Le coronavirus en Haïti et en République dominicaine

On a souligné la différence entre Haïti et la République Dominicaine (RD) quant au nombre de cas confirmés de personnes contaminées au coronavirus. En fait, La RD se distingue de tous les pays de la Caraïbe. Si une plus grande capacité de dépistage ne peut être retenue pour expliquer l’exception dominicaine, le modèle de croissance axé sur le tourisme fournit une piste que nous explorons ici. Ceci resterait toutefois insuffisant, au regard de Cuba, qui accueille de l’Espagne et d’Italie presqu’autant de touristes que la RD. Il faut alors ajouter le tourisme communautaire, propre à la RD, qui amène ses touristes à développer des relations plus étroites avec la population dominicaine. Nous rappelons finalement la faible capacité de l’État en Haïti, et le faible capital social de cette société pour comprendre le taux de variation et le taux de létalité élevés observés dans ce pays.

Publié le 2020-05-16 | lenouvelliste.com

Un cas pour la géographie de l’épidémie

La géographie de la Covid-19 n’a pas manqué de souligner la différence entre Haïti et la République Dominicaine, quant au nombre de cas de personnes infectées, tel que ce nombre est révélé par différentes sources, dont le John Hopkins University Coronavirus Resource Center.. Hannah BEECH et ses collaborateurs (2020) du New York Times, sous le titre suggestif: « Why Does the Virus Wallop Some Places and Spare Others » constatent que « The Dominican Republic has reported nearly 7600 cases of the virus. Just across the border, Haiti has recorded about 85 ». Olivier Tallès (2020), sous le titre : « Coronavirus : l’intrigante géographie de la contagion », cherchant les causes possibles de la répartition géographique du virus, écrit que « La carte de la pandémie de Covid-19 démontre des variations considérables selon les pays et les régions. Les stratégies locales, la jeunesse et la densité de population, les comportements individuels ou simplement le hasard ont pu modifier la vitesse de la contagion ». Des chercheurs ont pu aussi souligner l’effet différentiel de la température et de l’humidité. Vœu pieux, disent d’autres. Francis Fukuyama (2020) a souligné que la différence entre les pays dans la capacité de l’État à faire face à la pandémie et surtout la confiance dans le gouvernement est le déterminant crucial.  

En fait, la République Dominicaine, comme le met en évidence le tableau 1 ci-dessous, se démarque de tous les autres pays de la région de la Caraïbe. Au 12 mai, le nombre de cas confirmés dans ce pays représente plus de six fois celui enregistré pour Cuba, le pays en deuxième position dans la région,  21.5 fois celui de la Jamaïque, en troisième position, et près de 50 fois le nombre de cas enregistrés pour Haïti. À l’exception d’Haïti, pour la période du 2 au 12 mai, la République Dominicaine affiche aussi un taux de variation nettement supérieur à celui des autres pays de la région : 43,84 % pour la République Dominicaine, suivie par la Jamaïque : 17,36 %. Le taux de variation pour Haïti, pour la même période, est de 157.65 % : en moins de deux semaines le nombre de cas confirmés a plus que doublé. De même, le taux de létalité calculé avec les données du 12 mai met en relief un aspect préoccupant pour la République de l’Ouest. Ici, comme le suggère Fukuyama, il faut faire intervenir les capacités institutionnelles quant aux mesures préventives et à la prise en charge de ceux frappés par la maladie. Le rapprochement avec Haïti s’explique moins par des facteurs liés à l’environnement naturel, qui sont fondamentalement les mêmes pour l’ensemble de la région, que par des facteurs historiques qui lient ces deux pays. Logiquement, les éléments d’explication de la différence entre Haïti et la République Dominicaine devraient aussi dans une certaine mesure se révéler pertinents pour expliquer le fait que ce dernier pays se distingue de tous les autres. Il demeure cependant la question de la frontière. Il faut bien se demander si les mouvements de population entre les deux pays n’ont pas contribué à la propagation du coronavirus, et comment ces mouvements se révèlent-ils dans la distribution des cas en Haïti.

