De choses et d’autres

Les unes étant pires que les autres

Publié le 2020-06-03 | lenouvelliste.com

Une bamboche assassine et tolérée.

Je suis athée. Il ne s’agit donc point de défendre une quelconque confession. Et je ne conteste pas la légitimité de la fermeture des lieux de culte. Mais comment expliquer la tolérance dont bénéficient certains lieux, certaines activités qui constituent des nuisances sonores et mettent en péril la vie des personnes que ces lieux et activités réunissent ? Et qu’on ne fasse pas démagogie ! Les organisateurs, propriétaires de ces lieux et activités, ne sont pas pauvres. Une partie de leur clientèle l’est, qu’ils exposent à des risques inutiles sinon au profit qu’ils en tirent. Députés, anciens députés, policiers, anciens policiers, « chefs », parents, alliés de « chefs », L’Etat leur accorde le droit de nuire et de mettre des vies en danger.  

Le respect de la fonction

Je ne suis pas pro Jovenel Moïse et PHTK. Ils ont contribué à aggraver les écarts sociaux, ont réduit la gestion de la chose publique à la défense de leurs intérêts personnels, avili la fonction publique, la représentation diplomatique. Tout est marchandé, marchandable. La tonalité de leur discours est la grossièreté ; son contenu, la contre-vérité. Mais la lettre de la doctorante Marie Claudine Paul (est-ce une vraie personne ? Si ce n’est pas le cas, ce n’est pas bien : il est temps dans ce pays que les gens osent dire ce qu’ils pensent sans se cacher) au directeur général de la Bibliothèque nationale, Dangélo Néard, pose un problème éthique réel. Nommé par arrêté présidentiel (même quand le président se nomme Jovenel Moïse) pour gérer le patrimoine écrit de la nation, le DG de la Bibliothèque ne devrait sans doute pas maintenir son émission sur RFI. Indépendamment du contenu de l’émission qu’on ne peut pas assimiler à un outil de propagande de la France. Le nouveau directeur de la BNH est jeune. C’est aussi aux jeunes de redonner sa pleine valeur à la fonction publique. Verrait-on le « Librarian of congress » (le responsable de la bibliothèque du congrès américain, nommé par le président et confirmé par le Sénat) animer une émission sur Radio Ginen ou Vision 2000 ? Le directeur de la Biliothèque Nationale est un homme de media. Il siérait mieux à sa haute fonction d’utiliser cette compétence pour organiser avec les medias une politique de la promotion du patrimoine écrit du pays.

Racisme systémique

L’expression est à la mode. De quoi rire des mauvais marxistes qui répétaient sans nuancer « la couleur n’est rien, la classe est tout ». Systémique, cela veut dire que l’élément racial (comme la question du genre) participe de la structuration et de la reproduction de l’ensemble des rapports sociaux. La violence policière contre les Noirs aux Etats-Unis en est une forme exacerbée. Mais ce racisme systémique (et la condition noire), les victimes en ont depuis longtemps la connaissance sensible. Et des réflexions théoriques de haute portée l’ont abordé, tout récemment encore dans les textes de Norman Ajari. Le spectacle de la violence policière raciste aux Etats-Unis – cette violence n’a d’ailleurs pas lieu qu’aux Etats-Unis, ils en ont la prime mais pas le monopole – n’est que la partie visible de quelque chose de plus profond : la hiérarchie raciale dans la construction et la reproduction intellectuelle et matérielle de l’Occident capitaliste. Penser cela est une difficulté réelle pour l’Occident. Voltaire, et ses activités économiques liées au commerce colonial, impérialismes culturels, bienveillance envers l’exotique, rapports économiques avec les anciennes colonies ou les pays dits en développement ; hiérarchisation des savoirs et des pratiques culturelles… Racisme systémique sans aucun doute. En condamner l’une des expressions les plus vulgaires ne saurait épuiser le devoir d’analyse.

Pour ceux d’ici

Un chroniqueur de CNN qu’on ne peut pas accuser d‘être particulièrement à gauche de dire, parlant des manifestations et des émeutes, qu’on ne peut vouloir chasser les gens qui sont dans les rues sans aborder les causes qui les y jettent. Une réflexion à mener par les Haïtiens qui ne comprennent jamais pourquoi d’autres Haïtiens descendent dans la rue.



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