La reconstruction du palais est un message fort pour reconstruire nos villes, selon Cassandre Méhu de Raco Deco

Publié le 2020-01-23 | lenouvelliste.com

L’architecte Cassandre Méhu est responsable de la firme Raco Deco qui a remporté avec la firme Adjaye et associés le concours d’architecture relatif à la reconstruction du Palais national. Invitée à la matinale de Magik9 ce mardi, elle a présenté son projet et est revenu sur sa collaboration avec l’architecte de renommée mondiale David Adjaye. 

Mme Méhu indique que son équipe a respecté à la lettre les dossiers techniques fournis par le Groupe de travail sur la reconstruction du palais national (GTRPN). « À partir de ces détails, avec la firme Adjaye, nous avons passé tous ces points au peigne fin. Nous avons mis l'accent sur la partie historique, la partie urbaine, les détails personnels au palais entre autres. Nous avons travaillé avec David Adjaye dont les stratégies ont porté leurs fruits. Nous avons suivi à la lettre le diagnostic que nous avons fait », explique-t-elle. 

Cassandre Méhu croit que pour bien saisir le travail de son équipe, il faut d’abord comprendre le contexte. « C’est pour cela que pour mon travail, je me suis entourée d’une équipe haïtienne. Avec cette équipe, nous avons travaillé sur le contexte, l’identité, l’histoire, la partie technique et la vision. À partir de là nous avons défini un concept, c'est-à-dire ce que représente ce palais pour le peuple haïtien. En tant qu'architecte des monuments, je me suis dit qu’il fallait restituer le symbolisme du palais comme identité du peuple. Nous avons restitué la façade mais nous n’avons pas fait que ça. On a mis en valeur l’unité architecturale, l’œuvre de l’architecte Georges Baussan. A cette époque, Baussan voulait restituer au monde l’image d’Haïti. Il avait la façade néoclassique. C’est également le cas de notre plan mais nous mettons également en valeur la façade sud, méconnue par beaucoup d’Haïtiens. Autour de celle-ci, nous créons une nouvelle histoire. Nous créons un nouvel axe à travers lequel nous rendons hommage aux pères fondateurs Dessalines et Toussaint, et nous signalons correctement des patrimoines. Il s’agit d’une imposition spirituelle. Celle-ci guide et donne un centre à notre projet. Au niveau de cette centralité, nous avons mis une pyramide qui est un mémorial qui honore nos 300 000 morts mais aussi les indiens et les africains morts. C’est un message fort qui nous donne la renaissance. Avec ce nouvel espace, tout le monde part sur quelque chose de commun. Cet espace de discussion crée un nouveau lakou qui permet de regarder le passé et repartir sur de nouvelles normes, rentrer dans une architecture contemporaine. À partir de ce moment, on a une nouvelle histoire, une nouvelle étape franchie dans le XXIe siècle », a-t-elle détaillé.

Elle a également défendu son approche de l’intégration du palais dans le Champ de Mars, dans la cité administrative. « Nous avons pensé que ç’aurait été vraiment un détail si nous avons uniquement travaillé sur la reconstruction du Palais national. Le palais qui est la maison du peuple est intégré dans un environnement. C’est un message fort que nous envoyons. La reconstruction du palais doit être un catalyseur pour reconstruire nos villes, nos cités et pour reconstruire Haïti. Nous lançons un débat pour qu’on reconstruise autrement, avec les normes, dans un circuit urbain... On va reconstruire le palais mais aussi pas mal de bâtiments sur ce circuit », a-t-elle précisé. 

Questionnée sur le coût du plan, Cassandre Méhu a plutôt rendu hommage à la firme Adjaye qui a supporté tous les coûts jusqu’à présent. « On a fait ce travail avec beaucoup plus de passion. L’argent n’y est pas encore », a-t-elle fait savoir. Interrogée sur la taille du projet, elle a indiqué que sa firme se limite au programme architectural. « Pour ce qui est de la vision, nous offrons à la nation haïtienne une grande vision », répond-elle, sans spécifier si le bâtiment ira au-delà de la superficie de l’ancien emplacement. 

En ce qui concerne le partenariat de sa firme Raco Deco avec la firme Adjaye, l'architecte indique que c’est une façon pour elle d’investir ce marché autrement. « C’est en ce sens que j’ai développé ce partenariat avec David Adjaye, un très respecté et très reconnu dans le monde de l’architecture. Il a conçu le Musée national de l’histoire de la culture afro-américaine du Smithsonian  Institute aux États-Unis. Il a été anobli par la reine de l’Angleterre. M. Adjaye est un citoyen du monde qui réfléchit et qui tente d’apporter des réponses à la justice spaciale, à la justice sociale », indique-t-elle. 



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