Dire Jovenel à Moïse

Publié le 2019-11-20 | lenouvelliste.com

Vous avez contre vous des accusations de corruption et de crimes de sang.

Vous n’avez aucune réussite réelle dont vous pourriez vous prévaloir. Des bananes qu’on n’a jamais vues. Un titre d’ingénieur auto-attribué. Une gestion catstrophique des affaires de l’État. Vous n’avez fait la preuve d’aucun mérite. On a vu des dirigeants politiques ayant des bilans en partie positifs forcés de quitter le pouvoir par des révoltes populaires. Vous qui n’avez rien fait, rien prouvé, pourquoi, avec un tel bilan et un tel profil, vous accrochez-vous au pouvoir ?

Vous êtes la risée de tous, enfants, adultes, croyants, athées, menuisiers, étudiants… Vos prises de parole sont d’un tragicomique qui fait à la fois rire et pleurer. Vous avez perdu toute autorité morale. Si votre intention est de profiter encore des avantages de votre fonction, vous ne pourrez même plus utiliser les biens de l’État à des fins d’enrichissement personnel.

Vous êtes désormais sous haute surveillance. Vous ne pouvez sérieusement croire que vous pouvez diriger quoi que ce soit. Vous êtes un président que personne ne considérera jamais plus comme un président. L’image qu’on a de vous est celle d’un jojo, entre joujou-la-comédie et Zabèlbòk Beurre-à-chat. Pourquoi vous accrocher au pouvoir et entrer dans l’éternité avec une telle image ?

Vous avez menti aux institutions, au peuple. Pour citer le parler populaire, des millions de citoyens haïtiens sont convaincus que « votre bonjour n’est pas la vérité ». Dans certaines familles, dans certains groupes d’amis, quand un enfant ou un camarade ment trop souvent, on lui donne votre prénom. C’est triste. Pourquoi vous accrocher au pouvoir jusqu’à faire de votre nom un nom commun de personne mentant aux autres et à lui-même ?

Plus sérieusement, il y a plus d’un an que des milliers de citoyens réclament votre départ. Ce n’est pas l’opposition qui demande votre départ, c’est le pays. Le pays a décidé qu’il ne veut plus de vous. Combien de temps toutes les activités dovent-elles êtres paralysées ? A combien de sacrifices le peuple doit-il encore consentir ? Aujourd’hui, il ne vous reste que les armes pour vous opposer à la décision du pays.  Combien doivent mourir pour que vous restiez « au pouvoir » ? Combien seriez-vous prêt à tuer ou regarder mourir pour rester au pouvoir ? Les services que vous avez rendus à la nation, ceux que vous lui rendriez si vous restiez au pouvoir valent-ils toutes ces morts ?

Et voilà qu’aujourd’hui, en notre nom, au nom du pays, du peuple sur qui vos partisans tirent à volonté, vous tendez une main de mendiant pour appeler le secours d’une aide humanitaire. On ne vous en demande pas tant, monsieur le président qui n’aurez plus jamais l’autorité ni l’aura d’un président. Ne poussez pas l’indignité, après n’avoir pas su exercer votre travail de chef d’État, à vous présenter en chef d’un peuple de mendiants. Monsieur le président, pour nous, pour vous, vos proches et pour ne pas vous installer dans les mémoires comme assassin de votre peuple, respectez la décision des Haïtiens. Seul un bel « au revoir » mettra une note positive à votre passage au pouvoir.

Pardonnez-moi la sincérité du ton, mais il faut parfois parler clair et dire les choses comme elles sont. Ce n’était pas à moi de le faire, mais à vos proches, vos amis et vos conseillers.  Peut-être n’en avez-vous pas, ou plus, des amis et des conseillers. Ou peut-être sont-ils persuadés, vous connaissant mieux que moi, que vous êtes incapable « d'entendre raison ».



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