Caravane du changement, beaucoup de bruits et de dépenses, pour quels résultats ?

Publié le 2020-05-04 | lenouvelliste.com

Il y a trois ans, soit le 1er mai 2017, le président Jovenel Moïse avait lancé la Caravane du changement, à La Grange, une localité de Brocozèle, cinquième section communale de Saint-Marc. Ce lancement, on se le rappelle, avait réuni les plus hautes autorités de l’État, notamment le Premier ministre d’alors, Jack Guy Lafontant, des membres du cabinet ministériel, le président du Sénat d’alors, Youri Latortue et le président de la Chambre des députés d’alors, Cholzer Chancy. Des représentants d'organisations de la société civile y prenaient aussi part.

On se rappelle toute la publicité, les voyages hebdomadaires de fortes délégations dans l’Artibonite et dans d’autres régions du pays, la campagne de publicité intense dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux, les dizaines d’engins lourds achetés, les émissions quotidiennes sur les médias d’État pour le compte de la Caravane du changement. Trois ans après, où est passé le programme phare du quinquennat de Jovenel Moïse ? Où sont les résultats de la Caravane du changement ?

Le président Jovenel Moïse et les autres apôtres de la Caravane avaient promis de faire passer le département de l’Artibonite d’une agriculture de subsistance à une agriculture d’exportation. Cela devait se faire à partir de blocs de production transformés en coopératives. Chacun des blocs devrait être constitué en moyenne de 500 ha et de 1 500 exploitants. Qu’est-ce qui reste de ces belles idées aujourd’hui ?

Un récent rapport du Département d’Agriculture des États-Unis (USDA en anglais) a constaté que la consommation du riz, principale culture du département de l’Artibonite, n’a fait que grimper ces deux dernières décennies. Sa production n’a cessé de décliner dans l’intervalle, forçant le recours à l’importation massive afin de satisfaire la demande nationale. Le rapport a aussi noté que les producteurs continuent d'avoir un accès limité à l'eau d'irrigation pour les rizières. De plus, l'utilisation d'engrais reste limitée.

Ce passage du rapport de l'USDA peut être considéré comme un mauvais carnet pour la Caravane qui avait touché  d’autres régions du pays, notamment les départements du Sud et de la Grand’Anse. Trois ans après, même le chef de l’État ne se fait plus d’illusion concernant la Caravane. Dans son adresse à la nation à l’occasion du 1er mai de cette année, il n’a pas fait le bilan de son ambitieux programme même s’il continue de promettre la relance de l’agriculture.

 Trois ans après le lancement de la Caravane du changement, si la montagne avait accouché d’une souris on aurait pu crier victoire. Le secteur agricole n’a été renforcé ni dans l’Artibonite ni dans d’autres régions du pays. Aujourd’hui encore, les agriculteurs attendent l’eau, les semences de bonne qualité en quantité et l’accompagnement technique que l’exécutif promettait à travers la Caravane du changement.  Le pays, quant à lui, continue d’être dépendant en matière alimentaire. Et les prévisions en matière d’insécurité alimentaire n’ont jamais été si alarmistes. Preuve de l’échec sans appel de la Caravane du changement qui pourtant a englouti des milliards de gourdes. Si les fonds investis dans la Caravane n’ont pas sauvé l’agriculture, ils ont sans doute fait des heureux quelque part sur la terre...



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