Ce ne sont pas des stands de carnaval qui brûlent, c’est bien plus que ça

Publié le 2020-02-17 | lenouvelliste.com

Deux images. Terribles. Insoutenables dans ce qu’elles laissent entrevoir.

Des policiers, au cours d’une manifestation annoncée, dégainent et tirent à n’en plus finir devant les locaux de la Direction générale de Police nationale d’Haïti, leur quartier général. Cela s’est passé en milieu de journée, au cœur de Pétion-Ville.

Quelques heures plus tard, une dizaine de kilomètres après son lancement, la marche arrive au Champ de Mars, au cœur de la capitale haïtienne.

L’après-midi s’achève quand, à quelques mètres du Palais national et des plus grandes garnisons du pays, des policiers en colère, après avoir menacé depuis Pétion-Ville de s’en prendre au carnaval, incendient le stand présidentiel en premier.

Le brasier s’étend à toutes les constructions du même type érigées sur le parcours attendu du carnaval prévu pour les 23-24-25 février prochains. Le feu fait son œuvre. Spectaculaire. Crépusculaire. Personne n’intervient. Ni les sapeurs-pompiers stationnés à quelques mètres ni les corps spécialisés de la Police nationale d’Haïti.

Ce lundi 17 février, alors que le pays se retient de vivre tant l’insécurité est forte, les kidnappings nombreux, la gourde sans force, la vie chère opulente, l’incertitude immense, c’est la police qui ajoute son clou dans le décor avec deux images.

Deux images terribles et insoutenables par ce qu’elles laissent deviner : une insatisfaction, une colère, une perte de contrôle, une rébellion, une chute, une révolution, un effondrement.

Ce n’est pas le carnaval qui part en fumée, c’est la cohésion nationale qui se consume sur le bûcher de nos égos.

La police, qui s’exprime par la voix des policiers du syndicat en formation, est cette institution sur qui repose le pouvoir et nos chefs depuis des mois et des mois. C’est une institution à bout de nerfs et exténuée. Des hommes et femmes insatisfaits de leur sort qui assistent depuis des mois et des mois à la mainmise d’agences de sécurité privées, des fois étrangères, sur le beurre alors qu’eux n’ont que la poussière et les responsabilités, sans les moyens.

Ce qui s’est passé au Champ de Mars ce 17 février marque un tournant. Ce ne sont pas des stands qui ont brûlé. C’est bien plus que ça.



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