Un week-end chaud : carnage, kidnapping, incendie et débandade des blindés de la PNH

Au moins 18 personnes ont été tuées dans des incidents violents à la capitale et en province, ce dernier week-end de février. Si les kidnappings et tentatives de kidnapping se sont poursuivis et la débandade des blindés neufs, utilisés dans une opération contre les bandits de Village-de-Dieu, a été largement commentée sur les réseaux sociaux, c’est toute la fin de semaine qui a été chaude. 

Publié le 2020-03-02 | Le Nouvelliste

Quatre hommes ont été tués par balle à la rue des Miracles, le samedi 29 février 2020. L’acte est imputé par des témoins à des membres d’un gang dénommé « Krache Dife ». Le constat légal des cadavres a été effectué par le juge de paix titulaire de la section Nord, Me Noël, a confié au journal le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Jacques Lafontant. Le magistrat a verbalisé les cadavres de deux autres personnes tuées au niveau de la grand-rue, non loin de la rue Pavée et dans les parages de la cathédrale, a poursuivi le commissaire du gouvernement. « Je n’ai pas de précisions. Je ne sais pas si ces deux cadavres sont liés aux homicides perpétrés à la rue des Miracles », a indiqué Me Jacques Lafontant, interrogé samedi en début de soirée.

Plus tard, le même samedi, quatre personnes ont été tuées par balle à Pétion-Ville. Le commissaire responsable du commissariat de Pétion-Ville, interrogé dimanche matin par Le Nouvelliste, a confirmé ces décès. Trois personnes ont été tuées non loin du cimetière désaffecté, a-t-il précisé. Le journal a appris de sources combinées que des personnes ont l’habitude de se faire braquer dans ce secteur.

En province, il y a eu aussi des morts. À Boucan Carré, dans le bas Plateau central, quatre hommes, Rodrigue Policier, son frère Sayofe Policier, Louis Willy et Joseph Paul, interpellés la veille à Grabay, 2e section, et gardés à vue au commissariat aux ordres de la justice à cause de leur implication présumée dans un kidnapping, ont été extirpés samedi de leur cellule par une foule en colère et tués. Leurs corps ont été brûlés, a confié au Nouvelliste le juge de paix titulaire de Boucan Carré, Degrave Hosnac. L’intervention de la police chez les suspects avait permis de trouver un revolver de calibre 38 et cinq cartouches, a confié le juge de paix. Le journal a appris que quatre autres hommes ont été tués, lapidés dans le bas Artibonite, non loin de Petite-Rivière de l’Artibonite. Le journal n’a pas pu obtenir d’autres informations. Mais une source proche du tribunal de Petite-Rivière a expliqué qu’un regroupement composés d’hommes venus de Nan Palmis, de Jean Denis, de Barrage... a décidé de s’attaquer au gang Savien (baz Gran Grif). Les bandits de Savien sont réputés être des voleurs et des kidnappeurs qui sèment la terreur.

Les images du carnage de la rue des Miracles ont circulé sur les réseaux sociaux. On voit les corps sans vie de quatre jeunes hommes baignant dans leur sang. Des témoins affirment que les auteurs de ce carnage perpétré en plein jour dans cette rue très fréquentée du centre commercial de la ville étaient à la «recherche d’un certain « Ti chèf ». Il ne figurerait pas parmi les victimes. Quelques heures plus tôt, avant les images de ces hommes gisant dans des flaques de sang, c’est la débandade de la police qui faisait des gorges chaudes. Des éléments d’unités spécialisées, appuyées par les nouveaux blindés récemment acquis par la PNH, ont été repoussés par les bandits du gang «5 Secondes » opérant à Village-de-Dieu. Plusieurs blindés ont battu en retraite sous les feux nourris des bandits de ce village. Les pneus de plusieurs blindés ont été crevés. Sur certains de ces blindés, reçus en grande pompe par le président Jovenel Moïse, le Premier ministre Jean Michel Lapin et d’autres chefs, le vendredi 21 février dernier, il y a plusieurs impacts de balles sur les véhicules. Des projectiles ont traversé certaines parties de ces véhicules, peut-on constater sur des photos postées sur les réseaux sociaux. Suite à cette déroute apparente, la police a été tournée en dérision par certains. « Des blindés évacués sur des civières », « yo blende blende yo » sont parmi des commentaires.

