Vivre au temps du Coronavirus

Le poste frontalier de Belladère au temps du coronavirus

Publié le 2020-04-30 | lenouvelliste.com

Des centaines d’Haïtiens qui vivaient en République dominicaine traversent le poste frontalier de Belladère tous les jours en direction d’Haïti. Alors que le coronavirus fait rage en territoire voisin, ces compatriotes, grignotés par la misère résultant de l’arrêt forcé des activités économiques, reviennent au bercail. Certains de manière volontaire, d’autres contre leur gré et déportés par l’immigration dominicaine. Dans ce poste frontalier, où le marché binational tourne au ralenti depuis le début de la crise, l’afflux des migrants devient une aubaine pour les motocyclistes, les cambistes, les marchandes de nourriture, de carte SIM, d’accessoires de téléphones, etc. 

Ces derniers, toujours aux aguets, trouvent, chacun en ce qui le concerne, une activité économique, une opportunité d’affaire dans l’arrivée massive des voyageurs. Quitte à faire fi des impératifs sanitaires. Ou à se transformer en principal vecteur de transmission du Covid-19 en Haïti au cas où certains voyageurs seraient porteurs de la maladie. 

Ces rapatriés, tiraillés par l’angoisse du débarquement et la folle envie de retrouver leurs proches, doivent faire un premier arrêt chez les cambistes. Ces derniers essaiment la sortie du poste de contrôle érigé par Fondation Zanmi Lasante, et guettent l’arrivée de chaque voyageur. En deux temps trois mouvements ils parviennent à convaincre les clients à convertir leurs devises.  Sans aucun souci de se protéger du coronavirus qui a déjà fait 293 morts chez les « Panyòl ». 

À la frontière, le peso dominicain s’échange à 1,75 gourde. En plus d’être dépourvus de masque de protection, les cambistes n’ont aucun outil pour désinfecter les monnaies. Questionné à cet effet, Erick, qui mène cette activité à la frontière depuis plus d’une dizaine d’années, admet l’existence du risque de contamination en manipulant les monnaies. Cependant, il souligne que les cambistes ne peuvent pas faire autrement. « Nous serions heureux de porter un masque, de désinfecter les monnaies ou encore de nous laver les mains très souvent, mais nous n’avons pas les moyens pour le faire. On n’a pas encore distribué du matériel à cet effet à la frontière », dit-il. Selon Erick, les cambistes ne font pas que gagner de l’argent dans cette situation. Certaines fois ils aident ceux qui n’ont pas les moyens et qui reviennent de la République dominicaine à rentrer chez eux.

Après avoir converti leur argent, les rapatriés doivent retourner à leur patelin. La motocyclette est le principal moyen utilisé pour laisser Belladère en direction de Mirebalais. Des dizaines de motocyclistes élisent domicile à ce poste frontalier. Avant le début de la crise, ces motos servaient au transport des marchandises. Aujourd’hui, ils sont convertis en taxis pour transporter les migrants. Selon John, un chauffeur de taxi-moto rencontré sur place, les passagers sont transportés à Lascahobas, à Mirebalais ou à Hinche. Il souligne qu’il faut 2 passagers sur une moto pour effectuer un voyage. « Nous pouvons réclamer jusqu’à 1000 gourdes par passager pour la course. Quand ça marche, je peux effectuer jusqu’à 3 voyages par jour », confie John, indiquant avoir transporté beaucoup de passagers depuis le début du rapatriement des Haïtiens. Comme les cambistes, les motocyclistes ne se préoccupent pas trop de leur protection contre la maladie. 

Nombreuses sont les destinations des Haïtiens rapatriés. Certains sont originaires de Jacmel, des Cayes, de Ouanaminthe, des Gonaïves, de Cap-Haïtien, entre autres. Makenson François doit se rendre à Jacmel. Ce père de 3 enfants, qui a dû laisser volontairement la République dominicaine, doit parcourir des centaines de kilomètres avant d’arriver chez lui. « Je vais prendre une moto pour me rendre à Mirebalais. De Mirebalais étant je vais prendre un bus pour me rendre à Croix-des-Bouquets. Arrivé là-bas je prendrai un mini-bus en direction de Gérald Bataille et un autre minibus en direction de Portail Léogâne. Ensuite, je prendrai un autre bus en direction de Jacmel (...) », raconte-t-il. Les moyens de transport utilisés par Makenson François ne diffèrent pas de ceux utilisés par Arnold Saintène qui doit se rendre à Deschapelles. Avec des itinéraires différents, ces rapatriés se déplacent à moto, tap-tap, bus, etc. s’introduisent dans la population, au risque de propager le virus dans le pays au cas où ils en seraient porteurs.



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