L’ONI au service du PHTK et mise en danger de la santé publique

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Publié le 2020-03-24 | Le Nouvelliste

« Les gens vivent l’oreille collée à leur téléphone portable comme un cœur d’appoint », écrivait le poète Georges Castera. C’est à la fois folie et sagesse de demander à des milliards d’êtres humains de se confiner chez eux, de ne pas se livrer à leurs activités quotidiennes.

Voilà qu’au nom de sa survie, l’humanité, espèce sociale, ne semble avoir pour arme que la désocialisation.

Emprisonnement émotionnel pour ceux qui ne partageaient plus qu’agressivité et indifférence. Ils doivent inventer des techniques pour se supporter alors que les raisons, les désirs, les rêves à l’origine du vouloir-vivre ensemble ont disparu depuis longtemps. Il en est tant de par le monde que, sous les vieux mots de couple, famille, parentèle, seule la peur réunit dans leur cellule, et qui n’ont pour langage que les consignes sanitaires : n’oublie pas de te laver les mains.

Consigne inapplicable pour ceux qui habitent la rue, les cités ou les corridors qui ne laissent nul coin où se cacher des autres. « Enfants des corridors / enfants des courants d’air/ la vie nous a foutus dehors / le monde nous a foutus en l’air ». La chanson dit vrai, en Inde, en Haïti, en Afrique du Sud… On oublie que l’une des définitions du mot « confinement », c’est la « situation d’une population animale trop nombreuse dans un espace trop restreint ». Le paradoxe est que la misère a confiné les pauvres d’une manière telle qu’ils ne peuvent appliquer le remède miracle du « confinement sanitaire ».

Dans un très bel article, filant la métaphore de la guerre utilisée par des chefs d’État, Régis Debray rappelle qu’il faut compter parmi les victimes de la guerre le mensonge et la vérité.

Tombent quelques mensonges malgré le silence pesant sur quelques vérités. Les « démocraties » capitalistes ont du mal à cacher la précarité éconmique d’une grande partie de leur population, les effets désastreux des politiques d’affaiblissement de l’État et de la réduction des services sociaux, l’impréparation devant d’éventuelles catastrophes. Si guerre il y a, voilà longtemps que les humains se la livrent et que les intérêts immédiats de la finance et du capital ont fait du monde un merdier. Les petits déjeuners et lunchs servis dans les écoles sont nécessaires à près de trente millions d’élèves aux États-Unis pour leur assurer une alimentation décente. Et pauvre Italie abandonnée à elle-même par l’Union européenne et les États-Unis. Tiens, on dirait qu’il n’y a d’unité et d’entente que lorsqu’il s’agit d’imposer aux peuples des mesures qui protègent les riches entrepreneurs et les rois de la finance, ou d’imposer des sanctions qui aujourd’hui tournent au crime (Cuba, Venezuela…). Mais les États et gouvernements des « démocraties » capitalistes n’ont pas produit et ne peuvent pas produire une logique de solidarité entre les peuples. Ils sont même incapables de produire une logique de solidarité à l’intérieur d’eux-mêmes.  

Et cette vendeuse qui réclame qu’on ne filme pas son visage pour le montrer à Jovenel Moïse en ajoutant que si le coronavirus tue plus vite que la misère, va pour le coronavirus. Et ce Premier ministre qui prend sur lui de dénoncer un citoyen qui a exercé son droit de réclamer tests et soins. Les motivations du citoyen ne nous intéressent pas. Ce qui nous intéresse, c’est de savoir s’il a pu obtenir ces tests et ces soins. Et ces « églises fermées », ces bars de nuit-piscines-clubs. L’obscurantisme, la prostitution, les trafics, les nuisances sonores… Tout ce qu’on a laissé faire et être pendant trop longtemps. Et le gouvernement qui prône le confinement mais aligne des citoyens devant les services de l’ONI, parce que Dermalog, ça rapporte doublement. Jovenel Moïse/PHTK comptent se servir de ces cartes quand il viendra le temps de tenter de truquer des élections. Le calcul est sordide: le gouvernement lance des appels aux mesures sanitaires et met en danger la vie des citoyens. Et le règne du PHTK, sans doute celui qui a le plus travaillé à la dégradation des services de santé. Et ces milliards de dollars disparus pour pas un hôpital, un dispensaire, un lit, un masque…

Quelques-uns voudraient qu’on ne parle que du coronavirus, sans le mettre en relation avec les systèmes sociaux, les choix des dirigeants politiques. On ne peut prédire l’avenir. Mais quoi qu’écrivent et insinuent les médias occidentaux qui mettent entre guillemets l’expression « raisons humanitaires » quand il s’agit de Cuba et ne mettent pas de guillemets à « défense de la démocratie » pour une superpuissance qui appauvrit des peuples, quand viennent les crises, la différence est visible entre un État qui met le quart de son budget dans le domaine de la santé et beaucoup d’autres, riches ou pauvres.

L’urgence sanitaire et politique se confond : arrêter la mascarade des foules coincées devant les services de l’ONI. Peut-être voudra-t-on faire voter les morts lorsque la maladie les aura tués !

L’urgence humaine, elle, n’est pas qu’humanitaire. Il s’agira toujours de penser comment et pourquoi les choses sont comme elles sont dans les sociétés humaines. Avant, pendant et après le coronavirus. Nous ne fabriquons pas (tous) les virus, mais nous fabriquons les sociétés dans lesquelles ils viennent nous forcer à nous interroger sur la vie et la mort.

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