L’opposition ne décolère pas, la communauté internationale appuie le gouvernement Jouthe

Le choix unilatéral de Joseph Jouthe au poste de Premier ministre est resté en travers de la gorge des opposants, particulièrement ceux qui avaient répondu à l’appel au dialogue du président Jovenel Moïse. Sans fard, des opposants au régime Tèt Kale accueillent le remplaçant de Lapin avec des mots trempés d’acide et  de scepticisme. La communauté internationale avec les Etats-Unis en tête appuie le nouveau gouvernement .

Publié le 2020-03-04 | Le Nouvelliste

Choisi par le président Jovenel Moïse en dehors de tout accord politique au terme de plusieurs rounds de négociations politiques, le Premier ministre Joseph Jouthe, à la cérémonie d’investiture de son cabinet ministériel, au palais, mercredi 4 mars, a appelé l’opposition à la trêve.

« Les leaders politiques du pouvoir et de l’opposition sont tous mes amis. J’appelle à la trêve. Messieurs, je ne veux plus de désordre dans le pays. Je vous l’ai dit à plusieurs reprises (…) Que vous soyez de l’opposition radicale ou modérée, vous êtes mes amis. Je ne trahis pas mes amis, mais laissez-moi en paix », a lâché le Premier ministre Joseph Jouthe.

« Bluffeur démasqué »

La réponse de Paul Denis à l’appel à la trêve est sans équivoque : « Nous avons besoin de la paix pour stopper la machine mise en place pour détruire le pays. » Paul Denis a dézingué le président Jovenel Moïse qui a fait tomber le masque de celui qui veut le dialogue lorsqu’il a choisi Joseph Jouthe en dehors de tout accord politique.

« Je savais de longue date que Jovenel Moïse était un bluffeur », a poursuivi Paul Denis, qui dit avoir choisi de dialoguer avec Jovenel Moïse pour montrer effectivement que celui-ci ne croit pas au dialogue pour résoudre les problèmes.  

Au combat, pas de trêve

Le porte-parole du Secteur démocratique, Me André Michel, a souligné que la manière dont a été choisi Joseph Jouthe donne raison aux structures politiques qui avaient boudé les discussions politiques et rejeté tout appel à la trêve. « À partir du moment où monsieur Jouthe Joseph devient Premier ministre dans ces conditions, il devient un adversaire politique de l’opposition. Il sera combattu correctement et sans concession. Il n’y aura pas de trêve. Nous sommes déjà en ordre de bataille », a confié au journal Me André Michel.

« Heureusement que le Secteur démocratique et populaire et l’Alternative consensuelle avaient refusé de participer à ces discussions. Aujourd’hui, il est clair pour tout le monde que nous avons eu raison. Jovenel Moïse a roulé dans la farine celles et ceux qui avaient accepté de s’asseoir avec lui alors qu’il aurait dû consolider quelque chose avec eux. Cela ne fera qu’aggraver la crise », a indiqué Me André Michel, qui souligne qu’il ne connait pas personnellement le Premier ministre Joseph Jouthe. 

Pas de trêve sans accord

L’ex-sénatrice et leader de la Fusion des sociaux-démocrates, Edmonde Supplice Beauzile, a indiqué que « c’est un accord politique qui permet de déboucher sur une trêve ». La responsable de la Fusion, qui avait participé aux discussions politiques à la nonciature apostolique, a dénoncé « l’arrogance » du pouvoir qui est en mode « adelante ». « Nous avons participé aux discussions de la nonciature dans l’espoir de trouver un accord politique pour donner une autre orientation au pays en discutant avec les partis proches du pouvoir », a ajouté Edmonde Supplice Beauzile, estimant que personne ne perdra leur temps ni avec Jovenel Moïse ni avec Joseph Jouthe. « Je ne  connais pas M. Jouthe . Il n’est pas connu des gens de mon entourage non plus ». « Malheureusement Haïti continuera de s’enfoncer dans la crise », a déploré cette responsable politique, interrogée par le journal. 

Tout droit vers la catastrophe

Le président de Lapeh, l’ex-sénateur Jean Hector Anacacis, en interview sur Magik 9, est tout, sauf optimiste pour l’avenir. « C’est maintenant que le président Jovenel Moïse va expérimenter ce que c’est que la bataille politique en Haïti. Ce qu’il avait vécu dans la période de «peyi lòk» n’était rien par rapport à ce qu’il va vivre (…) La bataille politique va être beaucoup plus serrée. Le président va devenir fou », a-t-il prédit, pronostiquant que « nous allons tout droit vers une catastrophe ».

