Jovenel Moïse comprend-il la symbolique du 7 février ?

Publié le 2020-02-06 | Le Nouvelliste

Le 7 février devrait être un jour de fête et d’espérances pour le pays. De fête car cette date marque la fin de la dictature des Duvalier en 1986. D’espérances parce qu’elle inaugure le début d’une ère pour construire un avenir meilleur pour tous les Haïtiens.

Le 7 février coïncide, par décision de la Constitution de 1987, avec le jour de prestation de serment de nos présidents élus et constitue leur anniversaire de prise du pouvoir, une action partisane, au lieu d’être la date rassembleuse de 1986.

Nous avons changé de symbolique. Chaque 7 février fait des heureux et des mécontents.

Malheureusement pour nous, le bilan de nos présidents est rarement assez bon pour permettre la grande fête. Encore moins la double fête. Il y en a même qui estiment que de la dictature à la démocratie le pays n’a pas gagné au change. Ceux qui expriment ainsi leur opinion grâce à la démocratie n’ont pas connu la période de la dictature ou étaient des bénéficiaires ou acteurs de la dictature.

Tout comme l’esclavage n’était pas une condition souhaitable avant 1804, en dépit de ceux qu’il enrichissait, de même la dictature n’était pas viable en dépit des jouisseurs qui se réjouissaient de ses avantages.

Cela dit, en 2020, longtemps après la chute de Jean-Claude Duvalier, rien de ce qui ne marche pas bien en Haïti ne peut être imputable, plus de trente ans plus tard, aux Duvalier. Les démocrates ont fait leurs propres erreurs et ratages. Ils les ont accumulés même.

Ce 7 février, nous nous retrouvons avec un président qui ne peut pas honorer sa principale promesse. Celle de donner de l’électricité 24/24 à tous les Haïtiens. Son gouvernement n’y arrive pas, ce dans aucune région du pays. La sécurité, premier des biens publics, est en panne. La corruption n’est pas combattue. La faim s’étend. La mauvaise gouvernance aussi. L’Etat ne sait pas quoi faire avec l’éducation, avec l’enseignement, avec la formation universitaire et professionnelle. Haïti perd chaque année des places dans tous les indices, dans tous les classements, dans toutes les compétitions. La pauvreté, le mieux-être, le bonheur ne sont ni poursuivis ni à l’horizon. La misère s’installe. Seuls les transferts de la diaspora font fonctionner le pays.

Pour compliquer encore plus la situation, il n’y a pas de gouvernement légitime, pas de budget régulièrement adopté, pas de Parlement, pas d’élections à l’horizon, pas d’accord politique solide en construction, pas de grands projets financés par l’aide internationale. Il n’y a même pas depuis un an un programme, une ligne, un projet. Haïti survit. Personne ne sait comment. Cela tient de la proverbiale résilience ou du miracle. Dans les deux cas, cela n’est pas viable.

En ce 7 février, il faut prêter attention à la solution que l’exécutif présente comme le palliatif : donner plus de pouvoir au chef de l’Etat et tout sera réglé. Le chef de l’Etat nous invite ouvertement à revenir en arrière. Cela tente même des esprits chagrins d’une période d’or idéalisée.

C’est méconnaître l’histoire de ce pays. Les Duvalier, père et fils, ont eu tous les pouvoirs pendant plus de trente ans, Haïti s’est-il développé à l’époque ? Étions-nous un pays plus riche ? Une nation plus prospère ? Les présidents militaires de la transition avaient les pleins pouvoirs. Qu’en ont-ils fait ?

Le relèvement d’Haïti, la construction de la nation, la démocratisation et le développement ne peuvent pas passer par un pouvoir plus fort et plus concentré entre les mains d’un président quel qu’il soit même si tous les présidents des dernières années se sont plaints de ne pas pouvoir faire plus parce qu’ils n’avaient pas assez de pouvoir.

Ce 7 février nous rappelle avec insistance que le pays ne sera pas sauvé par un être providentiel, quel qu’il fût. Celui qui est parti un 7 février, comme ceux qui ont prêté serment un 7 février nous le rappelle chaque jour. Les faiblesses de leur opposants aussi.

L’histoire d’Haïti de ces 30-50-70 dernières années nous prouve que le mécanisme à mettre en place pour construire un pays est plus complexe qu’une simple affaire de pouvoir. Tous les présidents des soixante-dix dernières années ont réussi à trouver une partie du puzzle. Chacun a fait sa part, jamais assez.

La recherche de la clé pour mieux faire, de la formule pour réussir ce puzzle d’un milliard de pièces, devrait être la préoccupation du président actuel comme de ceux à venir. Le pouvoir, tous les pouvoirs dans une seule main, n’est ni la formule idéale, ni la formule magique, ni le passe-partout qui ouvrira toutes les serrures qui nous empêchent d’avancer vers la démocratisation et le développement.

Le 7 février, depuis 1986, nous rappelle nos ratés. Ceux des Duvalier comme ceux de l’après-Duvalier. Il souligne les ratages des dictateurs comme ceux des démocrates. Il faut chercher le meilleur des deux mondes pour avancer, pas tenter de revenir aux pires des deux systèmes.

Il y a tout un symbolisme dans le 7 février. On ne doit pas se tromper de lecture. Les Duvalier et tous ceux qui se sont succédé au pouvoir depuis ne sont pas partis, certains sans regret aucun pour la population, parce qu’ils nous gouvernaient bien, mais à cause de leurs échecs répétés.

Frantz Duval
Auteur
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