«Kot kòb PetwoKaribe a ?», la réponse de Wilson Laleau

L’économiste Wilson Laleau, l’un des acteurs clés du quinquennat de l’ancien président Michel Martelly pour avoir occupé tour à tour les fonctions de ministre du Commerce et de l’Industrie et ministre de l’Economie et des Finances, est l’une des principales cibles des petrochallangers. À leur question, kot lajan PetwoKaribe a ? Wilson Laleau donne sa réponse dans un ouvrage intitulé : « Haïti, PetroCaribe et ses déraisons » publié en novembre 2019.

Publié le 2020-02-12 | Le Nouvelliste

« Où est passé l’argent de PetroCaribe ? C’est sous ce cri de ralliement que des milliers de personnes ont foulé le macadam pour protester contre l’utilisation jugée abusive de ce fonds », rappelle Wilson Laleau dans son ouvrage qui retrace son passage dans l’administration Michel Martelly. L’auteur, qui a été ministre de l'Economie et des Finances et aussi du Commerce sous l'administration de Michel Martelly, estime que les ressources de PetroCaribe ont été distribuées sur un trop grand nombre de projets de petite taille pour essayer de satisfaire tout le monde à court terme au lieu d’engager quelques projets d’envergure qui auraient catalysé les investissements privés et favorisé la relance durable de l’économie. « La préférence visiblement a été donnée au social », précise Wilson Laleau, soulignant que ce choix était assumé par tous les acteurs politiques au pouvoir à quelque bord qu’ils appartiennent.

L’ancien ministre de l’Économie et des Finances ne dit pas ce qu’il souhaite dans le cas du dossier PetroCaribe, mais il constate que les gens de bonne foi souhaitent la réalisation d’une enquête minutieuse et responsable sur l’ensemble des 409 projets, pris l'un après l’autre, pour en tirer un bilan indiscutable. Wilson Laleau prodigue aussi des conseils sur la façon de mener l’enquête. « Isoler ceux qui sont terminés pour lesquels il n’y a pas de problème de ceux qui ne sont pas terminés pour des raisons d’absence de fonds ou ceux qui sont arrêtés pour d’autres raisons techniques ou liés à d’éventuels gaspillages de ressources », recommande-t-il.

Quelle utilisation a-t-on fait des ressources générées par PetroCaribe ?

Selon les données de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif citées par Wilson Laleau, 219 livraisons pour un volume total de 43.9 millions de barils de carburant ont été effectuées et commercialisées en Haïti entre le 5 mars 2008, date de l’arrivage de la première cargaison de pétrole, au 14 avril 2018, date de l’arrivage de la dernière cargaison. À cela, il faut ajouter six cargaisons d’asphalte et trois cargaisons de mazout. « L’ensemble de ces produits livrés et vendus a généré un cumul de ressources de l’ordre de 4 milliards, 237 millions, 598 mille, 789.12 dollars américains », rapporte l’ancien ministre, soulignant que 2 258 796 683, 56$ de cette somme constituent le financement ou prêt à long terme remboursable sur une période de 17 à 25 ans.

De septembre 2008 à septembre 2016, la CSCCA a recensé 409 projets provenant de 14 résolutions prises en Conseil des ministres. Les projets, écrit Wilson Laleau, sont ainsi répartis : la mise en place d’un parc d’équipements à travers le CNE, la réhabilitation et construction de bâtiments publics (6 projets) ; quatre projets relatifs à la police et à la sécurité publique ; construction d’hôpitaux, construction de 28 lycées, dont neuf sont toujours en construction pour cause de cessation de financement ;  26 projets d’aménagement ou de construction d’infrastructures sportives, dont six non achevées ; projet de drainage et de protection de berges des rivières, construction de ponts, de marchés publics (7), dont 2 non terminés ; projets de construction d’électrification et d’éclairage (3), dont 2 non complétés ; projet en support à l’agriculture (5) ; réhabilitation et modernisation d’aéroports (4), dont deux terminés ; développement intégré de Jacmel (24 projets) ; développement touristique intégré de l’île-à-Vache (31 projets), EDE-PEP programme national d’assistance sociale ou de lutte contre la pauvreté (9), etc.  

Selon les conclusions de l’ancien directeur de cabinet du président Jovenel Moïse, les ressources de PetroCaribe ont servi davantage de variable d’ajustement politique que d'instrument du développement. « Leur principale fonction a été de garantir la stabilité de la majorité gouvernementale », écrit Laleau. Poursuivant : « Chaque député, chaque sénateur doit bénéficier d’un projet dans sa commune, dans son département… À mauvaise planification correspond un processus budgétaire complètement inadéquat ».

Wilson Laleau, comme tous ceux qui dénoncent le gaspillage du fonds PetroCaribe, reconnaît que les ressources exceptionnelles provenant dudit fonds n’ont pas été utilisées de manière optimale et suivant un plan stratégique prédéfini. « La vérité, c’est que les pressions politiques et les urgences ont eu raison du Plan stratégique de développement d’Haïti (PSDH, 2012) élaboré par le ministère de la Planification et validé par tous les acteurs sociaux », avance Wilson Laleau. L'économiste a par ailleurs admis que certaines critiques émises sur la gestion du programme PetroCaribe  tel qu’il a été reçu et exploité en Haïti ne sont pas infondées. « La pression des circonstances et la préférence pour le court terme n’ont pas permis d’utiliser ces ressources comme levier pour établir des mécanismes financiers à la hauteur des défis que nous avions à relever », fait-il remarquer.

