Covid-19 : tous les patients et tous les décès ne sont pas comptabilisés 

Officiellement, le pays compte au 15 mai 20 décès  provoqués par la Covid-19. Il y a aussi d’autres cas de mortalité, communautaires ou institutionnels, ceux qui ne sont enregistrés dans aucune statistique en raison de la difficulté d'effectuer des tests post mortem. Sur la ligne de front, des cliniciens, en contact avec les premiers patients en hypoxie qui meurent très rapidement, s'inquiètent de la vague de malades alors que le comité scientifique semble ne pas s'entendre sur les questions essentielles.

Publié le 2020-05-15 | Le Nouvelliste

Au 15 mai, 20 personnes sont mortes dues aux complications provoquées par la Covid-19, selon le MSSP. Le nombre de morts pourrait être bien plus élevé. Entre dimanche et jeudi, 11 malades, admis à l’unité de traitement de problèmes respiratoires aigus de l’hôpital St-Luc avec un tableau de Covid-19 et un faible niveau de saturation d’oxygène dans le sang, sont morts après moins de trois heures de prise en charge, a confié le directeur de l’hôpital, Marc Edson Augustin, à la matinale de Magik 9 (100.9), vendredi 15 mai 2020. Sur les 11 décès, deux pourraient avoir eu des comorbidités. Les 9 autres, dont certains sont âgés de 25, 31, 35 ans, « apparemment en bonne santé », sont venus à l’hôpital avec leurs parents, a fait savoir le Dr Augustin.

Les autorités du MSSP disposent de ces informations, a-t-il poursuivi, soulignant que l’hôpital n’a pas la logistique pour effectuer les examens post mortem ni pour déterminer les causes de ces décès survenus dans un tableau de pathologie pneumonique commun à d’autres pays. Le directeur de l’hôpital St-Luc, Marc Edson Augustin, ne cache pas ses inquiétudes face à l’afflux de malades dans un état grave vu la progression de la phase épidémique, ce qui fait craindre « des jours qui pourraient être plus durs ». « Nous sommes très alarmés face à cette tendance », a-t-il indiqué.

 «Nous avons appris qu’il y a eu  malheureusement onze décès dans une institution de soins de dimanche soir à jeudi soir. Selon les informations reçues, plus d’un tiers de ces patients décédés  arrivaient dans l’institution en hypoxie sévère et sont décédés pour la plupart quelques heures seulement après leur admission à l'hôpital malgré l’administration d’oxygène à haut débit. Ils étaient dans la grande majorité âgés entre 33 et 44 ans. 9 hommes et 2 femmes. Seuls 2 présentaient des comorbidités rapportées », a confié au journal Le Nouvelliste, le Dr Lauré Adrien, directeur général du MSPP et coprésident du comité interministériel de gestion de la Covid-19.  

Pour le Dr Lauré Adrien, ces informations prouvent «que l’on ne connaît pas encore tout de la maladie et que la prudence et la vigilance sont plus que jamais nos meilleures armes » ... Alors qu’on répétait inlassablement que les plus vulnérables étaient les personnes âgées et ceux qui présentaient des comorbidités (des maladies préexistantes), voilà que des patients sans comorbidité connue ni diagnostiqués à l’admission, relativement jeunes, décèdent rapidement dans un tableau d’hypoxie sévère ( irréversible ), a-t-il souligné, estimant nécessaire la poursuite de la sensibilisation pour que la population prenne la maladie au sérieux et que les patients cherchent de l'assistance à un stade précoce pour éviter les complications susceptibles de provoquer des décès.

Examen post mortem…

Le refus des familles d'accepter l’idée de test et des tests post mortem « va compliquer notre travail de lutte contre la propagation du virus », a déploré le Dr Lauré Adrien. « Cela prive le système de l’opportunité de rechercher et de tester éventuellement les cas contacts (ascendants et descendants, c’est-à-dire les contacts avant l’apparition des symptômes et après l’installation de la maladie ou le décès) », a-t-il ajouté.  

