L’ONA face au Covid -19

Le directeur général de l’ONA Chesnel Pierre a répondu aux questions du journal sur les mises en place pour accueillir et délivrer leurs pensions aux personnes âgées, à risque au Covid-19. Le ralentissement des activités économiques et les perspectives de réduction des cotisations sont aussi évoquées

Publié le 2020-04-08 | lenouvelliste.com

 1- Le journal a constaté, aujourd’hui à Delmas 17, que les pensionnés, des personnes de l’âge d’or, donc à risque au Covid -19, viennent sur place pour recevoir leur pension ou rente. L’ONA envisage-t-il une autre formule de paiement plus sécuritaire dans le contexte actuel? 

R : L'ONA, comme avant-gardiste, avait déjà mis sur pied, depuis 2018, un service de livraison de rente mensuelle à domicile. Cette décision avait été prise au lendemain d'un terrible accident de la circulation ayant coûté la vie à un de nos pensionnés, octogénaire, en face du siège de l'Office.

Depuis l'instauration de l'état d'urgence sanitaire, nous avons intensifié ce service sur de nouvelles bases, pour diminuer l'affluence au bureau de Delmas 17. De plus, pour le payroll de mai 2020, nous allons utiliser la méthode du paiement par virement bancaire pour les quelques pensionnés qui en ont fait la demande.

Toutefois, pour les pensionnés qui tiennent à venir retirer personnellement leur rente, il y a un protocole établi, conforme aux consignes du gouvernement. Nous les recevons d'abord à l'Auditorium, en respectant la distanciation sociale (1,5 m) et par groupe de 10; dépendamment de l'affluence, ils sont ensuite accompagnés au service de pension. Nous recevons en moyenne 150 pensionnés par jour, en dépit du fait que le personnel travaille avec un effectif réduit, de 8h am à 2 h pm.

Par ailleurs, en mai 2019, nous avons bénéficié d'une consultation de la Commission nationale des marchés publics (CNMP) sur le processus de passation de marché dans le cadre d’un projet baptisé « ONACASH » au bénéfice des pensionnés de l’ONA.

Suite à l’évaluation des offres reçues dans le cadre de l’appel d’offres restreint national, et la validation du rapport d’analyse par la CNMP, la firme «National Payment Ecosystem S.A. (NatPay S.A.)» a été déclarée attributaire du marché. Dans cette perspective, des distributeurs automatiques de billets, du genre ATM, seront bientôt placés dans les différents bureaux de l'ONA et en d'autres points, permettant ainsi aux pensionnés d’obtenir, moyennant une carte sécurisée et pratique, de l’argent en espèces sans devoir utiliser la traditionnelle longue file d'attente ou d'entrer dans une banque.

2- Quel est le montant de la plus petite des rentes? 

R : Le montant le moins élevé de rente varie en fonction du type de pension car, à l'ONA, nous avons :

1- La pension normale, pour les personnes ayant respecté les conditions requises, à savoir, être âgé de 55 ans au moins et avoir au moins 240 mois de cotisations.  De ce groupe, il y a la pension normale proprement dite, la pension équitable et la pension d'invalidité. Le montant plancher de rente pour ce groupe est 3 360 gourdes; 

2- La pension proportionnelle, pour les personnes âgées d'au moins 55 ans qui ont accumulé une période de cotisations entre 120 et 240 mois. Le plus petit montant de rente accordé est 1 000 gourdes. Il est à signaler qu'il y a des montants inférieurs à 1,000 gourdes figurant au payroll des pensionnés, mais cela a rapport à la réversibilité de la pension accordée en cas de décès d'un pensionné. De même qu'il y a des pensionnés avec un montant de rente mensuelle supérieur à 200 000.00 gourdes.

3- Combien de pensionnés desservez-vous? 

R- Actuellement, nous desservons environ 5,542 pensionnés à travers le territoire national, et le montant total de la rente mensuelle est de 30 millions de gourdes en moyenne, et parallèlement l'ONA leur offre gratuitement une couverture d'assurance santé et décès. Il est important de préciser qu'à date, le paiement des pensions est, non seulement, régulièrement assuré par nos services, mais également effectué à la date habituelle.

4- Le ralentissement des activités économiques pourrait induire un ralentissement des cotisations. Cela vous préoccupe-t-il ?

R- Nous basculons inévitablement vers un ralentissement économique. Certaines entreprises ont fermé leurs portes; et pour celles qui tiennent encore, c'est l'effrondrement  des commandes. La crise sanitaire actuelle aura évidemment de fortes retombées économiques, qui se traduiront par des chocs différents de ceux des crises précédentes. 

Bien sûr que cela nous préoccupe, parce qu'il nous sera peut-être difficile d'atteindre les prévisions de l'exercice et de réaliser les objectifs fixés. Et nous devrons, malgré tout, faire face à nos obligations envers nos employés et nos pensionnés, et consentir des coûts fixes et opérationnels.

Si les mesures prises à date sont maintenues,  il y a une forte possibilité que les patrons et les salariés soient incapables de répondre aux exigences que leur fait la loi de contribuer dans l’agrégat 12% de la masse salariale. Certaines entreprises en difficulté nous ont, d'ailleurs, déjà adressé des demandes de report de versement de quote-parts et cotisations. Aussi, des mesures ciblées et de grande envergure sont nécessaires pour préserver les liens économiques et financiers entre travailleurs, entreprises et l'ONA, et espérer une reprise ordonnée dès la fin de la pandémie.

Alors, l'impératif du moment, pour répondre au « gap » dans les cotisations, c'est  l’exploration de nouvelles techniques de placement et l’identification d'instruments  financiers porteurs qui permettent une optimisation du rendement du patrimoine.

Le placement rationnel de ces fonds accumulés est la première ligne de bataille, parmi plusieurs autres, dans la recherche de sources capables de mitiger la chute possible des cotisations. L'ONA fera tout pour répondre à sa mission fondamentale, tout en mettant en synergie ses ressources en vue de dynamiser davantage ses services au profit des assurés.

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