Retirer l’école à mauvaise école

Publié le 2019-11-21 | Le Nouvelliste

Depuis les mesures prises pour stopper la grève des étudiants en 1960 par François Duvalier, l’école et l’université ont fonctionné sans interruption majeure jusqu’au mardi 7 janvier 1986. Ce jour-là, les écoles congréganistes lancèrent un mouvement de grève sans nom qui entraîna tout le système éducatif vers la fermeture jusqu'à la chute de Jean-Claude Duvalier le 7 février. L’école reprit le mardi 25 février 1986. On se souvient encore du plaidoyer passionné de Rosny Desroches, ministre de l’Éducation nationale d’alors, pour convaincre les parents de ramener les enfants en classe.

Pour se débarrasser du Conseil national de gouvernement (CNG), les facultés de l’Université d’État d’Haïti (UEH) entrèrent en grève plusieurs fois, pour supporter le mot d’ordre « rache manyòk », ancêtre du «peyi lòk», des écoliers refusèrent de prendre part aux examens du baccalauréat en 1987. Si pour l’UEH tout le monde paya le même prix en perdant des mois et des mois de cours, dans le cas du boycottage du bac, seuls les volontaires payèrent le prix de leur action. Des élèvent avaient leur diplôme, d’autres traînèrent des années le choix de combattre le gouvernement en place par leur absence.

L’épisode du rache manyòk calma pour un temps l’appétit des politiciens de se servir de l’arme scolaire dans leur lutte. L’école et l’université connurent d’autres jours de grève et des moments d’arrêt mais plus dans les mêmes proportions.

Et vint le peyi lòk.

Sans le dire vraiment, depuis la rentrée des classes de 2018, l’école en Haïti, particulièrement dans la région métropolitaine, paie au prix fort les stratégies de nos politiques. Entre le pouvoir en place qui n’a cure de ce que l’école subit et les politiciens qui font flèche de tout bois pour atteindre leur cible, les enfants d’Haïti, les universitaires et ceux en formation professionnelle doivent perdre jours, semaines, mois et, qui sait, années pour faire place à la politique du pire de nos acteurs politiques.

Au beau milieu de cette guerre, le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle a accepté le poste de ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales alors qu’il serait si utile à l’élévation nationale. L’Église catholique a, de son côté, décidé de ne pas réouvrir ses établissements tant que les conditions ne soient pas en place, ce que la majorité interprète comme tant que le président Jovenel Moïse reste en poste.

Et le ministre de l’Education, premier responsable, et l’Église catholique, éducateur historique en Haïti, doivent reprendre le cap de leur mission et celui de leurs responsabilités. Il leur revient de trouver avec les autres partenaires les mots qui conviennent pour ramener à la raison les politiciens.

Pour s’éviter des complications, le gouvernement semble se réjouir des vacances forcées et l’opposition semble croire gagner des points quand le pays s’abêtit. Il nous faut sortir de ce cercle vicieux qui enchante les fossoyeurs.

Reste la question de la sécurité. Seule la parole apaisante et responsable pourra la rétablir.

Aller à l’école est un droit pour les enfants et les plus grands. Se former est une obligation pour tous ceux qui le peuvent. En Haïti plus qu’ailleurs.

L’urgence n’est pas de fixer la date de la réouverture des classes, l’urgence est de nous mettre d’accord sur la nécessité de mettre l’éducation au-dessus de la mêlée politicienne. Elle a déjà assez de problèmes.

Frantz Duval
Auteur
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