Bilan/CEPALC

Croissance négative, hyperinflation, décote de la gourde… le mauvais carnet de l’économie haïtienne en 2019

Publié le 2019-12-20 | Le Nouvelliste

Comme chaque année, à pareille époque, la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC) vient de rendre publiques, le jeudi 12 décembre, à Santiago du Chili, les performances des économies à l’échelle régionale sur l’ensemble de l’année 2019 dans son rapport annuel « Bilan préliminaire des économies de la région pour 2019 ».

Si 2018 a été une année à oublier pour l’économie haïtienne, selon le nouveau rapport annuel de l'agence régionale des Nations unies, 2019 restera l’année la plus catastrophique pour l’économie nationale depuis 2010, l’année du terrible et dévastateur séisme. Si la quasi-totalité des indicateurs macroéconomiques étaient au rouge en 2018, cette année ces derniers ont littéralement explosé, dynamités à coups de « peyi lòk » et pilonnés par des mois de tensions politiques et de manifestations violentes à l’origine d’une instabilité chronique ayant plongé le pays au fin fond du gouffre, économiquement parlant.

Selon les estimations de la CEPALC, l'économie haïtienne a enregistré une croissance négative de 0,7% en 2019, très en-deçà du taux de 1,5% de croissance enregistré en 2018. Il s'agit de la première variation négative depuis une décennie – après le tremblement de terre de 2010 (-5%).

Les principaux indicateurs macroéconomiques affichent une performance allant dans le même sens, avec une dynamique persistante d'inflation élevée – 20% en rythme annuel en septembre contre 14,6% et 15,4% respectivement pour l'année 2018 et 2017 ; une aggravation du déficit budgétaire d’environ 7% du PIB (contre 6,5% du PIB en 2018 et 3,9% en 2017), et une dépréciation prononcée de la gourde (34%).

Quand au déficit du compte courant, il a connu une réduction significative (de -3,9% à -1,2% du PIB) grâce à l'augmentation des exportations de biens et des envois de fonds, nous dit la CEPALC, mais surtout en raison d'une baisse des importations.

« Ces résultats négatifs étaient associés à une incertitude politique et économique prolongée qui remonte à juillet 2018 et qui, en février 2019, a de nouveau forcé le renvoi du Premier ministre (Jean-Henry Céant), sans pour autant conclure le processus de ratification d'un nouveau propriétaire jusqu'à présent. Cet environnement défavorable a été exacerbé au cours des mois de septembre et octobre, auxquels s’est s’ajoutée une grande pénurie de carburants. En octobre, il y a eu une paralysie presque totale des activités économiques, financières et éducatives ainsi que, dans une large mesure, de l'administration publique elle-même », détaille le rapport, soulignant que cette situation d'incertitude à ce jour est loin d’être résorbée.

En 2019, en raison de l'impact du climat d'instabilité et de la réduction générale de l'activité économique elle-même, la collecte totale a diminué de 18% en termes réels, la faute à une baisse significative dans les prévisions d'impôts directs (20%) et indirects (14%), ainsi qu'en raison de la contraction des recettes tarifaires (25%). Dans la capitale, constate la CEPALC, les bureaux de perception fiscale et douanière n'ont pas pu mener à bien leurs activités quotidiennes durant plusieurs semaines.

S’agissant des dépenses totales de l'administration centrale, elles ont été réduites de 18% en termes réels en raison de la contraction des dépenses courantes (12%), mais surtout en raison d'une forte baisse des investissements publics (72%), financés par les ressources du Trésor public. « Le déficit de l'administration centrale mondiale a été financé principalement par des contributions nettes de la banque centrale équivalentes à 1,3% du PIB, un chiffre inférieur à celui observé en 2018 (3,9% du PIB), en raison d'un certain alignement des dépenses publiques sur les revenus disponibles durant une partie de l'exercice, comme convenu en février 2019 entre le ministère de l'Économie et la banque centrale ».

 Toutefois, à la fin de l'exercice en septembre, un rebond du financement monétaire a été observé par l’agence régionale onusienne, estimé à 9,7 milliards de gourdes, presque le double de celui du mois d'août.

Stabilité de la dette externe

 La dette publique extérieure d'Haïti s'élève à 2,1 milliards de dollars (24% du PIB) et est restée pratiquement inchangée par rapport à 2018. Les nouveaux décaissements n'étaient que de 3,7 millions de dollars, bien inférieurs au service de la dette lui-même (21 millions de dollars). La République bolivarienne du Venezuela est le principal créancier d'Haïti, dans le cadre des dettes contractées dans le cadre du programme PetroCaribe.

Et la décote de la gourde continue…

La dépréciation annuelle de la gourde par rapport au dollar à la fin de l'exercice en septembre a atteint 34%, avec une dépréciation moyenne mensuelle de 2,5%, maximale en février (5,2%) et juin (4,7%), et un certain ralentissement à partir du quatrième trimestre (0,2%). Les ventes nettes de dollars de la banque centrale se sont élevées à 163 millions de dollars (contre 82 millions de dollars en 2018), ce qui a contribué à une perte de 31 millions de dollars de réserves internationales nettes qui, fin septembre, s'élevaient à 742 millions de dollars (contre 774 millions de dollars en 2018). Cette baisse modérée du montant des réserves s'explique également par la réception de dons de 139 millions de dollars, principalement de la Banque interaméricaine de développement (BID) (46%) et de la Banque mondiale (39%).

Baisse du déficit de la balance commerciale  

Les importations de biens ont diminué de 3%, tandis que les exportations ont augmenté de 15%. Les revenus provenant des envois de fonds (3,3 milliards de dollars) ont affiché un certain ralentissement (7%) par rapport à 2018 (19%).

Le déficit de la balance commerciale (3,1 milliards de dollars) a été réduit de 8% par rapport à 2018. Le rebond des exportations provient principalement de la sous-traitance (vêtement), qui a augmenté de 15% en valeur et de 23% en volume. En revanche, certains produits locaux représentatifs, comme les huiles essentielles, ont diminué de plus de 30%.

Exceptionnellement, l'emploi dans la sous-traitance (à l'exportation) a augmenté de 10,6% (de 51 669 employés en août 2018 à 57 153 occupés en août 2019). Pour les autres secteurs d'activité, les résultats en termes d'emploi, de rémunération et de bénéfices devraient être particulièrement négatifs et avoir des effets dans des branches comme le tourisme (réduction de 42% du nombre total de visiteurs du pays), autres activités de services formels (commerce en gros et en détail, transports entre autres) et activités informelles.

Tout compte fait, les perspectives économiques de la CEPALC pour Haïti en 2020 (0,3%) sont conditionnées à la situation actuelle d'incertitude sociopolitique, ainsi qu'à la réalisation des nouveaux programmes que les autorités haïtiennes parviennent à établir avec des organisations internationales bilatérales et multilatérales pour l’obtention de ressources financières. L'aggravation des conditions d'insécurité alimentaire en 2019 – environ un tiers de la population (3,7 millions de personnes) a besoin d'une aide alimentaire urgente – constitue un défi majeur de politique publique, aux côtés d'autres sujets structurels en suspens, à la fois économique et social.

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