« Le MSPP va proposer à la cellule scientifique de travailler sur le meilleur moyen d’aborder la question », a annoncé Dr Lauré Adrien, directeur général du MSPP, coprésident de la commission de gestion de la Covid-19 qui s’est fendu de plusieurs interrogations. « Peut-on forcer quelqu’un qui ne le veut pas à faire un test même dans un contexte de pandémie ? Peut-on faire un prélèvement post mortem sur tout cadavre de patient suspect ou susceptible d’avoir eu la Covid-19 et attendre le résultat avant de remettre le corps à la famille ? 

Dans un contexte de pandémie, doit-on appliquer à tout cadavre “suspect” le protocole de gestion de cadavres élaboré dans le cadre de cette pandémie ? ».

Le Dr Lauré Adrien croit que les cliniciens qui interviennent directement dans la prise en charge devraient peut-être adopter une stratégie différente, celle de tester tout patient avec des symptômes respiratoires sévères. 

«En attendant le mieux est que les institutions prennent toutes les dispositions pour protéger le personnel soignant à tous les niveaux », a-t-il conseillé.

Le MSPP « est prêt à aider dans ce sens avec l’arrivée des équipements de protection individuelle et autres matériel et équipements achetés par l’Etat. Il est prévu un accompagnement aux institutions (tant publiques que privées) qui interviennent dans la prise en charge  de la Covid-19 . Cet accompagnement évidemment ne sera pas identique pour tous, a-t-il précisé. « Il dépendra du niveau de l’institution et bien entendu de sa capacité d’accueil de patients Covid-19 », a indiqué le Dr Lauré Adrien, qui, au passage, a révélé que le « centre de prise en charge des patients atteints de Covid-19 du MSPP est fonctionnel et a commencé à accueillir ses premiers patients depuis le mois d’avril dernier ». « C’est un centre de 48 lits avec capacité d’assistance respiratoire », a-t-il précisé.  

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Malgré tous les efforts, avec moins de trois cents lits, le pays est à des années-lumière des 9 000 lits d’hôpitaux indispensables pour ne pas avoir à compter des cadavres par dizaines de milliers, selon des prévisions faites sur  la base d’un scénario extrême.

Sans détour, par rapport aux données cliniques collectées, le Dr Marc Edson Augustin a estimé que les gens devraient rester chez eux. Le confinement est une nécessité, a indiqué le Dr Dimitri Henrys, urgentologue. Pour être efficace, il faut adopter toutes les mesures barrières, a-t-il rappelé, soulignant qu’il appartient au pays, avec ses problèmes, notamment la pauvreté et la densité de la population, de trouver le bon et moins bon dans le confinement. Entre-temps, a poursuivi Dimitri Henry’s, la Covid-19 poursuit sa course. Le taux  de transmissibilité de la Covid-19  s'appuie sur la possibilité qu’une personne infectée infecte à son tour 3 à 4 personnes en moyenne. Ce taux peut varier en suivant la région, le climat, la densité de la population et les interactions au sein de la population. Le taux de transmissibilité du MERS (MIDDEL EASTERN RESPIRATORY SYNDROM), en Arabie saoudite, en 2013 était inférieur à 1. En Corée du Sud, le taux a atteint 8. Une personne infectée pouvait infecter huit autres personnes, a précisé le Dr Dimitri Henry’s. Sur les réseaux sociaux, des gens évoquent la présence d’une épidémie de fièvre et de taux sans nécessairement faire le lien avec la Covid-19, a-t-il observé.

Ces derniers jours, l’augmentation du nombre des cas de contamination est « quasiment un no news ».

La dernière prise de parole formelle du président Jovenel Moïse sur la Covid-19 remonte au 27 avril. Le comité scientifique, aphone, a disparu des radars et le confinement appliqué trop tôt est une page tournée alors qu’une grande partie importante de la population poursuit ses « bese leve », ses pérégrinations quotidiennes pour subvenir à ses besoins. Des gestes barrières, elle n'en a cure, au moment où des spécialistes craignent des jours difficiles sur fond de ratés au niveau de la communication publique et de la gouvernance de la réponse face à la Covid-19.

Roberson Alphonse

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