Des publications ont aussi expliqué qu’il y a différents niveaux de blindage et que le blindage sur ce modèle de blindé léger est fait pour protéger les deux passagers assis à l’avant et les six membres d’équipage. Aux premières heures de la matinée, la police avait mobilisé une centaine d’hommes, dont ceux du GIPNH, de la BRI pour intervenir dans ce quartier devenu zone de non- droit et cachette utilisée par des kidnappeurs depuis un certain temps. « Il n’y pas encore de bilan. L’opération n’est pas encore terminée », a confié une source de la PNH autour de 6 heures p.m. samedi soir. En dépit de la débandade, notre source policière s’est réjouie que les policiers impliqués dans cette opération aient pu disposer de ces blindés. Sinon, les pertes dans nos rangs seraient importantes, a-t-elle poursuivi, décrivant des tactiques de guérilla urbaine utilisées par les bandits de Village-de-Dieu.

Le porte-parole de la PNH, Michel-Ange Louis-Jeune, joint par téléphone dimanche matin, a confié être en train de collecter des informations sur l’opération. Il a indiqué qu’il n’y a pas eu de blessés dans les deux camps. Aucune arrestation n’a été effectuée. Le porte-parole de la PNH a indiqué que des gens peuvent avoir leur opinion et affirmer que cette opération est une « débandade », mais, pour lui, ce n’est pas le cas. Les habitants de Village-de-Dieu ont vu la présence de la police, a-t-il indiqué. Dans des extraits sonores partagés sur les réseaux sociaux, on entend un bandit dénommé « Krapo» narguer la police, incapable de reprendre le contrôle de ce village. Plusieurs opérations effectuées à Village-de-Dieu ces derniers mois se sont soldées par des échecs. Il y a plus d’une semaine, lors du grand oral sur Haïti, au Conseil de sécurité, la militante des droits de l’homme Marie Yolène Gilles, l’une des responsables de la Fondation Je Klere, avait peint un climat de la détérioration des droits humains et d’affaiblissement de l’État de droit. Sans détour, Marie Yolène Gilles avait indiqué que beaucoup d’Haïtiens sont victimes de kidnapping contre rançon, de viol…

23 gangs armés sont disséminés dans la capitale, Port-au-Prince et 1/3 du territoire est sous le contrôle des gangs. Les fiefs des gangs sont devenus inaccessibles à la police. « Nous avons été témoins de tueries odieuses, des décapitations, des viols, la corruption », avait détaillé Marie Yolène Gilles.

Cette fin de semaine, les kidnappings se sont poursuivis. Si une Française travaillant pour l’ONU, enlevée à Juvénat, a été libérée récemment contre le versement de rançon, les réseaux sociaux ont fait état, images vidéo à l’appui, de plusieurs tentatives de kidnapping. Il y a aussi d’autres cas dont on n’entend pas parler, a appris le journal comme celui d’un jeune fonctionnaire de l’État kidnappé depuis un mois. La famille est sans nouvelle de lui, a confié au journal un de ses collègues. « Il a été enlevé à Delmas 60. Il a résisté à ses ravisseurs qui lui ont logé une balle dans la jambe », a expliqué ce collègue.

Samedi soir, à la grand-rue, le feu a ravagé le cœur de Ghetto Biennale et l’atelier de l’artiste Guyodo. Les premières informations indiquent que quelque 2 000 œuvres de l’artiste Guyodo sont parties en fumée. Ces artistes qui réalisent des œuvres avec des matériaux recyclés sont reconnus hors de nos frontières.

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