Tableau 1

Cas confirmés de Coronavirus dans la Caraïbe

Taux de létalité et taux de variation

Nom des pays

Cas confirmés au 12 mai

Taux de létalité 12 mai (%)

Cas confirmés au 10 mai

Cas confirmés au 8 mai

Cas confirmés au 6 mai

Cas confirmés au 4 mai

Cas confirmés au 2 mai

Taux de variation 2 mai – 12 mai (%)

République Dominicaine

10 900

3,69

10 347

9 376

8 807

8 235

7 578

43,84

Cuba

1 804

4,32

1 766

1 741

1 703

1 668

1 611

11,98

Jamaïque

507

1,78

502

488

473

471

432

17,36

Trinité et Tobago

116

6,90

115

116

116

116

116

0,00

Barbades

85

8,24

84

83

82

82

81

4,94

Bahamas

93

11,83

92

92

92

83

83

12,04

Haïti

219

8,22

152

146

101

100

85

157,65

Antigua-et-Barbuda

25

12,00

25

25

25

25

25

0,00

Grenade

21

0,00

21

21

21

21

21

0,00

Sainte-Lucie

18

0,00

18

18

18

18

17

5,88

Dominique

16

0,00

16

16

16

16

16

0,00

Saint-Vincent-et-les-Grenadines

17

0,00

17

17

17

17

16

6,25

Source : John Hopkins University, Coronavirus Resource Center.

Taux de variation et taux de létalité : calculs de  l’auteur.

Le modèle de développement : un facteur entre autres.

Il est établi que le coronavirus se propage par transmission humaine. Les premiers cas identifiés en Europe ont tous été retracés en Chine.  De même, les premiers cas identifiés en Haïti ont été liés à des sources étrangères. Le Paris-Match du 14 avril 2020 décrit de cette façon le « drame de l’Équateur » :

« Le port de Guayaquil, sur la côte Pacifique (sud-ouest), est apparu dès le début comme un point particulièrement vulnérable: c'est là que le premier cas équatorien a été détecté, une vieille dame revenue d'Espagne. En Espagne et en Italie, pays très touchés par la pandémie, vivent un demi-million d'Equatoriens, beaucoup ayant migré lors de la crise financière des années 1990. Le flux des échanges entre Guayaquil, l'Europe et aussi les Etats-Unis, est intense, surtout en février et mars, période de vacances scolaires ».

Il est curieux que l’on ait plus cherché à évaluer l’effet éventuel du coronavirus sur le tourisme qu’à étudier l’effet du tourisme sur la propagation du virus, et d’une manière plus générale, comment les modèles de développement adoptés dans certains pays ont pu contribuer à augmenter le risque de propagation de la maladie. Nous pensons qu’un modèle de développement axé fondamentalement sur le tourisme ait pu contribuer à la propagation du virus, et qu’en tenant compte de l’origine des visiteurs, ceci pourrait jouer comme facteur aggravant.

Si le tourisme est étudié comme une « resource curse » (Thaana Ghalia, 2015 ; Geert Vansistjan, 2018), l’accent est plutôt mis sur ses effets possibles sur l’environnement, le renforcement des inégalités sociales ou la délinquance sexuelle, et sur ses relations avec les infections transmises sexuellement. Il n’est pas généralement étudié comme variable indépendante dans ses relations avec la propagation des épidémies. Fernand Braudel (1979) soulignait le rôle des « réseaux de communication » dans la transformation des épidémies en pandémie. La colonisation du continent baptisé « Amérique » illustre les conséquences des contacts des groupes humains. Gérard Fabre (1998) nous le rappelle avec force :

Le cas du continent américain présente un intérêt particulier en ce qu'il révèle combien les structures sociales peuvent être malmenées à l'épreuve des secousses épidémiques les plus violentes. Dès le XVI siècle, au contact des Européens, les peuples amérindiens furent décimés par des maladies nouvelles pour eux. Ils n'étaient pas immunisés contre la variole, la grippe, le typhus, les maladies infantiles comme la rougeole et la scarlatine. Ils ne connaissaient pas non plus le choléra, qui fut introduit plus tardivement, en 1833, lors de la pandémie.

