry Céant et du ministre de l’Economie et des Finances Ronald Décembre, en janvier 2019, a déposé un budget devant les parlementaires, le document avait été retourné avec une lettre peu avenante du président de la Chambre des députés Gary Bodeau. Le gouvernement n’avait pas respecté les prescrits de la loi en la matière et était, déjà, en retard de plus de six mois sur le lancement du processus de fabrication du budget de l’époque.

Pour ne pas se faire rabrouer une deuxième fois, aucune loi de finance n’a plus été transmise au Parlement jusqu’à la disparition de la 50e législature dans les pages perdues de l’histoire.

Après des mois de promesses non tenues et de retards réels, c’est donc le 5 juin 2020 que le gouvernement, tout seul, sans consulter aucun secteur et sans perspective de voir le document sanctionné par un autre pouvoir, a « coupé et haché » pour présenter un texte qui fera office de loi de finance sitôt publié dans Le Moniteur, le journal officiel.

Ce budget est celui de la Covid-19. Il a pu être finalisé grâce à la pandémie qui a ramené sur la table des promesses le Fonds monétaire international (FMI) et tous les bailleurs de fonds. La maladie a aussi obligé l’Etat à engager des dépenses extraordinaires qu’il a bien fallu faire entrer dans un cadre légal. Les autres chiffres alignés vont dans le même sens. En baisse ou en hausse, les montants régularisent des situations héritées, existantes ou passagères.

Malheureusement ce budget n’est pas autre chose. Il ne construit pas sur du solide. Il consolide des points faibles. Remplit des exigences.

Le budget 2019-2020 ne promet pas de croissance. Ni stabilité du taux de change. Ni contrôle de l’inflation. Le pouvoir d’achat n’augmentera pas. La gourde ne sera pas plus forte. L’économie nationale ne se portera pas mieux.

S’il y a un secteur hors administration publique qui est concerné dans son projet, il va falloir le chercher au microscope électronique.

A lire le budget, dix mille raisons expliquent nos malheurs en cours et à venir. Ces raisons sont historiques, conjoncturelles, rationnelles. Il n’y a pas de miracle à l’horizon.

Il est déjà à déplorer que le 30 juin, le gouvernement doit, s’il respecte la loi, déposer le budget pour le prochain exercice. Il est à craindre que nous allons garder les mauvaises perspectives de ce nouveau budget pour un long temps. Le gouvernement Jouthe n’a pas profité de la crise de la Covid-19 pour présenter un budget de rupture et d’audace.

En Haïti un budget cache un autre, remplace un autre, mais ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau depuis des décennies. Avec les conséquences et résultats que nous constatons : les problèmes demeurent, s’accentuent.

P. S. : Les dotations des instances de contrôle ont été réduites.



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