Joseph Jouthe, continuité du système

Joël Edouard Vorbe, membre du directoire du Parti Fanmi lavalas, a indiqué être dans le rejet de la continuité qu’incarne le Premier ministre Joseph Jouthe ainsi que son cabinet ministériel. « Nous pensons qu’il y a là la continuation d’un système qui ne fait qu’apporter misère, chômage, insécurité, corruption, injustice à la population. Nous restons attachés à l’idée d’une transition réformatrice pour permettre d’aborder les vrais problèmes de la nation », a-t-il confié au journal.  

Silence radio

Le président du PHTK, Liné Sainphor Balthazar, contacté par le journal, n’a pas souhaité émettre de commentaire sur la conjoncture, l’installation du gouvernement et l’appel à la trêve lancé par le Premier ministre Joseph Jouthe.  

Jovenel Moïse a doublé tout le monde

« Le président Moïse a choisi M. Jouthe comme Premier ministre sans consultation avec les protagonistes qui étaient autour de la table des négociations. Jusqu’à vendredi dernier, des réunions tenues ont donné quelques résultats au point qu’on disait que l’accord devait être signé ce mercredi ou vendredi au plus tard. Le président, contre toute attente, a décidé de manière unilatérale de nommer le Premier ministre sans tenir compte du mécanisme qui avait été prévu au niveau des négociations. Ce mécanisme indiquait que les différentes composantes prenant part au dialogue , accord Marriot, accord de Kinam, les partis non alignés et les organisations de la société civile allaient choisir de manière consensuelle entre quatre et sept personnalités pour les présenter au président de la République qui choisirait l’une d’elle », a expliqué Rosny Desroches. « Le président n’a pas tenu compte de cela. Il s’est empressé de choisir son Premier ministre », a-t-il poursuivi.

Oui à la trêve

Sur l’appel à la trêve lancé par le Premier ministre Joseph Jouthe, Rosny Desroches a indiqué que « nous avons besoin d’une trêve de toute façon parce que le pays ne peut supporter ni des grèves à répétition ni de «peyi lòk ». « Le pays est à genoux à un moment où nous avons tant de menaces sur le plan sanitaire, ce n’est pas le moment de lancer les hostilités. L’appel à la trêve est normal et indiqué », a-t-il recommandé en se demandant si ce gouvernement, sans accord politique, sans consensus, aura la légitimité d'atténuer les grands problèmes auxquels le pays est confronté.

Appui et exhortation des Américains

Entre-temps, alors que beaucoup d’acteurs politiques expriment colère et scepticisme, les États-Unis, inconditionnel allié du président Moïse, ont apporté leur soutien au gouvernement. « Les États-Unis sont prêts à travailler avec le nouveau gouvernement d’Haïti et son Premier ministre », a fait savoir l’ambassade américaine dans une déclaration postée sur son compte Twitter, mercredi 4 mars 2020, quelques heures après la cérémonie d’investiture du cabinet ministériel que dirige Joseph Jouthe, ex-ministre a. i des Finances et de l’Environnement.

 « Les États-Unis exhortent le gouvernement haïtien à répondre aux besoins de la population haïtienne en adressant de façon urgente les questions relatives à la sécurité publique, à la relance de la croissance économique et à l’organisation d’élections législatives libres, équitables et crédibles aussi qu’il sera techniquement possible de les tenir », lit-on dans cette déclaration.

Quelques heures après la nomination du nouveau Premier ministre, Joseph Jouthe, le cinquième choisi par Jovenel Moïse pour occuper le poste de chef de gouvernement, le compte Twitter @USAID_Haiti avait posté ce message : « Nou panse yon peyi p ap janm kapab reyalize tout potansyèl devlopman li san yon gouvènman ki dirije ak sitwayen ki bay tèt yo misyon pou ede sitwayen ».

Durant plusieurs mois, les États-Unis ont appelé à la mise en place d’un gouvernement fonctionnel pour faire face aux défis auxquels Haïti est confronté.

Les principaux représentants de la communauté internationale en Haïti étaient présents à la cérémonie d’investiture du cabinet ministériel qui n’est issu d’aucun accord politique après plusieurs séries de discussions entre des alliés de Tèt Kale et des partis dits de l’opposition modérée.

La situation sécuritaire du pays se détériore. En 2019, le pays est entré en récession économique sur fond d’aggravation des indicateurs macroéconomiques. La gourde poursuit sa chute par rapport au dollar (+ 95 gourdes pour 1 dollar) et les prix grimpent avec une inflation supérieure à 19 %. Plus de 4 millions d’Haïtiens sont en situation d’insécurité alimentaire.

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