 L’intégration dans l’économie mondiale par le tourisme que facilitent énormément les nouvelles technologies de communications devrait être étudiée sous l’angle de ses effets sur la propagation des maladies. C’est à notre avis dans cette perspective que l’on peut chercher à comprendre l’exception que représente la République Dominicaine dans la région. Nous écartons d’emblée l’hypothèse d’une plus forte capacité de dépistage de la Républiique Dominicaine par rapport à tous les pays de la région.

La République Dominicaine : un bon en avant axé sur le tourisme

Yolanda Léon (2007), de l’université INTEC en République Dominicaine fait remarquer ce qui suit :

La République dominicaine est un cas exceptionnel de pays en développement connaissant un développement touristique international rapide, en particulier sur les plages.  En 1975, Symansky et Burley ont écrit:

 La République dominicaine, bien que tropicale et attrayante dans ses offres d'agrément et pratiquement la première dans les précédents historiques de l'hémisphère occidental, est un exemple exceptionnel d'un pays qui a peu bénéficié du tourisme.  Parmi les pays des Caraïbes, son tourisme est dans une phase de développement qui est effroyable en nombre de touristes visitant chaque année le pays et en infrastructures touristiques disponibles.

 Cependant, cette situation a radicalement changé au cours des deux dernières décennies, alors que le tourisme est devenu l'une des plus grandes industries de la RD.  Avec une croissance moyenne de 9% du volume de visiteurs étrangers depuis 1993, atteignant 2,8 millions en 2002, et une expansion agressive de la capacité hôtelière, atteignant actuellement 55 000 chambres, la République dominicaine est actuellement considérée comme l'une des principales destinations touristiques des Caraïbes..  La République Dominicaine figure désormais parmi les 20 premiers pays en développement en termes d'arrivées de visiteurs, de recettes touristiques et de pourcentage de contribution au produit intérieur brut.

De son côté, Emma Fawcett (2016) fait la remarque suivante :

Aujourd'hui, la République dominicaine accueille plus de cinq millions de touristes par an - plus que tout autre pays des Caraïbes - et abrite 25% des chambres d'hôtel de la région.  Le secteur a connu une croissance régulière au cours des quatre dernières décennies.  Entre 1970 et 2000, les arrivées de séjours ont augmenté de plus de 12% par an.  Le tourisme représente 15,3% du PIB de la République dominicaine (4,7% de contribution directe) et 14% de son emploi (4,2% des emplois directs).

À son tour, Marc Jordan, de l’exécutif de la « Global Foundation for Democracy and Development » de l’ex Président Leonel Fernandez, confirme :

La République dominicaine a longtemps été considérée principalement comme un exportateur de sucre, de café et de tabac, mais au cours des dernières décennies, le secteur des services a dépassé l'agriculture en tant que principal employeur de l'économie, en partie en raison de la croissance de l'industrie du tourisme.

Il existe donc un consensus sur la part du tourisme dans la croissance économique que connait la République Dominicaine et qui fait qu’il est devenu de bon ton de comparer Haïti avec la RD, pour mettre en relief la pauvreté de la première et le succès économique de la seconde. Comme l’indique le tableau 2, sur l’Indice du développement humain des Nations Unies, Haïti est le seul pays de la région à montrer un score « faible ». L’index de globalisation de la République Dominicaine est le plus élevé de la région. Il ne fait pas de doute que le nombre élevé de ses touristes y joue un rôle de premier plan.

