Prisonnier du passé, comment construire l’avenir ?

Publié le 2019-12-23 | Le Nouvelliste

Chers lecteurs, chères lectrices, commanditaires, collaborateurs et ami (es) s du monde entier, la fin de 2019 marque le passage d’une décennie, la deuxième du XXIe siècle. Le Nouvelliste, votre journal depuis 1898, est heureux d’être avec vous pour ses traditionnels vœux du Nouvel an en ce numéro de Noël.

Fidèle aux mêmes ambitions qui nous permettent de nous adapter aux situations pour dompter le temps qui passe et les nouveautés qui nous assaillent, nous vous promettons, sur tous les supports disponibles et avec les moyens du temps actuel, de continuer à vous informer de la meilleure manière possible.

La fin de cette année 2019 s'ouvrira sur la commémoration des dix ans de la terrible catastrophe qu’a été le séisme du 12 janvier 2010. Les traces du désastre, blessures vives, n’ont pas disparu avec les décombres. Nos morts, par dizaines de milliers, ont encore une chaise vide dans toutes les maisons haïtiennes.

Nous les pleurons comme nous pleurons de rage les occasions perdues de la reconstruction du pays perdu et de la construction d’un pays meilleur. Nous avons, pour plusieurs raisons, raté une décennie.

Nous nous sommes fait avoir par ceux qui étaient venus nous aider et par ceux à qui nous avions confié la coordination de la réception de l’aide. Les milliards de dollars de la Commission intérimaire pour la reconstruction d'Haïti (CIRH), les milliards du fonds PetroCaribe, les milliards des dix exercices budgétaires nationaux ont été avalés ces dernières années par les mangeurs d’illusions et les saboteurs de rêves.

Le malheur d’Haïti et la pauvreté des Haïtiens ont fait le miel des pilleurs de catastrophes. Ils nous ont engrossés chaque jour de ces dix ans. Le désespoir ambiant est le fruit de leurs rapines.

Chers lecteurs, chères lectrices

Il n’est jamais bon quand vient le temps de formuler les vœux pour les fêtes de fin d’année et du Nouvel an de se retourner et de constater que trois cent soixante-cinq jours se sont écoulés pour rien. Il est triste de déplorer qu’aujourd’hui ressemble comme deux gouttes d’eau à hier. Cela augmente la peur de l’avenir.

En décembre 2018, à pareille époque, Le Nouvelliste constatait que le pays vivait une trêve fragile. Un éditorial dénonçait : « Nous continuons à rêver en couleur, à prévoir des dépenses généreuses, sans envisager de nous serrer la ceinture. » Il fallait à l’époque 78 gourdes pour un dollar contre 93 aujourd’hui.

« L’opposition multiplie des rendez-vous infructueux avec la population, une manifestation après l’autre. La trêve n’est pas officielle, mais les fêtes de fin d’année bénéficient d’un état de grâce… », remarquait Le Nouvelliste, l’année dernière. Est-ce si différent, cette année ?

« … La peur n’est pas oubliée... L’incertitude reste le maître mot de ceux qui pensent à l’avenir. Tout va mieux, comparé aux semaines d’octobre ou de novembre (de 2018 ou de 2019, NDLR), mais difficile de dire que tout va bien… Les gangs ont cependant toujours leurs armes. Le massacre de La Saline n’a toujours pas d’explication officielle. Aucun plan n’est annoncé pour donner à la justice son lustre. On peut dresser le bilan d’hier, rares sont ceux qui veulent parier sur ce que sera demain. Haïti respire. Nous sommes en rémission. Le malade n’est pas guéri de ses maux, d’aucune de ses maladies. Haïti va mieux. Le pays ne va pas bien. Chacun doit s’en souvenir », soulignait le journal le 20 décembre 2018.

Que faut-il modifier de ce constat un an plus tard ?

Nous n’avons pas avancé d’un pouce. Le temps a passé, nos problèmes sont restés.

Chers lecteurs, chères lectrices

En 2019, la majorité de nos institutions se sont effondrées ou ont été incapables de remplir leur mission. Il n’y a ni un premier ministre ni un gouvernement régulièrement en poste. Il n’y a pas de budget ni de loi de finances. Les deux branches du Parlement sont à l’arrêt. Il n’y a aucune élection de prévue pour remplacer les élus en fin de mandat dans nos mairies, à la Chambre des députés et au Sénat. Les partis politiques comme les organisations de la société civile n’arrivent pas à proposer des alternatives viables à nos problèmes. Nous avançons sans boussole légale. Le deuxième lundi de janvier 2020, rendez-vous parlementaire par excellence, le pays rentre en terre inconnue. Le processus de démocratisation, cette transition qui n’en finit pas, risque sa peau.

La bonne gouvernance n’est plus un objectif. Les outils de la science administrative sont remisés au placard. Dans l’orchestre national, tous les «vroom» sont des «do». Nous vivons des temps où ceux chargés de mener à bon port la barque nationale alimentent la confusion et sortent du droit chemin. La politique prend le pas sur tout. Chacun ses coups dans un jeu où tous les coups sont permis. L’opposition vit de menaces. La présidence royale menace des têtes. Rien ne dit que les mauvais souvenirs de 2019 ne seront pas la réalité des jours de 2020.

Après des mois de classe perdus, l’apprentissage, du jardin d’enfant à l’école doctorale de l’Université d’État d’Haïti, est sur pilote automatique. Après le dernier épisode de «peyi lòk, l’opposition et le gouvernement se sont entendus pour ne pas appeler à la reprise des cours. «Que chacun fasse comme il le peut» a été la formule adoptée alors que les politiques auraient dû s’entendre pour mettre l’éducation en dehors des batailles partisanes. Mais que voulez vous, nos politiciens ne croient pas en la nécessité de préparer sereinement l’avenir du pays ni celui de ces habitants ?

La guerre des pires est la seule option de ceux qui nous gouvernent comme de ceux qui aspirent à nous diriger, ce jusqu’à la victoire finale.

En période de Noël et du Nouvel an, c’est le temps des souhaits. Nous n’allons pas nous y dérober ni cesser de croire que pour chacun de vous l’avenir sera meilleur en 2020. Le Nouvelliste formule à l’endroit de ses lecteurs, de ses commanditaires, des amis et de chaque membre de la grande famille du journal ses meilleurs vœux.

Que chacun fasse de son mieux pour cesser de répéter les erreurs du passé et de croire que nos gloires d’hier nous promettent un avenir meilleur. Au Nouvelliste, nous restons convaincus que chacun doit chercher, en tout temps et en toute circonstance, à faire le bien aussi bien qu’il le peut et, ainsi, Haïti ira mieux.

Frantz Duval
Auteur
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