Coronavirus : l’État décrète le confinement, la population crie sa faim !

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Publié le 2020-03-27 | Le Nouvelliste

Depuis l’annonce du coronavirus en Haïti, nous avons connu fermeture d’écoles, interdiction de rassemblements, fermeture des frontières. Des mesures strictes de distanciation sociale sont annoncées par les autorités haïtiennes ! Le confinement a pour but d’empêcher la propagation rapide du Covid-19. Presque la  totalité des pays de la planète adopte la même stratégie.

Mais en Haïti, peut-on combattre efficacement la pandémie sans s’engager dans la lutte à l’insécurité alimentaire ? La réponse est donnée par les milliers d’Haïtiens qui dès l’aube « brassent la rue » à la recherche de quelques gourdes ! La guerre mondiale contre le coronavirus n’évacuera pas le combat quotidien de l’Haïtien lambda contre la faim.

Le virus, cet ennemi invisible, ne peut  rendre aveugle cette mère face aux lèvres affamées qui guettent son retour salvateur, au crépuscule. Le choix est clair pour ces personnes interrogées au marché et dans les rues de la capitale : s’exposer au virus et survivre à la faim ou s’imposer la fin par une mort lente.

L’État providence n’a jamais existé en Haïti. L’État, tout court, est moribond ! Un plan d’aide aux plus vulnérables est aussi urgent que la lutte contre la pandémie. Comment confiner à résidence ces millions d’êtres affamés dans les bidonvilles insalubres qui ceinturent nos villes ?

Il ne suffira pas à l’exécutif de décréter l’état d’urgence sanitaire. « Les pays ne peuvent pas se contenter de confiner leurs populations pour enrayer l’épidémie du coronavirus ». C’est Mike Ryan, chef de l’Organisation mondiale de la santé qui crache le morceau à l’agence de presse Reuters.

L’État haïtien doit prendre ses responsabilités et la société haïtienne doit manifester sa solidarité. D’ailleurs certaines institutions comme l’ANAPA, une association agro-industrielle, et d’autres structures de la société civile sont déjà à pied d’œuvre ! Les associations patronales, les industriels, les experts en sciences humaines et les scientifiques de la santé doivent travailler en tandem avec les autorités aux différents paliers, de la municipalité à la présidence, pour répondre à cet appel. 

Pendant que certains profitent de cette situation grave et inédite pour accroitre leurs profits, d’autres commerçants, dans l’anonymat, préfèrent mettre l’épaule à la roue pour contribuer à l’effort de guerre. Non, nous ne sommes pas foutus…enfin cela dépendra de nos réponses collectives. En l’absence d’immenses capitaux, l’entraide est notre instrument clé devant cette menace.

Consommons local : fabriquons nos masques ; nos guildives peuvent nous fournir l’alcool ; nos experts en plantes du terroir… mettons le génie haïtien en fonction.

Est-il nécessaire de rappeler que nous sommes plus de 6 millions à vivre avec 2,41 $ us par jour ? Parmi nous, 2,5 millions sont dans l’extrême pauvreté, avec moins de 1,23 $ us par jour. En ces temps où la diaspora vit sa quarantaine, les transferts risquent de se raréfier. L’État haïtien et la société haïtienne sont à un tournant. Déjà, faute d’équipements de protection de base, nos hôpitaux se vident de leurs personnels soignants, au moment où ils risquent d’être débordés de patients. Nous risquons de vivre l’histoire du «cimetière-fermé-pour-cause-de-décès».

La communauté internationale s’active, également. Elle reconnaît les limites des pays comme le nôtre. « Les réponses individuelles des pays ne seront pas suffisantes », reconnaît Antonio Gutteres, secrétaire général des Nations unies. Il évoque un « Plan de réponse humanitaire mondial » assorti d’un appel de dons à hauteur de 2 milliards pour les neufs prochains mois. Il faut éviter, poursuit-il, la perspective de millions de morts dans les 54 pays les plus pauvres et donc à risques élevés. 

Pour attraper cette manne convoitée par ce peloton de pays démunis déjà population vivant dans la précarité, des plans et une diplomatie efficaces sont nécessaires. Il serait temps que les têtes bien formées soient sollicitées.

Dorénavant, comme société, nous faisons face à deux épidémies ; l’une, sectaire, dont nous ne nous occupions pas, la faim. L'autre, une menace récente mais généralisée, le coronavirus. Le hic : elles doivent être combattues en même temps, si nous espérons la victoire pour Haïti.

Aly Acacia
Auteur
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