Tableau 2

Performance économique des pays de la Caraïbe, Index de globalisation

et Nombre de touristes

Pays

Index de globalisation 2017

Indice du développement humain 2018

Rang sur l'indice du développement humain

Nombre de touristes en 2018

République Dominicaine

67.00

.745

Élevé

6 568 888

Cuba

62.55

.778

Élevé

4 711910

Jamaïque

66.97

.726

Élevé

2 472 727

Trinité et Tobago

65.70

.799

Élevé

375 485

Barbades

62.51

.813

Très élevé

680 269

Bahamas

55.61

.805

Très élevé

1 633 445

Haïti

46.31

.503

Faible

447 481

Antigua-et-Barbuda

60.50

.776

Élevé

268 949

Grenade

55.54

.763

Élevé

160 976

Sainte-Lucie

57.91

.755

Élevé

394 780

Dominique

56.95

.724

Élevé

62 875

Saint-Vincent-et-les-Grenadines

53.37

.728

Élevé

80 080

Sources : PNUD, Rapport sur le développement humain 2019,

            World Tourism Organization (2019), Yearbook of Tourism Statistics.

            Swiss Economic Institute, The KOF Globalization Index..

Origine des touristes et tourisme communautaire

Pour ce qui nous concerne ici, il faut souligner deux autres aspects du tourisme dominicain qui puissent soutenir la thèse de son rôle dans l’importance relative des cas de coronavirus observés dans ce pays : il s’agit de l’origine de ses touristes et du caractère communautaire de son tourisme.

En 2018, comme le montre le tableau 3, la République Dominicaine reçoit 3 859 touristes de la Chine, 159 210, de l’Espagne et 76 434 de l’Italie. On sait que le virus est arrivé de la Chine, mais l’Italie et l’Espagne sont vite devenues les pays en Europe où le plus grand nombre de cas confirmés est observé, avec respectivement 228 030 et 221 216 cas confirmés au 12 mai selon le John Hopkins University, en deuxième position, après les États-Unis pour l’Espagne, et en quatrième position après le Royaume Uni pour l’Italie. Cuba est le seul pays de la région à accueillir un nombre aussi important de touristes de ces trois pays. Soulignons qu’aucun touriste de ces trois pays n’a visité Haïti en 2018. Pour expliquer la différence entre la République Dominicaine et Cuba quant aux effets possibles du tourisme sur la propagation du virus, il faudrait tenir compte des relations entre les touristes et la population dans les deux sociétés.