La subvention des produits pétroliers, 1er poste de dépenses du fonds PetroCaribe

D’après Wilson Laleau, 612 millions de dollars, soit 25,6% de l’ensemble des ressources PetroCaribe collectées, ont servi à payer des subventions de l’État pour les dettes de l’EDH. De ce montant, révèle-t-il, 425, 4 millions constituent la dette des centrales bolivariennes installées au Cap-Haïtien, aux Gonaïves et à Carrefour envers l’EDH et les 186.7 millions restants représentent le coût de l’énergie vendue par SOGENER que l’EDH n’a pas pu rembourser.

La subvention du prix des produits pétroliers représente, d’après l’ancien ministre du Commerce et de l’Industrie, une autre source importante de perte de ressources PetroCaribe. « De mars 2010, après le tremblement de terre à juillet 2019, les subventions totales (pertes de recette) + remboursement des compagnies pétrolières pour maintenir constants les prix à la pompe) accordées par l’Etat sur les produits pétroliers totalisent à 84,6 milliards de gourdes », précise Wilson Laleau. Il a par ailleurs ajouté que le montant de subvention des produits pétroliers pour les 10 premiers mois de l’exercice 2019 a dépassé 27 milliards de gourdes. « Ce montant est plus important que les budgets des ministères de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, de l’Agriculture, de la Santé réunis ».

L’instrumentalisation du dossier PetroCaribe ?

Si pour Wilson Laleau certaines revendications liées au dossier PetroCaribe sont fondées, il dénonce par ailleurs une instrumentalisation dudit dossier. Pour lui, l’instrumentalisation qui est faite du dossier témoigne d’une ignorance profonde des procédures en vigueur dans l’administration publique. « La désignation scénarisée et médiatisée de coupables, c’est-à-dire tous ceux qui ont exercé une responsabilité publique et, en particulier, ceux qui ont refusé d’intégrer ‘’la bonne équipe’’ et contre lesquels on mobilise l’opinion publique, ne peut que déplacer le problème », écrit Wilson Laleau, précisant que la société haïtienne gagnerait à ce que l’on fasse un exemple de ce dossier pour éviter que cela ne se reproduise plus.

Dans le cadre du dossier PetroCaribe, l’ancien chef de cabinet du président Jovenel Moïse dénonce la fabrication de l’opinion publique contre lui. En effet, il a indiqué qu’un message haineux le concernant a été diffusé 52 fois sur les réseaux sociaux le mercredi 17 août 2019. « Dans ce message, il m’est reproché mes liens de parenté avec un individu qui serait impliqué dans des transactions frauduleuses à la Primature à la solde d’un sénateur de la République », fait-il savoir. Et d'ajouter : « C’est le même procédé qui avait été utilisé au moment de la nomination du Premier ministre William Michel, présenté comme un membre de ma famille. Ils vont même jusqu’à me trouver des liens de parenté avec le couple présidentiel ».

Wilson Laleau cite aussi d’autres messages qui visaient à salir son image. « On laissait entendre que j’aurais utilisé de l’argent du fonds de la BID, du FIDA et du fonds PetroCaribe pour financer la campagne de Jovenel Moïse », précise l’ancien ministre, attribuant cette stratégie à un laboratoire à la solde de quelques politiciens malhonnêtes, maître chanteurs et de fripons vivant d’escroqueries et de procédés indélicats, spécialisés dans la production des faits alternatifs, les «fake news».

Pour l’ancien ministre des Finances et de l’Économie, PetroCaribe, dès sa réception en Haïti, a toujours été utilisé comme prétexte dans toutes les batailles. Le gouvernement de Michèle D. Pierre-Louis en est la première victime. M. Laleau croit que l’utilisation faite du dossier PetroCaribe ces derniers temps rentre dans cette stratégie.

Dans le second rapport sénatorial sur le dossier PetroCaribe, il a été recommandé de mettre l’action publique en mouvement contre Wilson Laleau pour détournement ou dilapidation de deniers publics. « Pour ceux qui prennent le soin d’analyser la démarche de ces sénateurs, il devient évident que la lutte contre la corruption n’est pas leur vraie motivation. Ce qu’ils recherchent, c’est le scandale. Ternir l’image de certaines personnes avec lesquelles ils veulent régler des comptes personnels ou politiques, leur causer un maximum de torts psychologiques et sociaux », écrit Wilson Laleau après avoir expliqué les torts que le dossier PetroCaribe lui a causés.

Haïti, PetroCaribe et ses déraisons : manifeste pour une éthique de responsabilité a été publié par Wilson Laleau en novembre 2019. L’ouvrage est préfacé par le journaliste Pierre-Raymond Dumas, ancien ministre de la Culture et de la Communication sous l’administration Martelly/Conille.

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