Nos Madan Sara ne chôment pas

Les produits locaux ne sont pas en manque dans les principaux marchés publics du pays. Pour ce faire, les madansara mettent tout en œuvre. Outre la pénibilité du voyage, ces marchandes sont souvent exposées à des difficultés de tout genre, passant plusieurs jours sur les routes avant d’atteindre leurs marchés respectifs.

Publié le 2019-11-13 | Le Nouvelliste

Le pays est en mode «lòk» depuis tantôt dix semaines. Entre les villes de province et la capitale, la liaison devient de plus en plus difficile. Impossible à certains moments de la durée. Mais les produits agricoles, récoltés dans les différents recoins du pays, sont bel et bien présents dans les marchés publics comme dans les supermarchés. C’est un phénomène. Mais ce n’est pas par magie. Le mérite revient à nos chères Madan Sara qui mettent leur vie en péril pour permettre à la ville d’avoir les denrées locales à portée de main.

Elles sont plus que des marchandes ordinaires. Les madansara sont une espèce rare. Elles ont toujours joué un rôle important dans l’économie haïtienne. Dans ce moment de peyi «lòk», elles deviennent encore plus importantes. Partant du Nord ou du Sud, atteindre l’aire métropolitaine n’est pas chose aisée. Partout des barricades. Ces femmes mettent, certaines fois, plus de trois jours pour arriver à destination. Telles des intrépides, jamais elles ne renoncent à leur mission : celle de nourrir une partie importante de la population.

La pénibilité de leur voyage est à plusieurs niveaux. Les camions destinés à ce genre d’activité n'offrent aucun confort. Elles voyagent comme les aliments, comme des matériaux. Du haut de ces engins inconfortables, elles ne sont pas épargnées par la colère de la nature. Elles subissent de plein fouet les méfaits du soleil à son paroxysme, de la pluie et de la poussière. Cette situation n’est pas la plus  difficile. Depuis ces trois derniers mois, elles se disent régulièrement maltraitées, rançonnées, violées par des bandits armés travestis en militants politiques. En arrivant à Port-au-Prince, dans de telles conditions, le prix final des produits double, car la rançon est désormais incluse dans le coût des marchandises.

Madame Marassa ne fonctionne pas à la Croix-des-Bossales. Depuis plus de dix ans, elle étale ses produits, constitués en grande partie de bananes, dans un marché de Carrefour. Cette dame raconte ses péripéties. Elle dit s’approvisionner un peu partout à travers le pays. Au cours de ces deux derniers mois, la convenance l'a conduite dans la région Sud du pays. Pour arriver à Carrefour, explique-t-elle, elle traverse au moins une dizaine de barricades où se trouvent des militants les uns plus violents que les autres.

Les barricades les plus meurtrières sont érigées, fait-elle savoir, dans la commune de Fond-des-Nègres, notamment dans la localité de Pémel, dans la commune de Miragoâne du côté de Chalon, à Petit-Goâve, à Grand-Goâve, dans la localité de Faucher, à Mariani dans la commune de Gressier. Dans ces endroits susmentionnés, affirme la mère de famille, les Madan Sara sont souvent confrontées à des difficultés de tous genres. « Si on ne nous vole pas nos marchandises, on exige de nous des rançons, un droit de passage », déplore la marchande.

Aussi, poursuit la femme pour laquelle le camion constitue une seconde résidence, elle a failli laisser sa peau la semaine dernière dans un guet-apens du côté de Chalon. De gros barrages ont été érigés et les pierres, les tessons de bouteille fusaient de toutes parts. C’était une situation écœurante. « On avait eu affaire à des gens sans pitié », confie-t-elle, ajoutant que n'était la présence d'agents de l’Unité départementale de maintien d’ordre (UDMO), la sauce aurait pu être très salée pour les usagers de cette voie, madame Marassa comprise.

Mérilhomme Chériser et plusieurs marchands rencontrés par le journal ont abondé dans le même sens. Il est courant que des bandes armées, des voleurs se font passer pour des militants. Ils ont, soutient-il, profité du désordre généralisé et de l’absence des forces de l’ordre pour semer la pagaille sur les routes nationales. Certains marchands choisissent de voyager les week-ends afin d’échapper aux actions des bandits.

Jose Flecher
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