Tableau 3

Origine des touristes dans la Caraïbe

Pays

Origine chinoise, espagnole et italienne des touristes en 2018

Chine

Espagne

Italie

République Dominicaine

3 839

159 210

76 434

Cuba

49 781

136 613

208 287

Jamaïque

3 431

6 722

13 721

Trinité et Tobago

2 373

1 329

1 311

Barbades

1 585

1 323

3 382

Bahamas

3 502

4 286

13 574

Haïti

-

-

-

Antigua-et-Barbuda

869

704

6 832

Grenade

621

309

738

Sainte-Lucie

-

449

739

Dominique

755

222

127

Saint-Vincent-et-les-Grenadines

-

-

-

Source : https://www.e-unwto.org/toc/unwtotfb/current

On souligne que le tourisme contribue très peu à améliorer les conditions de vie dans des pays où pourtant il fait un apport considérable à la croissance de leur économie. Pour y remédier, on a développé le concept de tourisme communautaire (Kirstky Blackstock, 2005; Etsuko Okazaki, 2008; Harold Goodwin et Rosa Santilli, 2009; Caroline Ashley et al, 2005). Le tourisme communautaire peut se définir par une plus grande implication de la population locale dans la planification et la gestion du projet touristique et aussi par une plus grande immersion du touriste dans la vie des communautés. Le tourisme communautaire peut prendre des formes diverses. En fait, il peut exister un tourisme communautaire informel, qui permet aux résidents locaux d’accueillir dans leur résidence des visiteurs étrangers. Joseph J. Lévy et Louis-Robert Frigault (2003) ont fait remarquer que « les touristes peuvent aller jusqu’à s’installer pour un certain temps dans le pays de destination, comme c’est le cas en République Dominicaine ou, organisés en communautés, ils s’appuient sur des valeurs ‘suprématistes’ – supériorité de l’homme occidental, subordination des femmes et rejet des normes et des lois touchant la sexualité ». On peut comprendre les conséquences de telles pratiques pour la transmission de maladies auxquelles la population hôte serait peu résistante. Il parait logique de formuler l’hypothèse que le régime politique à Cuba pourrait, au moins dans les premières années qui ont suivi la révolution, de façon explicite limiter de  telles pratiques. (Voir Dominique Gay-Sylvestre, 2012). Une plus forte présence des touristes dans la vie des communautés en République Dominicaine pourrait ainsi contribuer à la grande différence observée entre les deux pays, malgré une forte présence de touristes dans les deux pays.

Les exceptions haïtiennes :

un taux de variation et un taux de létalité élevés

Si Haïti se caractérise jusqu’à présent par un nombre de cas relativement faible, le taux de variation et le taux de létalité élevés ne laissent pas de doute sur l’évolution de la maladie dans le pays et sur la qualité de la prise en charge. À ces deux constats, trois éléments d’explication : un État formel défaillant, ne jouissant d’aucune légitimité dans la population, une société à capital social très faible, et des élites déficientes.

Ce n’est pas certainement pas le lieu de développer ces trois points. Le tableau 4 ci-dessous montre le score élevé du pays sur l’index des états faillis : le plus élevé de la région. Nous pouvons aussi rappeler quelques références, dont Stephen Baranyi (2012), qui déjà soulignait :

… il n'est pas surprenant qu'Haïti ait été classé au cinquième rang des États les plus faibles du monde selon l'indice des États faillis (FSI) en 2011, juste entre la République démocratique du Congo et le Zimbabwe (Fund for Peace 2012).  Cette année-là, c'était le seul pays d'Amérique latine et des Caraïbes à être placé dans la catégorie «alerte» du Fond, bien au-dessus d'États comme la Colombie (44e), la Bolivie (59e) et le Nicaragua (66e) qui n'étaient placés que dans «l'avertissement».  catégorie - et bien loin des pays comme le Costa Rica (137e), l'Argentine (145e) et le Chili (153e), dont la puissance de l'État était classée au niveau des pays d'Europe orientale et méridionale.

Dans une étude réalisée dans la région Sud du pays, nous (Alain Gilles, 2012) avons relevé que :

Plus de 70.0% des répondants placent seulement « un peu » (41.6%) ou « pas du tout » (30.3%) de confiance dans les gens de leur entourage. La même configuration des données s'observe quand nous demandons aux répondants si les gens du quartier se font confiance entre eux ou si eux-mêmes font « confiance dans la société ».

Plus de 70.0% des répondants indiquent qu'ils font confiance seulement « un peu » (23.2%) ou « pas du tout » (49.6%) à l'État. Il s'agit d'une donnée qui réfère à la légitimité de l'État, de ses interventions et qu'on ne pourra assez souligner.

Malgré l'importance des ONG (Organisations non gouvernementales) dans le pays, et la diversité des secteurs dans lesquels elles interviennent (éducation, santé, alimentation, famille …), elles ne paraissent pas pour autant mériter la confiance de la population, si nous nous en tenons aux données de cette étude. La plupart des répondants (60.5%) disent qu'ils ne font « pas du tout » confiance aux ONG et 26.7% disent qu'ils font confiance seulement « un peu » à ces institutions. Il n'y a que 12.8% des répondants à avoir souligné qu'ils placent « beaucoup » de confiance dans les ONG.

