Festival international de jazz de Port-au-Prince/14e édition

Le bonheur d'écouter Dee Dee Bridgewater

Publié le 2020-01-20 | lenouvelliste.com

Sur la scène d’Heineken, à l’hôtel Karibe, au lever de rideau du Papjazz, le samedi 18 janvier, la chanteuse de jazz américaine Dee Dee Bridgewater a donné une dimension inégalée au festival international de Jazz de Port-au-Prince. C’est une professionnelle racée qui nous a fait découvrir les standards de jazz de tous les temps. On sent la patte des grands jazzmen avec qui elle a évolué à l’âge d’or du jazz aux côtés de Dizzy Gillespie, Sonny Rollins, Dexter Gordon, Max Roach et pourquoi ne pas dire aussi son père, le trompettiste de jazz, Matthew Garret, qui a enseigné au collège de Manassas ?

Dee Dee, récipiendaire de trois Grammy awards et d’un Tony award, nous a emmenés avec ravissement vers des airs qui bercent l’univers des jazzophiles. Un parfum de bonheur flottait dans l’air quand elle s’est mise à entonner la chanson à succès de Sarah Vaughan « Sometimes I’m happy ». On fredonnait cet air avec cette voix afroblues.

« Sometimes I'm happy, sometimes I'm blue
My disposition depends on you
I never mind the rain from the sky
If I can find the sun in your eyes

Sometimes I love you, sometimes I hate you
But when I hate you, it's 'cause I love you».

Le temps d’une virée dans les années 50, elle nous a pris par sa voix pour nous conduire vers des étoiles. On en avait plein les yeux : la grande Ella Fitzgerald, Billy Holiday et le monstre sacré du jazz, Louis Armstrong.

Dee Dee, comme Ella ; Dee, comme Armstrong, a le goût du scat et des vocalese. Elle scande des onomatopées étourdissantes qui lui ont valu des tonnerres d’applaudissements. Elle imite à la perfection le timbre des instruments et leur accorde un langage rempli de clefs polysémiques. C’était un bonheur de voir cette femme à la boule à zéro, sensuelle, assortie de grosses lunettes noires chanter avec une verve puissante les répertoires qui donnent envie de chanter la vie. Elle nous a emmenés à Paris. On a rencontré Charles Trenet qui nous berce toujours avec cette chanson qui peint la mer comme une peinture impressionniste.

 « La mer
Qu'on voit danser
Le long des golfes clairs
A des reflets d'argent
La mer
Des reflets changeants
Sous la pluie

La mer
Au ciel d'été
Confond ses blancs moutons
Avec les anges si purs
La mer
Bergère d'azur, infinie ».

Say si bon la sensation d’écouter une Américaine chanter Trenet.

Même amour pour « A foggy day » qui raconte l’histoire de cet étranger à Londres. S’apitoyant sur son sort, ne sachant que faire dans cette ville qui lui offre des perspectives bleues.

« I was a stranger in the city
Out of town were the people I knew
I had that feeling of self-pity
What to do, what to do, what to do
The outlook was decidedly blue

But as I walked through the foggy streets alone
It turned out to be the luckiest day I've known»

Le temps de cette chanson se sont profilées les voix de la grande Ella et d’Armstrong, des étoiles qui guident le ciel du jazz.

Dee Dee Bridgewater était heureuse de prendre part à ce festival. Papjazz lui a offert l’occasion en or de venir en Haïti. Cela fait quarante ans qu’elle rêvait de fouler le sol national. La chanteuse de Memphis dans le Tennesse, qui fêtera ses 70 ans en mai prochain, a réalisé son rêve. Croisons les doigts pour que Dee Dee revienne à la 15e édition du Festival international de jazz de Port-au-Prince.



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