Littorale/Port-au-Prince/Cité Soleil

Métastase des gangs et dessous politiques de leurs carnages…

Les zones de non-droit se sont multipliées dans les quartiers du littoral de la baie de Port-au-Prince. Les gangs distillent la peur et mettent leurs armes automatiques au service de desseins politiques…

Publié le 2020-05-29 | Le Nouvelliste

Les affrontements à l’arme automatique entre les gangs, les expéditions punitives et les carnages ayant différentes motivations sont le lot des habitants des quartiers pauvres du bord de mer, entre Martissant, au sud de Port-au-Prince et Zoranje, à l’extrémité de Cité Soleil, au nord. Les conquêtes territoriales élargissent les périmètres des zones de non-droit, appelées VAR par des membres de la population.

Le maire de Port-au-Prince, Youri Chevry, interrogé par le journal, témoigne de la montée en puissance des gangs. « C’est sûr, les gangs sont devenus plus puissants et les zones de non-droit s’étendent. Chaque quartier est devenu un pays dans le pays », affirme le maire, confronté à un tarissement des taxes à cause de la fermeture ou la délocalisation forcée de certains marchés et de gares routières. « Nous ne pouvons plus continuer à vivre comme ça », a indiqué Youri Chevry, consterné par le carnage de Pont-Rouge. « Je n’ai pas d’informations mis à part celles communiquées dans la presse », a dit l’édile de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti.

Le maire de Cité Soleil, Jean Hislain Frédéric, a avoué lui aussi son impuissance face à l’extension et la puissance de feu des gangs armés. Si la presse a rapporté 5 morts et au moins six maisons incendiées à Pont-Rouge, le maire de Cité Soleil ne doute pas qu’il y ait plus de morts. Souvent, des cadavres de victimes sont emportés, a-t-il poursuivi... Alors que Pont-Rouge continue de vivre avec la peur au ventre.

Joël Edouard Vorbe, membre du directoire du parti Fanmi Lavalas de l’ex-président Jean Bertrand Aristide, impute la perpétration du massacre de La Saline et les autres carnages ayant suivi à de la répression politique contre l’opposition. Le point de départ de toutes les manifestations qui se sont tenues après les 6,7 juillet 2018 est St-Jean Bosco. « La Saline est le point de départ de manifestations contre le pouvoir », a poursuivi Joël Edouard Vorbe, acide face au refus de rendre justice aux victimes des massacres perpétrés à La Saline et dans les quartiers avoisinants.

Les auteurs des massacres sont connus. Les mêmes noms reviennent à chaque fois, indique Joël Edouard Vorbe, soulignant que ce sont « des massacres commandités par le pouvoir en place ». « Des enquêtes ont révélé les principaux auteurs, mais la police, la justice et le gouvernement sont restés impassibles. Au contraire, on a continué à donner des munitions à ces chefs de gangs pour continuer leurs massacres », a fustigé Joël Edouard Vorbe.

L’une des responsables de la Fondation Je Klere (FJKL), Marie Yolaine Gilles, n’en finit pas de dénoncer la banalisation de la violence, l’impunité dont jouissent des chefs de gangs clairement indexés dans de précédents massacres dont celui de La Saline.

Interrogée sur les évènements survenus dimanche à Pont-Rouge, la militante des droits de l’homme pointe du doigt des politiciens qui utilisent ces chefs de gangs à des fins électorales. « Ces politiciens doivent cesser de se cacher derrière ces bandits qui massacrent les gens », a appelé Marie Yolaine Gilles, enjoignant les autorités à assumer leurs responsabilités.

L’économiste Emmanuela Douyon, membre de la structure Nou Pap Domi, a souligné que son organisation attire l’attention depuis plus d’un an sur la « gangstérisation et les abus contre des habitants de ces quartiers défavorisés ». La banalisation de ces actes qui n’ont pas toujours écho dans la presse est scandaleuse. Le silence ; l’indifférence face au sort fait à des compatriotes de conditions socioéconomiques défavorisées élargit les fossés au sein de la société. Cette absence de  solidarité rend la tâche facile à ceux qui veulent nous monter l’un contre l’autre, a estimé Emmanuela Douyon.

Les couches populaires urbaines, présentées par certains comme « une classe turbulente », sont coutumières des répressions, a confié au journal l’historien Pierre Buteau qui évoque la répression contre les dames qui soutenaient Sylvain Salnave ou celle contre les partisans (rouleau compresseur) du président Daniel Fignolé au Bel-Air le jour du putsch contre ce dernier le 16 juin 1957. Pour évoquer les faits récents, le président de la Société haïtienne d’histoire et de géographie a indiqué que l’échec du PHTK « à flatter les couches populaires qui n’ont pas d’état d’âme », à « continuer avec les démagogies de Jean Bertrand Aristide » a laissé place à la répression « de foyers susceptibles de sédition ». C’est de la dissuasion. Le coût est élevé. Il y a beaucoup de morts, a poursuivi Pierre Buteau, soulignant que le projet de PHTK de se perpétuer fait face à une certaine résistance.  

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