Tableau 4

Les pays de la Caraïbe sur l’Index des États Faiilis

Pays

Failed State Index

République Dominicaine

66.2

Cuba

60.8

Jamaïque

61.2

Trinité et Tobago

53.0

Barbades

48.0

Bahamas

48.0

Haïti

99.3

Antigua-et-Barbuda

54.4

Grenade

57.6

Sainte-Lucie

Nd*

Dominique

Nd*

Saint-Vincent-et-les-Grenadines

Nd*

Source : Fragile States Index. Annual Report 2019, Fund For Peace, 2019.

*Nd: Non disponible

En conclusion, l’État en Haïti n’a pas la capacité de contrôler ses frontières, une fonction régalienne de tout État moderne. Il ne faut pas exclure que les communautés les plus touchées par le virus sont directement ou indirectement en contact avec la frontière ou des gens qui traversent la frontière.

Nous avons voulu ici apporter une contribution à la compréhension de la spécificité dominicaine, non seulement par rapport à Haïti, mais aussi par rapport aux autres pays de la Caraïbe et aussi souligner la grande faiblesse des institutions et de la société haïtienne face à la pandémie. Moins que le tourisme tout court, une forme particulière du tourisme communautaire pourrait aider à expliquer l’exception de la République Dominicaine 

Références

Caroline ASHLEY, et al. (2005), « Making Tourism Count for the Local Economy in Dominican Republic : Ideas for Good Practice », Pro Poor Tourism Partnership and Travel Foundation.

Stephen BARANYI (2012), « Contested Statehood and State-Building in Haiti », Revista de Ciencia Politica, Vol. 32, No. 3.

Kirsty BLACKTOCK (2005), « A Critical Look at Community Based Tourism », Community Development Journal, Vol. 40, No 1.

Hannah BEECH et al. (2020), « The Covid-19 Riddle : Why Does the Virus Wallop Some Places and Spare Others », The New York Times, May 3.

Fernand BRAUDEL (1979), The Structures of Everyday Life. Civilization & Capitalism 15th-18th Century (Volume 1), Harper & Row.

Gérard FABRE (1998), Épidémies et contagions. L’imaginaire du mal en Occident, Presses Universitaires de France.

Emma FAWCETT (2016), Challenges for Sustainable Growth Through Tourism in the Domnican Republic, Global Foundation for Democracy and Development (GFDD).

Francis FUKUYAMA, (2020) « The Thing That Determines a Country’s Resistance to the Coronavirus », The Atlantic, 30 March.

Dominique GAY-SYLVESTRE (2012), « Prostitution à Cuba (1959-2011) », Dire, No 3.

Thaana GHALIA et Jan Fidrmuc (2015), « The Curse of Tourism », Journal of Hospitality & Tourism Research, December.

Alain GILLES (2012), « Lien social, conflit et violence en Haïti », PRIO (Peace Research Institute Oslo) PAPER.

Harold GOODWIN et Rosa Santilli (2009), Community-Based Tourism: A Success? », ICRT Occasional Paper 11.

Marc JOURDAN (2016), »Preface », in Emma Fawcet, Op. Cit.

Yolanda M. LEON (2007), The Impact of Tourism on Rural Livelihoods in the Dominican Republic’s Coastal Areas, Journal of of Development Studies, February.

Etsuko OKAZAKI (2008), « A Community-Based Tourism Model : Its Conception and Use », Journal of Sustainable Tourism, Vol. 16, No. 5.

Joseph J. LÉVY et Louis-Robert Frigault (2003), « Le tourisme sexuel : enjeux éthiques », Éthique publique. Revue internationale d’éthique sociétale et gouvernementale, Vol. 5, No. 2.

Olivier TALLÈS (2020), « Coronavirus : l’intrigante géographie de la contagion », La Croix numérique, 5 mai.

Geert Vansintjan (2018), « The Tourism Curse », Foreign Policy, October 19.

Alain GILLES
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