L’État et l’Université au temps de la Covid-19

Publié le 2020-05-19 | Le Nouvelliste

Le 18 mai marque, chaque année, la fête du drapeau et de l’Université en Haïti. 

Pendant les années Duvalier chacun se devait d’arborer le bicolore (noir et rouge à l’époque) devant sa maison les jours autour du 18 mai. Les principales rues étaient pavoisées, les jours de fêtes nationales, des couleurs nationales. Tous les matins, dans toutes les écoles, des millions de gorges entonnaient l’hymne national et ânonnaient le Serment au drapeau. La vie s’arrêtait pour l’envoi des couleurs et pour retirer le drapeau national du plus simple mât. 

C’était le temps et le drapeau de la peur. Aucun de ces rituels ne subsiste de nos jours. 

Le drapeau bleu et rouge, en vigueur depuis le 25 février 1986, est davantage célébré dans la diaspora que sur le territoire national et seul le football nous rend encore fiers de nous réunir autour de son symbolisme.

Cette année, par faute du Covid-19, les cérémonies officielles et les nombreux discours se sont éclipsés. Il ne faut pas se tromper cependant, les parades n’insufflent pas la passion ni le respect ; ne construisent pas l’appartenance nationale. 

A qui la faute ?

A l’État et à l’Université.

L’État et ses différents dirigeants n’ont rien fait depuis des décennies pour être dignes de nos couleurs nationales ni pour nous faire aimer notre drapeau. Ni réalisation ni discours. En actions, en paroles et en pensées, nos chefs ont provoqué sinon le rejet de ce symbole mais une distance avec la célébration commune et publique du drapeau.

En 2020, le discours prononcé par le président Jovenel Moïse a été l’expression parfaite du drapeau pour moi mais pas pour tous. Quand le mot unité a été employé, le ton n’y était pas.

Le président a passé en revue dans son adresse à la nation la liste de ses ennemis et celle de ses réalisations. Il a insisté sur les difficultés qui nous attendent et sur les obstacles qu’il rencontre sur sa route. 

Il n’a proposé ni projet commun, ni défi grandiose, pas même une bonne réminiscence de notre glorieux passé. Le drapeau n’a pas flotté dans le discours du président. Il n’a pas vraiment invité tous les Haïtiens et Haïtiennes à se réunir autour du bicolore ni autour de la lutte contre le Covid-19. Pas assez. Trop peu. Trop froid. 

L’autre déception du18 mai 2020 est encore une fois l’Université. Toute l’Université. Les publiques comme les privées nombreuses. L’Université a été inaudible. Muette, en fait.

Cette année encore, les universitaires n’avaient rien à dire au pays sur rien. Pas une annonce, pas un conseil, pas une proposition. Pas un recteur, pas un doyen, pas un professeur, pas un étudiant n’est sorti du lot. Le calme plat.

La vacance d’ambition pour l’Université n’est pas une première. C’est une constante. Année après année.

L’Université haïtienne, les publiques et les centaines d’institutions privées, n'est dans aucune course, ne relève aucun défi, n'est au service d’aucune cause. Ne se révolte contre rien ni ne défend rien.

Nos institutions universitaires forment des pièces interchangeables pour un pays en panne ou pour les bassins d’emplois de la diaspora. Rien pour l’Haïti de demain.

Il y a dix ans, le séisme; on attend encore les propositions de l’Université sur la reconstruction.

Sur le choléra et l'hygiène on attend encore ses projets sur l’eau et l’assainissement.

Sur nos dérives politiques ou législatives on attend encore les études sérieuses.

Sur la presse qui perd son âme ou l'internet et ses mille facettes, on attend encore les nouveaux modèles.

Sur l’économie nationale qui produit corruption et pauvreté, on attend encore les plaidoiries et les théories.

L’Université dans son ensemble se tient prudemment en dehors de toutes les problématiques nationales. Du coronavirus comme des autres. 

Quand une étincelle brille dans le milieu universitaire, elle est plus personnelle qu’institutionnelle. 

L’Université et l’État sont en faillite. Parce que l’Université n’a pas de finalité, ni de but, ni de projet en Haïti et parce que l’État ne pourra jamais se remettre en question de par lui-même.

Le 18 mai 2020, comme chaque année, ni nos gouvernants ni nos sachants n’ont tenté l’inventaire de nos problèmes ni formulé l’ambition de nouveaux rêves pour le pays.

C’est inquiétant en ces temps de Covid-19. 

Comment faire mieux si personne ne pense ni au présent ni à l’après crise, encore une fois?

L’État est très peu efficace car il se nourrit des réflexions et des propositions anémiées d’un système universitaire inefficace. 

Écrire l'avenir revient cependant à l'Université. 

Frantz Duval
Auteur
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